Un des membres du conseil d’administration de la Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SOCAN) a démissionné jeudi. Denis Wolff est accusé de voies de fait contre une femme, des évènements qui se seraient déroulés entre juin 2018 et mars 2021.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Cinq chefs d’accusation ont été déposés contre Denis Wolff en mars dernier, au palais de justice de Montréal. L’homme qui travaille dans le milieu musical depuis plus de 30 ans se serait livré à des voies de fait à l’endroit de la même femme en juin 2018, entre le 1er juillet et le 30 septembre 2020 et en octobre 2020. Vers le 10 mars 2021, il se serait également livré à d’autres voies de fait en étouffant, suffoquant ou étranglant cette femme. Il est aussi accusé d’avoir sciemment proféré une menace de causer la mort ou des lésions corporelles à son endroit en mars dernier.

L’homme de 64 ans, qui a travaillé avec bien des artistes québécois, dont Jean Leloup, Pierre Lapointe, Patrick Watson, Lhasa de Sela, Loco Locass et Bran Van 3000, était un des membres du conseil d’administration de la SOCAN, société sans but lucratif de gestion de droits en musique. Il a remis sa démission jeudi, a appris La Presse.

« Denis Wolff a estimé qu’une affaire personnelle en cours pourrait constituer une distraction trop importante pour le Conseil », a déclaré par écrit le président du conseil d’administration, Marc Ouellette.

J’ai accepté sa démission et je le remercie pour ses nombreuses années de travail au sein du Conseil d’administration.

Marc Ouellette, président du conseil d’administration de la SOCAN

La SOCAN a été mise au courant des accusations qui pesaient sur M. Wolff par La Presse en début de semaine.

L’avocat de Denis Wolff, MPierre Éloi Talbot, a déclaré par écrit à La Presse que « pour limiter les inconvénients subis par l’institution culturelle importante qu’est la SOCAN, notre client a mis fin aujourd’hui à son mandat d’administrateur de la SOCAN ». Il a ajouté que M. Wolff se « défendra devant les tribunaux en temps opportun quant à la dénonciation pour laquelle il a comparu ».

Celui qui est aussi président de l’agence de musique Maisonnette a également démissionné du conseil d’administration de la Fondation SOCAN.

Démissionner pour ne pas nuire à la réputation de l’organisation

Pour Daniel Matte, associé fondateur de l’agence en relations publiques Tact Intelligence-conseil, un membre de conseil d’administration qui est « accusé au criminel » a le devoir d’en informer les autres membres. « Souvent, les gens qui sont à des conseils d’administration s’engagent à avoir une conduite irréprochable, a-t-il expliqué. Quand c’est un membre du conseil d’administration qui est visé par des allégations comme celles-ci, c’est encore plus critique qu’avec un employé, parce qu’il y a encore plus de risque de dommages à la réputation de l’organisation. »

Si un de ses clients apprenait qu’un membre de son conseil d’administration est visé par des accusations, il proposerait à son client de suspendre ce membre jusqu’à la fin du processus judiciaire ou de le démettre de ses fonctions.

Depuis quelques années, notamment dans la mouvance de #metoo, les entreprises et organisations sont beaucoup plus prudentes. Si des cas se dessinent au sein de l’organisation, on va généralement leur demander de quitter leurs fonctions, du moins temporairement. Même si on ne connaît pas l’issue et que la personne pourrait être innocentée en bout de piste.

Daniel Matte, associé fondateur de l’agence en relations publiques Tact Intelligence-conseil

Jonathan Ngo, spécialiste en gouvernance chez Intact Corporation financière, est du même avis : l’objectif d’un conseil d’administration est de protéger les intérêts de l’entreprise. « Nous avons des attentes plus élevées pour de hauts dirigeants, puisqu’ils sont censés être des modèles pour l’entreprise. »

Si un membre d’un conseil d’administration se comporte de manière X, qu’est-ce que ça dit aux employés de l’entreprise ? se demande M. Ngo. « D’après moi, ça envoie le message que les employés peuvent se comporter de cette manière-là, puisque ça semble accepté dans les plus hauts échelons. »

Denis Wolff devrait être de retour au palais de justice de Montréal le 24 août prochain.