Les festivals de musique sont nés pour aider les groupes à tourner durant la période creuse de l'année. Or, depuis 10 ans, ils ont grandi au point d'engendrer des surenchères de prix et de susciter des critiques de la part des mélomanes. Résultat: on voit apparaître, ici comme ailleurs, des festivals dits «boutiques» ou de quartier, comme Santa Teresa et Mile Ex End, qui promettent une «expérience» à échelle humaine.

Mis à jour le 26 févr. 2018
Émilie Côté LA PRESSE

Non seulement l'âge d'or des grands festivals extérieurs de musique est révolu, mais les ventes de billets sont aussi en perte de vitesse. En 2016 et en 2017, Bonnaroo - le grand rassemblement musical de l'État du Tennessee - a connu ses pires années de ventes de billets depuis 2008. En 2016, le festival Sasquatch!, qui se tient dans l'État de Washington depuis 16 ans, a vu sa foule baisser de moitié.

«Il y a des gens qui remettent en question l'avenir du monde des festivals comme on l'a connu il n'y a pas si longtemps avec le giga et le méga, dit Claude Larivée, président de La Tribu et l'un des partenaires du festival de quartier Mile Ex End. Après la lune de miel il y a cinq ans, il y a eu des bilans désastreux l'an dernier.»

Amener des pointures à Sainte-Thérèse

Si de gros évènements disparaissent ou en arrachent, de petits festivals dits «boutiques» voient le jour. Pour sa deuxième année d'existence, le festival Santa Teresa, qui aura lieu à Sainte-Thérèse du 18 au 20 mai, a frappé un grand coup en annonçant sa programmation il y a deux semaines. 

S'y produiront des artistes internationaux et québécois, dont Nick Murphy (ex-Chet Faker), Feist, le rappeur américain Lil Uzi Vert et The Voidz (le groupe de Julian Casablancas).

«On l'a vécu, le trip des gros festivals. Il y a un retour à la terre a vec une expérience à échelle humaine», lance le cofondateur du festival, Julien Aidelbaum.

«Santa Teresa, ce n'est pas un trek. C'est un festival confortable», ajoute son partenaire Nycholas Fortin.

Quant à la programmation, elle n'est pas «un buffet à volonté». «On voulait y aller avec de gros noms qui sont mainstream, mais pas de façon traditionnelle, souligne Nycholas Fortin. Un gars comme Lil Uzi Vert a des super statistiques de streaming [...] et il fera son premier play dans la grande région de Montréal.»

«Si on a réussi à avoir Nick Murphy, anciennement Chet Faker, c'est parce que c'est dans sa stratégie de faire des festivals-boutiques, ajoute Julien Aidelbaum. Il préfère être sur le top du poster qu'être à la quatrième ligne.»

Santa Teresa présente aussi des artistes québécois qui sont à la limite de l'émergence, comme Hubert Lenoir, Loïc April, Choses sauvages et Mort Rose. «Klô Pelgag a carte blanche à l'église [Sainte-Thérèse-d'Avila] avec une messe transfigurée», ajoute Julien Aidelbaum.

Après un festival «pilote» réussi avec Patrick Watson et City and Colour l'an dernier, Julien Aidelbaum estime que 2018 constitue la première « vraie » année de Santa Teresa, avec plus de 50 artistes, des commanditaires - «bien intégrés», précise-t-il - et un laissez-passer de trois jours qui coûte 80 $, alors que sa valeur marchande serait de 130 $.

Un choix risqué, «pour contaminer le plus de monde possible», explique-t-il.

Un cadre plus intime

Nycholas Fortin et Julien Aidelbaum ont passé beaucoup de temps à Sainte-Thérèse à la fin de leur adolescence. «Un college town», dit le premier. «Avec un nightlife», ajoute le deuxième.

Rue Blainville Ouest, près du collège Lionel-Groulx, tout se trouve à distance de marche. Des restaurants, des cafés et des bars. 

«Les commerçants sont avec nous. Ils veulent voir le visage de leur ville changer et Santa Teresa s'insère dans leur vision. La Ville est aussi un partenaire», explique Julien Aidelbaum.

À Montréal, le festival Mile Ex End a vu le jour l'an dernier sous le viaduc Van Horne avec un esprit de quartier. Les têtes d'affiche étaient City and Colour, Suzanne Vega, Cat Power et Patrick Watson.

«Mile Ex End, c'est l'idée de faire les choses différemment et une occasion d'être au coeur de quartiers populaires. D'être là où les gens vivent pour qu'ils viennent en vélo, à pied, avec une poussette...», indique Claude Larivée.

La programmation de la deuxième année sera annoncée sous peu. «On a réimaginé l'expérience et on va annoncer sa mise en place dans quelques semaines. Ça va s'étaler dans le temps autrement.»

Lancer un festival n'est pas évident. Il faut des investissements et «une direction artistique forte», souligne Claude Larivée, dont la compagnie La Tribu fait partie du collectif Mishmash, créé par Alexandre Taillefer.

La Tribu est aussi un partenaire du festival Rockfest, à Montebello, et de Grosse Lanterne, qui a lieu au milieu de la forêt, à Béthanie, dans les Cantons-de-l'Est. L'an dernier, les Gabrielle Shonk, Charlotte Cardin et Andy Shauf y ont chanté.

«On va déployer encore plus de "microscènes" à travers le site en pleine forêt», annonce Claude Larivée au sujet du prochain festival Grosse Lanterne.

On reviendra toujours à la même chose: offrir au festivalier l'expérience la plus unique qui soit.

Festival de rêve

À Toronto, le festival-boutique Field Trip réunira, le 4 août prochain:

- The National

- Father John Misty

- Jenny Lewis

- Julien Baker

- Dan Edmonds

Image fournie par le festival Santa Teresa

L'affiche du festival Santa Teresa 2018