Nathalie Petrowski et Michel Lacombe, couple à la ville comme à la radio, coanimeront à compter du samedi 27 juin, à 14 h, OK Boomer, à l’antenne d’ICI Radio-Canada Première. Une série de huit émissions sur différents thèmes qui unissent et divisent les générations québécoises.

Marc Cassivi Marc Cassivi
La Presse

Marc Cassivi : Le titre de l’émission est assez accrocheur…

Michel Lacombe : C’est quoi, déjà, le titre de l’émission ?

Nathalie Petrowski : Michel ne voulait rien savoir du titre…

M.  C.  : Parce que tu trouves l’expression insultante ?

M.  L.  : Non, non, non. Je trouvais ça facile. OK Boomer, c’est un jingle ! Moi, j’aurais appelé ça « Confit de générations ». OK Boomer, c’est aussi niaiseux que « Tasse-toi Mononcle ! » dans le fond.

M.  C.  : Oui, mais il y a de l’autodérision dans OK Boomer.

N. P.  : C’est ça, le concept ! C’est comme pour mes chroniques : je trouve le titre, et ensuite je trouve le concept. Une fois que tu as ton titre, tu sais où tu t’en vas.

M.  L.  : C’est comme ça que tu travailles ?

N. P.  : Ben oui ! Radio-Canada m’avait demandé l’an dernier, quand j’ai pris ma retraite de La Presse, si on n’avait pas une idée pour une émission.

M.  L.  : Ça fait plusieurs années que Radio-Canada me dit que ce serait le fun que je fasse quelque chose avec Nathalie…

N. P.  : Mais on n’avait pas envie de faire une émission sur le couple comme Jean et Janette ! Janette veut savoir et Jean ne veut rien savoir… Finalement, puisque les générations m’intéressent beaucoup comme point de référence, je me suis dit que ce serait une bonne idée pour une émission. Michel n’aimait pas le titre, mais il aimait l’idée ! OK Boomer, c’est les milléniaux et les Z — la politicienne qui en a parlé en premier, en Nouvelle-Zélande, avait 25 ans — qui disent : « De toute façon, vous ne nous écoutez pas ». On a décidé de le prendre à l’envers et d’écouter ce que les plus jeunes ont à dire. Ce qui m’a beaucoup alimentée, c’est les discussions avec mon fils, qui est un pur produit de l’UQAM.

M.  L.  : Tu pourrais dire « notre fils » ! La paternité est un acte de foi, mais quand même…

N. P.  : Nous avons des discussions sur un paquet de sujets sur lesquels on n’est pas d’accord. C’est un vrai millénial !

M.  L.  : Parfois, il n’est pas d’accord avec nous, et parfois, il n’est pas d’accord avec sa gang. Il me fait beaucoup penser à moi à son âge.

N. P.  : Finalement, c’est très cordial. Il y a juste Laure Waridel qui a pogné les nerfs contre un jeune économiste de droite ! (Rires) On a fait une émission sur l’environnement. C’était un must. Mais je ne voulais pas que ce soit un plateau d’affaires publiques de Michel Lacombe. C’est Michel ET Nathalie. Et Nathalie vient plus du culturel que des affaires publiques !

M.  C.  : Entre vous deux, ça se passe bien ? Deux journalistes en couple depuis longtemps, qui n’ont jamais travaillé ensemble…

N. P.  : Au début, ce n’était pas évident. On prépare les émissions ensemble, mais on n’a pas les mêmes réseaux, on n’a pas les mêmes réflexes ni les mêmes références…

M.  L.  : C’est pas ça. C’est parce qu’on est deux têtes de cochon, habituées de travailler de façon autonome. Ça fait 30 ans que je n’ai pas fait une émission que je n’ai pas inventée moi-même. Nathalie fait ses chroniques, ses films et ses romans. Deux individualités fortes ensemble, c’est un peu compliqué. On se tape dessus en privé… intellectuellement, bien sûr ! Mais comme je l’aime, elle finit par avoir raison ! (Rires)

N. P.  : Le confinement, on ne l’a pas vu passer, parce qu’on a passé notre temps à s’obstiner !

M.  L.  : L’émission dont on est le plus fiers porte sur l’identité de genre. On a eu plein de discussions là-dessus, on a travaillé très fort. On a fini par rencontrer Khate Lessard, qui est une perle. Comme elle a fait Occupation double, je ne voulais rien savoir au début. Mais elle est merveilleuse, tellement émouvante et généreuse. On a failli l’adopter comme fille !

