Exposition parfaite pour l’été (et pour petits et grands), la 3Triennale Banlieue !, présentée jusqu’au 30 octobre à la Maison des arts de Laval, rafraîchit autant l’esprit que le corps. Les œuvres originales de 19 artistes ou duos d’artistes du Québec, du Canada et de la France évoquent la place de la nature dans les banlieues nord-américaines. Très inspirante édition.

Mis à jour le 10 août
Éric Clément
Éric Clément La Presse

Quelle prolifique et ingénieuse édition de la Triennale Banlieue ! à la salle Alfred-Pellan de la Maison des arts de Laval. Après les créations autour des récits de vie en 2015, les migrations vues sous la loupe du théâtre en 2018, l’exposition, cette année, traite du territoire considéré du point de vue de la géographie et du rapport à la nature. Les commissaires sont Marie Perrault, commissaire principale, et Yan Romanesky, co-commissaire, appuyés par l’expertise d’un solide comité scientifique.

Un conseil, d’abord : avant de commencer le parcours, visionnez la vidéo de 18 minutes dans laquelle sont évoqués les thèmes de l’exposition. L’urbaniste Samuel Descôteaux Fréchette fait l’historique de l’émergence des banlieues au Québec avant d’aborder l’avenir écologique de nos banlieues. La biologiste Anaïs Boutin parle de l’importance des milieux humides dans les zones habitées, puis Louis Tremblay, géographe, nous apprend que des corridors écologiques sont nécessaires dans les banlieues pour permettre aux espèces de circuler. Il aborde aussi l’incessante revendication des amoureux de la nature d’interdire les pesticides et autres produits néfastes tant pour la santé des humains que pour celle de la faune et de la flore en général.

L’importance d’adopter un nouveau regard dans les banlieues — mais ailleurs aussi ! — est bien illustrée par l’œuvre végétale Un paradis pour un parc de stationnement, que l’artiste d’Ottawa Deborah Margo a créée sur les bandes gazonnées qui bordent le stationnement du collège Montmorency, près de la Maison des arts de Laval. Vous verrez que le gazon, coupé ras, a été remplacé sur une vingtaine de mètres par un cocktail de plantes et de fleurs (échinacées, marguerites, asters, camomille, verge d’or, etc.). Une invitation non dissimulée au collège lavallois d’en finir avec ce gazon qui jaunit quand il ne pleut pas assez, ses racines étant peu profondes, ce qui n’est pas le cas avec une variété d’espèces plus résistantes à la sécheresse et plus clémentes pour les abeilles et autres insectes.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Au premier plan, l’œuvre végétale de Deborah Margo

Toujours à l’extérieur, l’installation évolutive d’Eugenia Reznik, Écouter le champ des racines, avec des bancs, des plants de pommes de terre et deux enceintes, évoque l’enracinement (avec des témoignages sonores de Lavalloises et de Lavallois), l’importance de la pomme de terre dans l’alimentation humaine et aussi des traditions pour créer des liens entre les gens.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

L’installation d’Eugenia Reznik, artiste d’origine ukrainienne

Tout près, nous avons vécu une expérience peu ordinaire en écoutant… respirer un arbre. Une installation poétique et sensible de Scenocosme, collectif des artistes lyonnais Grégory Lasserre et Anaïs met den Ancxt. On ne vous en dit pas plus ! Allez l’expérimenter et essayez de trouver l’astuce…

Dans la salle Alfred-Pellan, la sélection des deux commissaires est d’une grande variété et donne bien des pistes de réflexion sur les défis des banlieues dans le contexte de la crise climatique.

Célébration de la terre meuble avec l’installation de Marie Côté. Un nouveau sondage original de Nicolas Grenier, au moyen de couleurs, sur la vision qu’on a de notre environnement. Un laboratoire d’aquaponie — où poissons, plantes et bactéries travaillent en symbiose pour favoriser la vie —, belle idée de Sophie Aubry.

On trouve aussi quatre photographies sur l’incidence du feu dans les banlieues, en Colombie-Britannique, une œuvre d’Andreas Rutkauskas. Un champ d’épis de blé (en plastique) de Ludovic Boney, où on peut cheminer. La nature conquise, comme à l’époque du Far West, avec la magnifique vidéo Searchers, de l’Ontarienne Louise Noguchi. Des scènes de banlieue au parfum suranné, évidemment de Steven Orner ! Ou encore l’humoristique bibliothèque d’outils pour oiseaux de Richard Ibghy et Marilou Lemmens. À regarder de près pour apprécier la fantaisie utilisée pour parler du travail (réel) des oiseaux. Quand on vous dit que cette Triennale combine responsabilité sociale, éveil écologique et plaisir des yeux, ce ne sont pas de vains mots !

La co-commissaire Marie Perrault a voulu traiter de la variété des rapports qu’ont les banlieusards avec la nature. Et présenter des œuvres qu’on peut scientifiquement interpréter, ce qui donne de la substance à l’exposition, grâce à des cartels très complets. « La Triennale montre qu’il y a une certaine vitalité dans la banlieue et que si tout le monde met l’épaule à la roue, on pourrait y améliorer la présence de la nature, de différentes façons, pour recréer des milieux naturels, dit-elle. Un peu comme l’explique Louis Tremblay avec les corridors écologiques. »

À noter que durant tout le mois d’août, la Maison des arts de Laval organise, en parallèle, des activités gratuites : fabrication de bombes de semences, création de cyanotypes, discussions, performances, visites et ateliers, le tout proposé par les commissaires, les artistes et les scientifiques. De quoi valoriser une visite de cette 3e Triennale Banlieue !, un regard devenu plus que nécessaire sur les zones suburbaines.

Consultez la page de la Triennale Banlieue !