Pendant la pandémie, la chanteuse Pascale Picard est retournée sur les bancs d’école pour apprendre le métier d’animatrice de radio. Nous sommes allés la rencontrer à Québec pour parler de « réinvention », de plan B et de la « peine d’amour » qu’a été pour elle la fermeture des salles de concert.

Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

Pascale Picard en était aux derniers mois d’une tournée « qui allait bien » quand la pandémie a commencé. Comme la plupart des artistes, elle s’est sentie démunie et bien impuissante.

« J’avais besoin de me réaliser, mais je ne savais pas comment. » Elle a fait des Facebook Live, s’est occupée de sa petite fille, a travaillé sur de nouvelles chansons en français avec des auteurs invités (Catherine Leduc, Pierre-Hervé Goulet et Daniel Beaumont), écrit un manuscrit de 45 000 mots.

Je l’ai fait lire, j’ai écrit trois versions, je ne sais pas ce qui va arriver avec ça. Mais en novembre, j’étais rendue au bout de mon jus créatif. Je voyais que ça allait être long, j’avais même commencé à postuler pour des jobs au gouvernement.

Pascale Picard

Voyant qu’elle se cherchait et qu’elle était « sur le bord de la dépression », c’est sa gérante qui lui a rappelé qu’elle avait déjà fait de la radio, il y a quelques années, et que ça pourrait être une option.

« Ça m’a tout de suite remis du gaz ! Le lendemain, j’ai appelé au Collège Radio Télévision de Québec [CRTQ] et je me suis inscrite. Ça m’a redonné une raison de me lever le matin, et j’avais enfin l’impression d’avoir le contrôle sur quelque chose. Mais quand même, à 38 ans, retourner à l’école avec un enfant en bas âge, avec une gang de p’tits jeunes… »

Formation

Le CRTQ offre à ses élèves une formation intensive, avec une attestation d’études collégiales à la clé. Et Pascale Picard tenait à suivre ces cours, surtout après une première expérience à la radio en 2015, qui l’avait éminemment stressée.

« Je trouvais que je n’avais pas les outils. C’est vraiment un métier, et je n’étais pas bien, apprendre la console en live et tout… Je fais des shows depuis 20 ans, et il n’y a pas grand-chose dans la vie qui peut me déstabiliser. Mais face à des problèmes techniques, j’ai vu que je n’avais pas ce qu’il fallait. »

Et au-delà de la technique, qui est importante, elle suit aussi des cours d’animation, de diction, de pose de voix, d’entrevue. « Toutes les techniques de communication. Comme tu le vois, je ne suis pas très synthétisée, il faut que je l’apprenne ! Il y a des choses qui ne sont pas encore maîtrisées… »

Elle rigole : c’est vrai que Pascale Picard parle beaucoup et qu’elle prend souvent de longs détours dans ses réponses. Mais « c’est aussi une question de personnalité, je suis comme ça ! » Et elle n’avait pas encore terminé ses cours que la station WKND l’avait approchée pour qu’elle fasse partie de l’émission d’été du retour à la maison du lundi au jeudi.

J’ai fait un pilote, et ça a fonctionné. C’est l’été alors c’est plus léger, c’est du talk, et on travaille en équipe. C’est ce que je voulais faire.

Pascale Picard

Quand nous l’avons rencontrée dans un café du quartier Saint-Roch, à Québec, Pascale Picard venait de terminer sa première semaine de boulot. Était-elle aussi stressée qu’il y a six ans face à ce nouveau défi ?

« C’est différent. Avec une formation, tu te mets une autre pression… Lors de ma première émission, j’aurais voulu être la meilleure animatrice qui n’a jamais été entendue au Québec ! Ç’a été des montagnes russes, mais j’ai aimé ma semaine… et j’ai hâte à lundi. »

La chanteuse est donc à l’aise dans cette nouvelle voie et contente de s’être trouvé un plan B qui la rend heureuse. « Dans la vie, il faut que je trippe. » Mais elle n’aime pas beaucoup qu’on lui dise qu’elle s’est « réinventée » – une injonction faite aux artistes qu’elle a mal digérée pendant la pandémie.

« Réinvente-toi donc, toi, et tu viendras m’en reparler ! Et puis, dans le fond, je suis restée dans mon champ de compétences. En 2015, j’ai rencontré un orienteur qui m’avait dit : “Toi, c’est les communications. Encore plus que le côté artistique.” Jamais personne ne m’avait dit ça, mais j’aurais dû y penser avant ! Quand je donne des shows, je vais toujours passer deux heures à parler avec le monde après. »

Faire des choix

Pascale Picard se verrait très bien mener les deux carrières de front. « Je suis hyperactive, au propre comme au figuré ! Ça me permettrait de faire des choix, de ne pas être tributaire d’une seule affaire. »

Ce métier d’autrice-compositrice-interprète, elle l’aime encore profondément après 20 ans, malgré toutes les incertitudes qui l’accompagnent. Mais elle avoue que la secousse provoquée par la pandémie a changé le rapport qu’elle entretenait avec lui.

C’est comme si j’avais eu une peine d’amour. Je ne m’attendais pas à ça. C’est quelque chose qu’on tient pour acquis, et que ça disparaisse de même… Wow.

Pascale Picard

Les larmes lui montent aux yeux d’un seul coup, qu’elle n’arrive pas à retenir.

« Voyons, je suis ben émotive ! Je pense que les artistes, on a tous réprimé ça aussi. D’autres l’ont eu plus difficile que nous, on ne fait pas pitié ! J’adore ce métier et je veux le pratiquer encore. Sauf que là, je fais : OK, on va reprendre, mais ça va être une relation ouverte. »

Elle est donc prête à continuer la radio à l’automne si on veut bien d’elle, tout en retournant à la création d’un cinquième album pour une sortie quelque part à l’hiver 2022. Et surtout, elle entend garder toutes les portes ouvertes.

« Je me rends compte que quand on ouvre son esprit, il peut arriver plein de belles choses qu’on ne savait même pas. »