(Québec) Oubliez « Cancún ou Puerto Plata » et mettez le cap sur les différentes régions du Québec. C’est avec ce message en tête que François Legault entend profiter de l’élan imprimé par la pandémie au tourisme local pour injecter 259 millions dans la création d’un nouveau réseau muséal régional, les « Espaces bleus ». Leur mission gravitera autour du thème de la « fierté ».

Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

Le premier ministre en a fait l’annonce jeudi au pavillon Camille-Roy du Séminaire de Québec. Le site patrimonial, situé dans le Vieux-Québec, servira de titre de « tête du réseau ». Il coûtera 48 millions à mettre en place, nécessitera un budget de fonctionnement de 4,4 millions par année et sera consacré aux sciences, grâce à un don de 2,5 millions de la Ville de Québec pour y exposer une collection d’objets scientifiques.

Les autres Espaces bleus, qui seront tous la propriété du Musée de la civilisation, aussi responsable d’élaborer le contenu des expositions, coûteront environ la moitié du budget consacré à l’antenne prévue pour la capitale. Celle-ci devrait ouvrir ses portes aux visiteurs à l’automne 2022.

En créant ce nouveau concept, le gouvernement a jonglé avec différents noms, dont celui de « Maisons bleues ». M. Legault a admis que ce nom n’a finalement pas été retenu, sachant que la comédie La Maison-Bleue de Ricardo Trogi, diffusée à Radio-Canada, dépeint le Québec comme une république dysfonctionnelle.

Un mot : fierté

En point de presse, jeudi, François Legault a longuement parlé du thème de la fierté, « un moteur qui est puissant pour les individus, puissant pour les nations ». Il souhaite que les Espaces bleus, qui sont en somme des musées consacrés à l’histoire régionale, soient les vitrines des « héros » de chaque région et des évènements qui suscitent chez les Québécois un sentiment de fierté.

« Je veux que quand on y met le pied, qu’on se sente fier », a dit le premier ministre, selon qui « on doit se dire que le peuple québécois est un peuple fort et résilient, qui a réussi à passer à travers des hivers qui ont été durs ».

« Il va falloir parler des moments marquants des régions, que ça soit positif ou négatif, mais même les choses négatives peuvent être vues comme étant un geste de courage de la part de la population », a-t-il dit.

Le gouvernement se défend toutefois de tenir le crayon de ceux qui concevront le contenu des expositions. Le tout sera confié au Musée de la civilisation, dont le président-directeur général, Stéphan La Roche, assure que ses experts prépareront du contenu en toute « objectivité ».

PHOTO FOURNIE PAR LE MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DES COMMUNICATIONS

Maquette d’un futur Espace bleu avec un hologramme de Robert Lepage.

Protection du patrimoine

Pour aménager les prochains Espaces bleus, le gouvernement prévoit acquérir, entre autres, « des sites et des immeubles à caractère patrimonial situés partout au Québec ». Ces sites seront « aménagés, restaurés et requalifiés », a-t-on dit jeudi.

À part le site prévu pour Québec, le gouvernement n’a toujours pas annoncé officiellement les endroits où seront construits les prochains musées. François Legault a affirmé qu’il ne veut pas mettre ce nouveau concept en concurrence avec les musées existants, et que si des musées ont la capacité d’agrandir leurs installations, cette option serait sérieusement étudiée.

« On veut éviter qu’il y ait une compétition entre les musées. Dans les régions où il y a des musées qui peuvent agrandir, on va le faire dans ces musées qui existent déjà », a dit M. Legault.

Chose certaine, la bibliothèque Saint-Sulpice à Montréal, qui fait couler beaucoup d’encre, alors que le bâtiment à haute valeur patrimoniale est abandonné depuis des années, ne sera pas un Espace bleu. Le premier ministre a toutefois indiqué jeudi qu’il regarde de « très près » le projet défendu par Monique Giroux et Luc Plamondon, qui souhaitent en faire un lieu de célébration pour la chanson. « Ça nous intéresse beaucoup », a-t-il dit.