N. P.  : Ça, c’est Michel Lacombe ! Il dit toujours non au début, puis, finalement, il dit oui, oui, oui ! Il commence avec de gros préjugés, puis tranquillement, il les perd en cours de route, parce qu’il fait aller son intelligence. On finit toujours par trouver un terrain d’entente, mais ça prend du temps. Parce que Michel a des idées avec lesquelles je ne suis absolument pas d’accord et il faut arrimer tout ça.

M.  C.  : Donc en ondes, vous présentez aussi une pluralité de points de vue de boomers ? Vous n’êtes pas un bloc monolithique…

N. P.  : Oui, c’est ça. On donne notre point de vue, mais ce n’est pas une émission de débats. On vient de faire une émission sur la diversité culturelle. Dans les années 60 et 70, c’était le cadet de nos soucis. On a jumelé le comédien d’origine iranienne Mani Soleymanlou à Éric Bédard, qui est un historien, blanc…

M.  C.  : De droite…

M.  L.  : De droite ? Bah…

M.  C.  : Il y a 30 ans, tu aurais dit « de droite ». Maintenant tu dis « bah, de droite »… (Rires)

N. P.  : Ils n’étaient pas d’accord, mais ils se sont écoutés mutuellement, sans s’engueuler. J’aimais entendre leurs deux points de vue, qui sont à l’opposé.

On est beaucoup dans la polarisation en ce moment, et le dialogue n’est pas possible dans la polarisation. Tout le monde est dans son camp, dans son Facebook avec ses amis qui se « likent » entre eux.

Nathalie Petrowski

M.  C.  : Les fois où j’ai eu envie de répondre « OK Boomer » à des lecteurs, c’était surtout parce qu’ils ressassaient de vieux préjugés sur la religion. La plupart des boomers qui ont vécu le traumatisme de la grande noirceur, le joug de l’Église, sont allergiques à la religion. Plusieurs ne comprennent pas que les générations suivantes ne partagent pas leur aversion…

N. P.  : Le sujet de la religion, on a voulu le faire, mais on s’est dit que c’était une mauvaise idée.

M.  L.  : C’est un piège à cons ! J’ai des positions tellement tranchées là-dessus… Non seulement on a vécu la bataille pour sortir de la religion, mais la sortie de la religion catholique, et le lâcher-prise des religions protestantes ont été la condition de la naissance de la démocratie occidentale. La démocratie ou le droit divin ? Tu choisis.

M.  C.  : Mais tu comprends que pour ma génération ou celle de votre fils, ce n’est plus un enjeu qui a la même charge que pour vous ? Ce n’est pas viscéral pour nous.

M.  L.  : Je comprends qu’on les a mal éduqués. Qu’on ne leur a pas enseigné l’histoire…

N. P.  : La fille de 19 ans d’Éric Bédard ne comprend pas pourquoi il capote sur le voile. Il a essayé de lui expliquer. La mère de Mani Soleymanlou a été obligée de porter le voile à Téhéran et lui est contre l’interdiction de porter le voile. Nous, on ne s’est pas prononcés là-dessus, et on ne voulait pas faire toute une émission sur la religion. C’est l’été !

M.  C.  : Vous abordez la question du nationalisme, qui est un autre thème qui divise bien des milléniaux et des baby-boomers parfois amers ?

N. P.  : Non plus. On aborde l’engagement politique des jeunes. On avait l’impression que les milléniaux étaient désengagés ou infidèles. Moi, depuis la toute première fois, j’ai toujours voté de la même façon. Je n’ai jamais pensé voter autrement. Finalement, les jeunes sont engagés autrement. On y va avec des préjugés qui existent, et qui ne sont pas toujours nos préjugés.

M.  C.  : Par exemple que les milléniaux sont individualistes ou hédonistes ?

M.  L.  : Ça, c’est un peu vrai ! (Rires) Ce qui est bien, c’est qu’on ne tient pas à avoir raison.

M.  C.  : OK Boomer, c’est surtout une insulte destinée à des gens qui ne veulent rien entendre…

N. P.  : Exactement. On est des journalistes. On a toujours envie d’en apprendre plus !