L’écrivaine et dramaturge Michèle Lalonde est morte jeudi à Montréal à l’âge de 83 ans.

Émilie Côté
Émilie Côté La Presse

Souffrant d’insuffisance pulmonaire, elle s’est éteinte dans un CHSLD de Montréal-Nord. « Elle est partie rapidement entourée de deux de ses enfants », indique l’un d’eux, Laurent Duchastel.

Si Michèle Lalonde est beaucoup associée à son poème Speak White, au cœur de la pièce 887, de Robert Lepage, son fils rappelle que sa mère était « touche à tout ». « Elle a fait beaucoup de choses que le public ne connaît pas. »

Mme Lalonde a même souvent été échaudée par la façon dont on a réinterprété et repris son célèbre poème Speak White. Michèle Lalonde a eu l’impression d’en perdre le contrôle, a-t-elle dit à notre collègue Mario Girard en 2016 (voir autre texte).

Ma mère se sentait ostracisée par le fait qu’on retenait de son œuvre un seul poème qui a été détourné de son sens original pour lui donner une connotation nationale québécoise qui n’était pas dans le texte d’origine.

Laurent Duchastel

Quand Robert Lepage a repris Speak White presque mot pour mot dans sa pièce 887, « il a redonné au texte sa version originale », indique Laurent Duchastel. Sa mère a d’ailleurs assisté à la première au TNM en avril 2016, et elle a été ravie du spectacle.

« C’était un manifeste pour dénoncer les régimes coloniaux et défendre l’identité des petites cultures », explique son fils. Ce texte trouve ses racines dans un autre texte de Michèle Lalonde, Terre des Hommes, écrit à l’occasion du gala inaugural d’Expo 67 présenté en avril 1967 à la Place des Arts.

Défendre l’identité

Lors de la cérémonie pour honorer sa mémoire qui aura lieu dans un complexe funéraire de l’avenue Laurier, c’est le poème Envoi de fleurs qui sera en vitrine. « C’était son texte favori », indique Laurent Duchastel.

Il rappelle des œuvres importantes de sa mère, dont les essais Défense et illustration de la langue québécoise (1979) et Cause commune – Manifeste pour une internationale des petites cultures, coécrit avec Denis Monière en 1981. Michèle Lalonde a aussi pris part à des spectacles multimédias, notamment devant le parlement de Québec en 1984, avec son poème Âmes et navires sur une musique de Jean Sauvageau. « Elle aimait la fusion des genres. »

En 1984, Michèle Lalonde a occupé la présidence de la Fédération internationale des écrivains de langue française. Elle a aussi œuvré au sein de l’Union des écrivaines et écrivains du Québec (UNEQ) et participé à la création de Copibec, qui assure la gestion des droits de reproduction.

« Elle était très préoccupée par le droit d’auteur. C’est le combat de sa vie, dit Laurent Duchastel. Elle a souffert de certaines pratiques dans le monde littéraire. »

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

On pouvait voir la performance de Michèle Lalonde lors de la Nuit de la poésie de 1970 et lire le poème lors de l’exposition Soulèvements, présentée à la galerie d’art de l’UQAM en 2018.

Peu de femmes à l’époque

« Elle était une femme dans un monde d’hommes », poursuit son fils.

Ce dernier se souvient d’une tournée en France en 1980 pour un spectacle intitulé Les sept paroles du Québec, où il a suivi sa mère. Elle était la seule femme aux côtés des Gaston Miron, Yves-Gabriel Brunet, Michel Garneau, Gilbert Langevin, Raôul Duguay et Paul Chamberland.

« On côtoyait au quotidien des gens dont on a saisi l’importance plus tard », dit Laurent Duchastel, qui a un frère (Morency) et une sœur (Alexandra).

En prenant la parole à côté de Gaston Miron, elle a ouvert des portes à d’autres femmes.

Jean-Paul Daoust, poète

Michèle Lalonde était proche de Denise Boucher et de Nicole Brassard. « Des femmes de révolte qui prenaient la parole sur la place publique », dit Jean-Paul Daoust.

Ce dernier n’était pas un ami intime de Michèle Lalonde, mais il l’a beaucoup côtoyée puisqu’ils étaient voisins, près du parc La Fontaine. « C’était une femme très engagée qui a amené la poésie à une grande oralité. Il y avait un élan revendicateur dans sa poésie. »

Comme le fils de la poète, Jean-Paul Daoust souligne qu’elle a laissé sa marque dans des œuvres variées. Elle était la narratrice (et la scénariste) d’un film sur Claude Gauvreau réalisé par Jean-Claude Labrecque en 1974, rappelle-t-il.

Elle avait à cœur « la trame historique qui constitue l’identité, la structure et la mémoire d’un peuple », conclut Laurent Duchastel. Outre ses deux fils et sa fille, Michèle Lalonde laisse dans le deuil six petits-enfants.