Voler un livre, est-ce un outrage ou un hommage? Dans son dernier numéro, le magazine Lire rapporte une étude du blogue PWxyz, selon laquelle les titres les plus volés dans les librairies américaines sont ceux de Bukowski, Burroughs et Kerouac. Trois écrivains plus associés à la rébellion qu'à la loi, disons.

Chantal Guy LA PRESSE

Brève nouvelle qui n'est pas passée inaperçue par l'auteure de ces lignes comptant à son actif deux larcins dans sa vie de lectrice. La première fois, c'était dans l'enfance, un «livre dont vous êtes le héros», qu'elle a rapporté en douce à la bibliothèque, rongée par la culpabilité. La deuxième fois, c'était beaucoup plus tard, mais cela rejoint l'étude de PWxyz: complètement enivrée par un cours sur la Beat Generation à l'UQAM donné par Donald Cuccioletta, spécialiste des questions américaines, elle est allée chiper non pas du Kerouac ou du Ginsberg, mais le Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine de Pierre Grimal, magnifique ouvrage de référence qui n'avait pas été emprunté depuis des lustres, pour protester contre ses conditions économiques d'étudiante et vivre une sorte de «carpe diem» le film La société des poètes disparus était bien à la mode dans ce temps-là. Et le Grimal, parfaitement out, mais tellement hot, en vérité. Une heure de palpitations cardiaques dans les toilettes, à arracher la bande magnétique cachée dans la couverture, afin d'éviter le déclenchement des alarmes, c'est une sorte d'aventure pas très hard, mais très nerd dont vous êtes en quelque sorte le héros.

Alors, c'est la faute à la Beat Generation, à Donald Cuccioletta ou à la bassesse humaine en chacun de nous qui permet de croire que voler un livre dans une bibliothèque publique est un geste anarchique plein de poésie?

Un sondage non scientifique sur les réseaux sociaux a permis de découvrir qu'il existe très peu de lecteurs qui n'ont pas commis de vol, un jour ou l'autre dans leur vie -sont exclus ceux qui ont emprunté à trop long terme des livres à des amis. C'est du vol par omission, ce n'est même pas du vol quand personne ne réclame réparation. Nous cherchions de véritables criminels, avec préméditation. Et, malgré une honte parfois sincère chez ces voleurs avoués, très peu ont envie de taire leurs crimes. Voler un livre, ce n'est pas comme voler un iPod ou une voiture, on dirait. C'est confesser que le désir d'un livre a un jour été si fort qu'il a poussé à défier la Loi, ce qui rehausse la valeur à la fois de l'auteur du livre et de l'auteur du vol. Dany Laferrière, dans sa Chronique de la dérive douce, racontait qu'à son arrivée à Montréal, il hésitait parfois entre manger et acheter un Bukowski. Sacrifice plus noble que le vol, quand même. Mais le vol, dans une société d'abondance, recèle un parfum de justice. Combien de voleurs littéraires ont eu cette impression d'arracher à la poussière et à l'indifférence un écrivain abandonné sur les rayons de la bibliothèque? Combien de voleurs littéraires persuadés que leur amour passionnel surpassait le rapport platonique de l'achat? Dans un monde où tant de livres sont pilonnés, les voleurs littéraires se sentent peut-être comme des sauveteurs.

Il faudrait tout de même poser la question aux écrivains, les principaux concernés: être volé par un admirateur, c'est un honneur ou pas?

Le Zinc dans le bois

Le dernier numéro du magazine littéraire Zinc propose un «spécial forêts». On n'y parle pas des livres qui tuent des arbres, mais bien du lieu comme source d'inspiration. Des nouvelles de Patrick Nicol, Yolande Villemaire ou Éric McComber côtoient des textes instructifs sur la survie en cas de rencontre avec un ours noir, la sculpture à la tronçonneuse, et des calligrammes en forme de conifères de Claude Beausoleil. On nous envoie même vers une recette de martini aux pousses de sapin.

Duras dans La Pléiade

Marguerite Duras a coûté une fortune à ses fans avec ses maigres plaquettes publiées aux Éditions de Minuit à gros prix. Voilà enfin toute son oeuvre réunie dans la Pléiade, en plusieurs tomes qui témoigneront de l'évolution de son écriture en ordre chronologique. Les livres de la Pléiade, soit dit en passant, sont parmi les plus volés dans les librairies françaises, mais on dit ça pour votre information, pas pour vous donner de mauvaises idées.