Le populaire écrivain Harlan Coben, à l’origine des excellents thrillers The Stranger, The Woods et Safe sur Netflix, sait accrocher ses millions de fans en quelques minutes à peine.

Hugo Dumas
Hugo Dumas La Presse

Sa recette universelle fonctionne à tout coup. Et son efficacité me surprend toutes les fois. Les ingrédients ? Un gros punch à la fin de chacun des épisodes, sans exception. Des étrangers qu’un lien obscur ou glauque relie. Et des histoires tissées en parallèle qui se rejoignent inévitablement dans un moment « oh mon Dieu, je n’ai jamais vu venir ça, Seigneur Jésus, ça se peut-tu ? ».

El inocente sur Netflix – ou The Innocent ou Innocent dans votre moteur de recherche –, c’est du Harlan Coben pur jus. C’est enlevant, rythmé et rempli de rebondissements. Bref, c’est huit heures de suspense policier, qui vous attendent en français, en anglais ou en espagnol, la langue d’origine dans laquelle cette série-puzzle a été tournée.

Bien sûr, autant de retournements en si peu de temps implique que les ficelles scénaristiques grossissent. Les fans de polars acceptent cette convention. Moi aussi. J’ai vraiment aimé Innocent, qui dérive d’un roman de l’Américain Harlan Coben publié en 2005.

L’action se déplace toutefois du New Jersey à la banlieue de Barcelone. Lors d’une fête de fin d’année, l’étudiant en droit Mateo Vidal se retrouve mêlé à une bagarre à propos d’une fille. Dans l’échauffourée, il repousse son attaquant, qui se fracasse le crâne sur une pierre et meurt sur le coup. Mateo Vidal passera quatre ans derrière les barreaux pour cet homicide involontaire.

IMAGE TIRÉE DE LA SÉRIE

Alexandra Jiménez et Mario Casas dans El inocente

À sa sortie de prison, Mateo repart à neuf. Il fonde un cabinet d’avocats avec son frère et s’apprête à acheter une nouvelle résidence avec sa femme, Olivia. Évidemment, c’est du Harlan Coben, donc les maisons de banlieues cossues renferment toujours des secrets terribles. Comme dans The Stranger avec Richard Armitage. Comme dans Safe avec Michael C. Hall, alias Dexter.

Donc, Mateo reçoit un appel de sa femme Olivia, qui le plonge dans une spirale infernale. Vidéos compromettantes, mensonges, textos bizarres, c’est le début du voyage en montagnes russes pour nous, les téléspectateurs. En résumé : le passé revient, un vieux truc classique.

PHOTO TIRÉE DU SITE IMDB

Affiche de la version anglaise de la série El inocente, sur Netflix

Le deuxième épisode, par sa structure déstabilisante, frustrera plusieurs personnes, car il évacue presque complètement l’histoire de Mateo pour se concentrer sur celle de l’inspectrice de police Lorena Ortiz, un personnage inconnu. Honnêtement, c’est comme s’asseoir devant une toute nouvelle télésérie. Au point qu’on se questionne : aurait-on sauté un épisode dans la séquence ?

Non, attendez la suite. L’inspectrice Lorena enquête sur le suicide d’une jeune religieuse, qui s’est défenestrée. Plus l’épisode progresse, plus on s’éloigne de la trame principale… jusqu’à la dernière séquence, qui relie le destin de la nonne à celui de Mateo. Mais comment ? Le plaisir démarre et la cadence ne ralentira pas.

IMAGE TIRÉE DE LA SÉRIE

Aura Garrido dans El inocente

Innocent nous entraîne alors dans des clubs d’effeuilleuses de Marbella, dans l’univers de la prostitution, de la cocaïne, des caïds, des rendez-vous secrets et des fêtes clandestines organisées par des proxénètes.

Il y a cependant un truc vraiment dérangeant dans Innocent : l’extrême violence exercée contre les femmes. Voir autant de personnages féminins se faire écraser le visage à coups de botte ou manger des volées à répétition, c’est non.

Il reste que pour Netflix, Harlan Coben est une mine d’or. Ses récits à clés s’adaptent dans tous les pays. The Woods (Dans les bois) a été fait en Pologne et son prochain titre, Gone for Good (Disparu à jamais), fabriqué en France, sortira dans les prochains mois.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Harlan Coben

C’est en 2018 que Harlan Coben, 59 ans, qui a vendu 75 millions de livres partout sur la planète, a paraphé sa lucrative association de cinq ans avec Netflix pour l’adaptation de 14 de ses œuvres, ainsi que pour l’écriture de nouveau matériel.

Stay Close (Ne t’éloigne pas) a également été mise en boîte à Manchester, en Angleterre, toujours pour Netflix, et sortira à l’automne. Cette minisérie de huit épisodes mettra en vedette Cush Jumbo (The Good Fight) et Richard Armitage (The Stranger).

On se comprend. Coben ne réinvente pas la roue du polar télévisé. Il manufacture des œuvres courtes, haletantes, qui n’ont pas de suite. Une saison, et hop, on passe à la suivante.

Parfois, ça fait du bien d’entrer rapidement dans un univers – une petite vite ! – plutôt que d’y rester pendant 17 ans comme dans Grey’s Anatomy. C’est quoi, le prochain ?