La pandémie prendra fin un jour, mais on ne fera plus de rentrée culturelle sans parler aussi de la diffusion de concerts et de spectacles sur l’internet. Plus qu’une bouée de sauvetage, les webdiffusions commencent à être perçues comme une occasion à saisir.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

Il n’y a rien de « naturel » à présenter un concert symphonique sur l’internet, reconnaît Martin Hudon, directeur, marketing et communications, à l’Orchestre Métropolitain (OM). On ne peut pas comparer ce qu’on vit dans une salle comme la Maison symphonique à ce qu’on ressent devant un écran. « Ça ne remplacera jamais l’expérience en salle, convient-il, mais il y a peut-être quelque chose à garder et à développer [des concerts virtuels]. »

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Le concert d’ouverture de la saison 2020-2021 de l’Orchestre Métropolitain, dirigé par Yannick Nézet-Séguin, avec la mezzo-soprano Michèle Losier, à la Maison symphonique, en septembre dernier

L’OM, qui vient de lancer un autre segment de programmation en ligne, a beaucoup expérimenté et appris des possibilités offertes par les captations audiovisuelles. La mise en scène de ses concerts s’est raffinée depuis le printemps : le positionnement des caméras maximise la proximité avec les musiciens, donne des points de vue inédits (voir Yannick Nézet-Séguin diriger de face, par exemple) et permet de placer le soliste face à l’orchestre, ce qui favorise de manière « frappante » la communication entre les deux, selon Martin Hudon.

Je n’ai pas de boule de cristal, mais il va falloir vivre avec le fait que l’internet et les nouvelles technologies vont faire partie des façons de consommer de la culture. La pandémie a enclenché ça.

Suzanne Richard, directrice de production chez Québec Issime

Des ventes impressionnantes

Le printemps dernier, quand le Québec a été mis sur pause, se tourner vers l’internet – en particulier les réseaux sociaux – a été un réflexe pour bien des organisations et artistes. Une prestation Facebook Live était autant une façon de faire du bien que de garder un contact avec son public. Or, au fil du temps, proposer une version numérique d’une œuvre est devenu l’une des rares façons d’exister, même pour les grands évènements.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

En temps normal, Beyries aurait dû se produire à la Cinquième Salle de la Place des Arts, qui accueille au maximum 450 spectateurs. Or, avant même la fin de la diffusion de sa captation qui se poursuivait jusqu’à ce samedi, elle avait vendu plus de 2000 billets en début de semaine.

Près d’un an après le premier confinement, les spectacles virtuels n’ont plus rien d’improvisé. La Carte blanche colorée de Beyries, offerte depuis le 15 janvier, a par exemple bénéficié d’une mise en scène et d’une réalisation soignées. Et ça fonctionne.

Beyries aurait dû se produire à la Cinquième Salle de la Place des Arts, qui accueille au maximum 450 spectateurs. Or, elle avait vendu plus de 2000 billets, lundi, selon son imprésario, Emmanuelle Girard. « Et le concert est encore offert jusqu’à ce samedi », souligne-t-elle.

Québec Issime espérait vendre entre 3000 et 4000 billets pour le visionnement de son spectacle Décembre, qui aurait dû être présenté au Théâtre Maisonneuve. « En fin d’exercice, on avait atteint les 15 000 », se réjouit Suzanne Richard, directrice de production chez Québec Issime. Sans compter les 6000 élèves du secondaire et du primaire qui ont aussi pu visionner le spectacle, créé à partir d’images tournées au cours d’une production antérieure.

Ces succès ne remplacent pas les activités habituelles de spectacles présentés devant public. Or, ils soulèvent « beaucoup de questions », selon Suzanne Richard. Ils forcent les organisations à envisager l’intégration de prestations virtuelles dans leur offre. « Est-ce qu’on serait capable de vivre juste de la webdiffusion ? D’un modèle hybride ? », se demande-t-elle.

Emmanuelle Girard, sans avoir de plans précis en tête, songe que des prestations en ligne géolocalisées pourraient peut-être faire partie des outils pour développer des carrières. Martin Hudon, comme Suzanne Richard, pense qu’un concert virtuel peut contribuer à attirer un nouveau public, notamment des gens qui ne vivent pas dans la région où un concert ou un spectacle à grand déploiement est présenté sur scène.

« Ce n’est pas l’option favorite de tout le monde », reconnaît Emmanuelle Girard. Elle ajoute toutefois que ce type d’évènements « ouvre des perspectives » et qu’il n’est plus possible de « faire semblant que ça n’existe pas ». « On garde ça dans notre poche arrière et on y pense, dit-elle. On sait que l’expérience peut être agréable. »

Des carrefours virtuels

Vous avez envie d’assister à un évènement culturel dans votre salon ? Voici quelques suggestions pour avoir accès en quelques clics à une offre diversifiée. L’Orchestre Métropolitain offre ses concerts numériques sur son propre site. L’Orchestre symphonique de Montréal aussi. Beyries et Québec Issime ont pour leur part travaillé avec leur diffuseur, la Place des Arts, qui a une programmation en ligne. Quelques carrefours ou salles virtuelles ont aussi émergé ces derniers mois, parmi lesquels l’espace Yoop (dont l’offre est mince en ce moment) et lepointdevente.com (très généreux). La salle L’Anti, à Québec, est particulièrement active sur le plan de l’offre de concerts virtuels. Du côté du théâtre, de nombreuses salles proposent des diffusions en ligne, notamment le TNM, qui s’est lancé avec enthousiasme dans cette voie.

> Consultez le site de l’Orchestre Métropolitain

> Consultez le site de l’Orchestre symphonique de Montréal

> Consultez le site de la Place des Arts

> Consultez le site lepointdevente.com

> Consultez le site de l’espace Yoop

> Consultez le site de la salle L’Anti

> Consultez le site du Théâtre du Nouveau Monde