Le milieu culturel a réagi de manière partagée aux assouplissements annoncés mardi par le premier ministre François Legault. L’enthousiasme des exploitants de salles de cinéma n’est pas partagé par le monde du spectacle.

Publié le 25 janvier
Alexandre Vigneault
Alexandre Vigneault La Presse
Luc Boulanger
Luc Boulanger La Presse

Ce qui pose problème, ce sont les conditions imposées pour la réouverture des salles, prévues à compter du 7 février prochain. Les cinémas, théâtres et salles de spectacles ne pourront en effet accueillir qu’un nombre de spectateurs équivalant à la moitié de leur capacité, jusqu’à un maximum de 500 personnes.

Éric Bouchard, coprésident de l’Association des propriétaires de cinéma du Québec (APCQ), et ses membres de la Corporation des salles de cinéma du Québec auraient souhaité une ouverture « sans condition », mais ont quand même accueilli les assouplissements avec « joie et soulagement ». « Il y a des bruits qui circulaient depuis [mardi] matin, mais ç’a été une belle surprise d’entendre ça », a-t-il dit.

Michel Sabourin, porte-parole de l’Association des salles de spectacles indépendantes du Québec (ASSIQ) et président du Club Soda, n’a pas sauté de joie, lui. « Ça ne changera pas grand-chose, on n’y arrivera pas à demi-capacité », a-t-il déploré, précisant qu’un diffuseur fonctionne à perte si sa salle n’est pas remplie à au moins 70 % ou 75 %.

Les salles de cinéma seront prêtes à accueillir les cinéphiles dès le 7 ou le 11 février, selon les endroits. « On va être en bien meilleure position que lors des précédentes réouvertures, estime Éric Bouchard. La disponibilité des films ne sera pas un problème. » Un point de vue partagé par Denis Hurtubise, autre coprésident de l’APCQ.

Dans le monde du spectacle, une relance à moins de deux semaines de préavis n’est pas aussi facile à mettre en place. Avoir une date, c’est bien, mais ce n’est pas suffisant. « Je comprends que le gouvernement ne peut pas prévoir la fin de la pandémie », dit David Laferrière, directeur général du Théâtre Gilles-Vigneault et président de RIDEAU, un organisme qui regroupe 350 salles au Québec. « Toutefois, la prévisibilité, ce n’est pas juste un calendrier fixe. C’est d’avoir des balises, une vision et un plan, comme en Ontario. »

Spectacles : l’inquiétude demeure

« Je suis contente, mais je me sens comme un yoyo », illustre Francine Bernier, directrice générale et artistique de l’Agora de la danse. « Je gère trois salles de jauge différente. Et ça fait cinq fois qu’on change nos plans de salle, avant de rouvrir la billetterie. J’espère que cette fois, les directives resteront les mêmes jusqu’en juin… »

En plus d’affecter la rentabilité des spectacles, les limites de capacité imposées par le gouvernement posent plusieurs problèmes logistiques, selon Michel Sabourin, qui a quelques dizaines de spectacles à l’agenda du Club Soda. « Qu’est-ce que je fais avec les spectacles vendus à plus de 50 % de la capacité ? demande-t-il. Je tire au sort et j’appelle les gens ? »

Nick Farkas, vice-président, programmation, chez evenko, s’est dit très déçu de l’annonce faite mardi. Le promoteur a déjà annulé ou reporté 86 représentations depuis décembre, et plus de 40 autres subiront le même sort en février seulement. Les artistes que son équipe programme ne peuvent pas se produire dans des salles à moitié pleines, et il craint que la confiance d’agents et des artistes internationaux commence à s’effriter.

Prévisibilité et soutien

Le manque de prévisibilité est une préoccupation soulignée par de nombreux intervenants dans le milieu culturel. Michel Sabourin aurait aimé que le gouvernement annonce un plan de relance et notamment la prolongation des mesures d’aide en place actuellement. « On demande aussi que la compensation financière pour les pertes à la billetterie soit reconduite jusqu’en mars 2023, dit Lorraine Pintal, directrice générale et artistique du TNM. Car ce n’est pas garanti que le public va revenir en aussi grand nombre dans nos salles d’ici 2025. Il faut donc planifier à long terme la relance. »

« Ma plus grande peur, c’est de ne pas retrouver le public en grand nombre, comme avant la pandémie, souligne aussi David Laferrière. Ça me terrorise ! Ça risque de prendre du temps, des années, pour rétablir ces liens avec le public. D’où l’importance d’avoir un plan de relance sur deux ans. »

L’inquiétude est aussi vive du côté du Regroupement des évènements majeurs et internationaux (REMI), qui rassemble notamment les grands festivals. « Si les festivals d’été n’ont pas de réponses claires, un calendrier, d’ici mars ou avril, il leur sera difficile de faire leur programmation. C’est devenu ingérable ! lance Martin Roy, PDG du REMI. Il faut trouver un moyen de pouvoir planifier le déroulement de grands évènements. »