Le procureur David Walgren a dénoncé vendredi la position «constamment changeante» des avocats du docteur Conrad Murray, poursuivi à Los Angeles pour la mort de Michael Jackson, alors que la défense du médecin s'estimait maintenue «dans le flou» par le parquet.

Romain Raynaldy AGENCE FRANCE-PRESSE

Lors d'une réunion technique avec les avocats de la défense et le bureau du procureur, convoquée par le juge Michael Pastor en l'absence du jury -- les débats avaient été ajournés jeudi midi et doivent reprendre lundi --, les parties se sont notamment opposées sur la liste des témoins de la défense.

Les avocats du Dr Murray ont précisé qu'ils comptaient appeler «une quinzaine» de témoins à partir de la semaine prochaine, parmi lesquels «des officiers de police et des experts», a précisé l'avocat Nareg Gourjian.

Le procureur David Walgren a demandé combien d'experts médicaux seraient appelés à la barre. «Deux, peut-être trois, suivant le témoignage du Dr Shafer», a précisé l'avocat Michael Flanagan.

Le témoignage de l'anesthésiologiste Steven Shafer, qui a débuté jeudi, doit reprendre lundi matin à la Cour supérieure de Los Angeles.

Il sera décisif pour le parquet, car le médecin est un spécialiste du propofol, le puissant anesthésiant que Michael Jackson utilisait comme somnifère et qui a provoqué sa mort par «grave intoxication», le 25 juin 2009.

Mais la défense assure que le Dr Shafer va présenter à la barre de nouveaux «scénarios», dont elle n'a pas été informée par le bureau du procureur. «Nous sommes dans flou quant à ce qui va se passer», a déploré M. Flanagan.

M. Walgren a rétorqué qu'il n'y avait «rien de nouveau, rien de surprenant. J'ai du mal à croire qu'ils puissent être dans le flou», avant d'ajouter: «Nous faisons face à une défense à la position constamment changeante. Ils ont abandonné il y a deux jours la thèse de l'ingestion orale de propofol».

M. Flanagan a contre-attaqué en affirmant, devant un juge Pastor pour le moins dubitatif, que la défense avait abandonné la thèse de l'ingestion orale de propofol «il y a plusieurs mois», en «juillet ou en juin».

Cette thèse, longtemps défendue, plaidait que Michael Jackson, auquel Conrad Murray avait administré du propofol le matin de sa mort, en aurait avalé une dose supplémentaire en l'absence de docteur, provoquant le décès.

La défense avait créé la surprise, mercredi matin, en annonçant l'abandon de cette thèse. Elle plaide désormais que le «roi de la pop» aurait avalé plusieurs pilules de lorazepam, un sédatif retrouvé dans le corps du chanteur et qui a contribué à sa mort, sans en être la cause majeure, selon l'autopsie.

Le juge Pastor a quant à lui exprimé son inquiétude quant à laisser les flacons de propofol et autres médicaments à la portée des jurés pendant les délibérations. «Il y a un nombre significatif de pièces à conviction qui contiennent des substances qui pourraient s'avérer dangereuses», a-t-il dit.

Il a proposé que ces pièces soient seulement accessibles au jury «sur demande». Le parquet et la défense ont accepté.

Les débats, qui doivent reprendre lundi avec le Dr Shafer, pourraient néanmoins être retardés, en raison du décès brutal du père du témoin.

M. Walgren a précisé que le Dr Shafer serait le dernier témoin du parquet.

Le juge Pastor a déclaré espérer «que les témoignages pourraient être bouclés à la fin de la semaine prochaine».

Enfin, avec le plus grand sérieux du monde, le juge a condamné les procureurs David Walgren et Deborah Brazil à 60$ US d'amende chacun pour être arrivés à la réunion avec six minutes de retard -- 10$ US par minute.

«Ce n'est pas la première fois et c'est vraiment embarrassant», a-t-il dit.