Avec Louis-José Houde à l’animation pour une 15e année et un scrutin qui suscitait moins de divisions que dans le passé, l’équipe des galas de l’ADISQ était presque dans ses pantoufles. Mais un certain coronavirus et des mesures sanitaires l’ont forcée à revoir complètement la formule de ses trois galas. Notre journaliste a pu assister à certains préparatifs. Compte rendu.

Émilie Côté
Émilie Côté La Presse

Après un temps moche en matinée, le beau temps est plus que bienvenu. Les vents faibles aussi. Sur la terrasse du toit de la Place Ville Marie, la vue est spectaculaire. Le mont Royal arbore ses plus belles couleurs d’automne. Seul hic, Sonny Caouette cherche un stationnement alors que son frère Érik est arrivé depuis longtemps.

Un détail. Tout ce qui compte est que la prestation de 2Frères puisse être filmée.

Pour l’équipe de production du Gala de l’ADISQ, c’est le soir de la dernière chance pour capter cette partie importante du numéro d’ouverture. « S’il avait plu aujourd’hui, nous serions dans la merde », lance le réalisateur Jocelyn Barnabé.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Le réalisateur Jocelyn Barnabé et la productrice exécutive et directrice des galas Julie Gariépy

Il a fallu annuler ce tournage quatre fois, car les vents étaient trop puissants pour laisser voler les drones qui permettent des prises de vues aériennes spectaculaires.

En ce jeudi 22 octobre, il ne reste que la prestation de 2Frères à tourner parmi celles qui forment un medley. Et il fallait qu’Érik et Sonny Caouette se produisent sur un toit sinon le concept était bousillé. La météo est clémente. Bien justement… Devinez quelle chanson 2Frères pourra finalement interpréter du haut de la Place Ville Marie ? À tous les vents !

Des segments préenregsitrés

Le restaurant des Enfants terribles est fermé et transformé en studio de télé. Une vingtaine d’employés et de techniciens s’activent. C’est en direct que le Gala de l’ADISQ aura lieu dimanche soir. « Mais il fallait alléger les opérations en studio avec des segments préenregistrés », explique le réalisateur.

Jocelyn Barnabé a réalisé plus de 20 fois le Gala de l’ADISQ. Parmi les années mémorables, il y a eu le 20anniversaire au Centre Bell avec Céline Dion à l’animation.

Cette année, c’est hors normes. Cela ne ressemble à rien.

Jocelyn Barnabé, réalisateur

Le grand changement : le gala n’a plus lieu dans une salle de spectacle (de la Place des Arts), mais dans un studio de télévision. « Sans Jocelyn, je ne sais pas si j’aurais fait un show de télé et non un spectacle », lance la productrice exécutive et directrice des galas, Julie Gariépy. Il m’a dit que les performances allaient être à la hauteur.

« On garde la même structure. Il y aura autant de performances, mais la moitié sont préenregistrées », indique-t-elle.

Jocelyn Barnabé est un habitué du studio 42 de Radio-Canada. Il y a notamment réalisé plusieurs Galas Québec Cinéma, des Soirées des masques, ainsi que des prestations de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM).

Le Gala de l’ADISQ se tournera même dans deux studios. C’était nécessaire – mesures sanitaires obligent – pour que tous les artistes nommés soient présents.

Se réorienter sans cesse

Prévoir un gala avec les consignes du gouvernement qui peuvent changer d’une journée à l’autre représente un beau casse-tête. « Il faut constamment se réorienter », souligne Julie Gariépy.

On nous a obligés à avoir un Plan B, dont un pour Louis-José. Toutes les émissions de Radio-Canada ont un plan B à l’animation. En fait, on parle carrément de plan d’urgence pour que le gala ait lieu quand même…

Julie Gariépy, productrice exécutive et directrice des galas

Quand les écoles ont rouvert, Julie Gariépy a fait de l’insomnie. Les bulles des membres de son équipe se multipliaient… Heureusement, personne n’a eu besoin de faire de quarantaine, même préventive. « Mais on est hyper prudents, insiste Jocelyn Barnabé. Si on veut aller jusqu’au bout, nous n’avons pas le choix. On ne peut pas se permettre de perdre des joueurs. »

Habituellement, c’est au printemps que l’équipe de Julie Gariépy commence à travailler activement sur les remises de prix de l’ADISQ. Cette année, c’était en août. « C’était de la réorientation constante », répète-t-elle.

