L’animateur et ex-politicien prendra la barre de l’émission radiophonique diffusée en semaine le midi sur les ondes du 98,5 FM

Publié le 12 août
Luc Boulanger
Luc Boulanger La Presse

Décidément, les ondes passent bien entre la politique et le journalisme au Québec. Après avoir été commissaire au micro de Paul Arcand durant trois ans, Luc Ferrandez deviendra un animateur vedette de la station montréalaise dès le 22 août, a appris La Presse. L’ex-maire du Plateau-Mont-Royal sera à la barre de Sans réserve, nouvelle émission qui couvrira l’actualité de la semaine, de midi à 15 h, sur les ondes du 98,5 FM.

« Mes patrons à Cogeco m’ont déjà demandé d’animer, de faire des remplacements durant les fêtes ou les vacances, confie Luc Ferrandez en entrevue. Or, j’ai toujours refusé. Parce que j’aime trop approfondir un sujet et donner mon opinion. Je dis souvent que l’occasion fait le larron. »

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Bernard Drainville en 2017, au micro du 98,5 FM

L’occasion, c’est bien sûr la démission de Bernard Drainville, le 2 juin dernier, qui retourne en politique et se présente aux élections cet automne sous les couleurs de la CAQ. Mettant fin à Drainville PM, l’émission de radio la plus écoutée à la mi-journée.

Dans sa continuité, Sans réserve sera un rendez-vous radiophonique pour les amateurs d’opinion. À l’image de son animateur reconnu pour son franc-parler. Ferrandez continuera de prendre position sur des sujets de société qui lui tiennent à cœur, comme l’environnement et l’urbanisme.

« Mais je n’ai pas le bouton indignation collé en permanence, nuance-t-il. S’indigner des injustices, c’est correct, mais il faut aussi cerner les problèmes, trouver des solutions. Certains sujets, comme la santé et les services sociaux, doivent être abordés plus posément. Avec calme. »

Un prolongement de la vie politique

Pour Luc Ferrandez, la radio parlée est un prolongement normal de son engagement politique. Il explique les atomes crochus entre son ancien et son nouveau métier, du fait que ses acteurs se nourrissent de l’actualité. Intensément. À chaque moment de la journée. Il y a aussi l’intérêt pour la chose publique, le désir de contribuer aux débats de société qui animent les deux milieux, illustre-t-il.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Luc Ferrandez

À quoi ressemblera son émission ?

L’animateur veut proposer « du contenu à la fois intelligent et divertissant », entouré de collaborateurs capables de l’un et de l’autre. Dans son équipe, on entendra les voix de Meeker Guerrier (Noovo, RDS). « Meeker peut nous parler de sport avec un angle social », explique Ferrandez. On retrouvera aussi le chroniqueur Christian Page et la journaliste d’enquête Marie-Ève Tremblay. Celle-ci exposera l’envers du décor des enjeux de société. Finalement, Ferrandez retient le commentateur Luc Lavoie. « Il a une lecture des évènements de l’actualité totalement contraire à la mienne », dit le nouvel animateur qui aime les discussions corsées.

Des débuts houleux

« Luc Ferrandez est un polémiste, un gars de gauche, mais pas un idéologue », estime son collègue Paul Arcand. Le roi des ondes a vu le potentiel de Ferrandez à la radio bien avant que Ferrandez démissionne de Projet Montréal.

Dans des entrevues à l’époque, je trouvais [que Luc Ferrandez] avait une extraordinaire capacité de communiquer avec les gens. Un jour, je suis allé manger avec lui pour sonder son intérêt pour la Commission. La suite appartient à mes patrons.

Paul Arcand

Paul Arcand se souvient des débuts de Ferrandez à Puisqu’il faut se lever, en août 2019. Pour utiliser un euphémisme, son collaborateur ne faisait pas l’unanimité… « C’était carrément hostile ! Je n’aurais jamais pensé voir une telle levée de boucliers, dit Arcand. Mais Luc travaille très fort et carbure aux défis. Il a gagné l’estime de plusieurs auditeurs avec le temps. »

Un contrat de deux ans

Lors de sa première apparition à l’émission matinale du 98,5, Ferrandez se rappelle avoir reçu 600 messages haineux en moins de 48 heures ! À quoi s’attend-il avec l’annonce de sa nomination ce matin ?

« Je pense que ça va être la même chose, répond Ferrandez. Je n’ai pas changé mon discours d’un iota. Je ne fais pas de la radio pour que tout le monde pense comme moi. C’est normal que des gens ne m’aiment pas. Et la colère surdimensionnée est devenue le modus operandi de notre époque, avec les réseaux sociaux », avance l’animateur qui a signé un contrat de deux ans avec Cogeco.

Or l’ex-politicien est fait fort. Et il est capable de passer à travers les tempêtes. Par-delà ses talents de communicateur et de vulgarisateur, Paul Arcand a appris à connaître l’homme. « Luc est un gars très drôle, avec beaucoup d’autodérision », dit-il.

À 60 ans, Ferrandez a résolument mis la politique derrière lui. Quoique de nos jours, tout soit possible. Or, depuis qu’il évolue dans l’arène publique, il est attiré par la lumière. « J’ai une profonde confiance au caractère paisible des Québécois et des Québécoises », dit l’animateur, en citant les paroles d’une célèbre chanson de Charlebois (écrite par Pierre Bourgault). « Parce qu’ici au Québec, tout commence par un Q, pis finit par un bec. »