Notamment quand des régions – dont celle de Montréal – sont passées en zone rouge le 28 septembre dernier. « Je ne m’attendais pas à ce que les salles de spectacles ferment. C’était tellement morose », souligne Julie Gariépy. Dire qu’à un moment donné, pendant l’été, elle a craint que le gala soit trop « sanitaire » si les mesures s’assouplissaient à l’automne…

Lors de notre rencontre, Julie Gariépy et Jocelyn Barnabé s’inquiètent plutôt de ce que le premier ministre François Legault annoncera au terme du défi de 28 jours. Les artistes nommés pourront-ils être présents ? « Il faut un plan pour aller chercher les réactions des gagnants autrement », souligne le réalisateur du Gala de l’ADISQ.

Heureusement, six jours avant le jour J, lundi dernier, François Legault n’a pas annoncé de mesures plus sévères de confinement.

Louis-José Houde

Si la présence de Louis-Josée Houde pour une 15année à l’animation est rassurante pour l’équipe de l’ADISQ, elle l’était moins pour le principal intéressé. « Il m’a dit : je ne suis pas un animateur télé, raconte Julie Gariépy. Je suis un humoriste qui fait du stand-up, qui fait ses blagues devant un public et non devant une caméra. »

À quel moment a-t-il fait lire son monologue d’ouverture à ses « boss » ? Cette année, une dizaine de jours avant.

C’est connu, Louis-Josée Houde peaufine ses textes à la virgule près. « Rien n’est laissé au hasard avec lui », souligne Jocelyn Barnabé. Parlera-t-il de la vague de dénonciations qui a ébranlé la scène musicale québécoise l’été dernier ? La réponse : oui. « Avec sa finesse et son humour à lui », dit Julie Gariépy. « Il nous amène ailleurs », souligne Jocelyn Barnabé.

Le Premier gala de l’ADISQ et celui de l’industrie

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

L’animatrice Claudine Prévost, lors de la répétition du Gala de l’industrie

Dimanche 25 octobre, dans la salle du Ministère. Claudine Prévost fait un enchaînement du Gala de l’industrie avant sa captation officielle.

Il s’agit de son deuxième engagement professionnel – en deux jours – depuis la naissance de son deuxième fils. La veille, elle a chanté à l’émission En direct de l’univers consacrée à David Saint-Jacques. Il faut savoir que l’astronaute est un ami d’enfance de son amoureux, Nicolas Tittley, et le parrain de son aîné.

Claudine Prévost anime le Gala de l’Industrie depuis 15 ans. « Mais c’est ma première édition virtuelle. Et je suis la seule à pouvoir toucher les enveloppes ! » « Elle est une vraie pro », répète son ami (et parrain de son petit dernier) Pierre Lapointe, qui remet un prix avec elle.

De son côté, le coach à La voix anime pour une deuxième le Premier Gala de l’ADISQ diffusé trois jours plus tard (le mercredi 28 octobre). Or, son boulot est terminé.

Le Premier Gala

Rapidement, l’équipe de la productrice exécutive Julie Gariépy a décidé de préenregistrer le Premier gala. « Le gala est monté, mais je ne l’ai pas vu, car je ne pouvais pas savoir les noms des lauréats », précise Pierre Lapointe.

Pour tous les artistes en lice, il a donc tourné un segment où il les a proclamés gagnants ! L’auteur-compositeur-interprète prend goût au métier de l’animation. « Je suis chanceux. Cela a sauvé mon année. »

Tirer des leçons de 2020

Avoir été forcé de faire les choses autrement aura du bon. « Des choses vont rester », souligne Julie Gariépy. C’était peut-être « inhumain » de faire deux galas en direct en une semaine.

Soyons francs : chialer contre le Gala de l’ADISQ a longtemps été un sport national. Depuis plusieurs années, il faisait davantage l’unanimité avec une plus grande diversité d’artistes nommés. « Dire qu’on pensait être dans nos pantoufles », lance Julie Gariépy.

L’an prochain, il faudra sans doute se réinventer, du moins pour toutes les catégories reliées aux spectacles… Chose certaine, c’est avec un enthousiasme sans précédent que les artistes à qui on a proposé des prestations ont dit oui cette année.

« Les occasions se font de plus en plus rares, souligne Érik Caouette de 2Frères. On prend tout ce qui nous permet de sortir de chez nous. Les spectacles, c’est important pour les artistes, mais aussi pour le public. »

En prestation dimanche

Outre 2Frères, les artistes qui offriront des prestations lors de la remise des 12 Félix dimanche sont Anachnid, Bleu Jeans Bleu, Eli Rose, Evelyne Brochu, Flore Laurentienne, Isabelle Boulay, KNLO, Les Cowboys Fringants, Louis-Jean Cormier, Marc Dupré, Marie-Pierre Arthur, Matt Holubowski, Naya Ali et Pierre Lapointe.