Ce n’est pas pour rien que le restaurant gastronomique Le Mousso figure depuis cinq ans parmi les meilleures tables du pays. Ses employés brillants, perfectionnistes et bruyants (OUI CHEFFF !) courent les concours… et les remportent !

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Lundi soir, c’est le grand « guerrier » Camilo Lapointe-Nascimento, 23 ans, qui a été coiffé de la toque d’or au terme de la 10e saison de la téléréalité Les chefs ! à Radio-Canada. Le cuisinier au tempérament explosif du Mousso a remporté la bourse de 50 000 $, de même que le voyage pour deux à Copenhague.

Il y a exactement une semaine, un des mentors de Camilo au resto Le Mousso, le chef de cuisine Francis Blais, a gagné la huitième édition du concours Top Chef Canada de la chaîne Food Network. Francis Blais a empoché 100 000 $ et c’était la première fois qu’un concurrent québécois triomphait à Top Chef Canada.

PHOTO FOURNIE PAR RADIO-CANADA

Camilo, grand vainqueur de la 10e saison des Chefs !

D’ailleurs, le célèbre cri de mort du tatoué Camilo, qu’il a poussé trois fois dans la dernière portion de la compétition, est une marque de commerce des employés du Mousso. Francis Blais l’a aussi adopté à la télé anglophone. Une sorte de signature auditive difficile à ignorer.

Le Mousso, situé rue Ontario Est, coin Atateken, tire son nom du chef-propriétaire Antonin Mousseau-Rivard, le fils du musicien Michel Rivard et de la comédienne Katerine Mousseau. Si vous aimez la cuisine haut de gamme innovatrice et les toiles du peintre Jean-Paul Mousseau (le grand-père d’Antonin), allez-y, mais prévoyez d’y flamber une grosse partie de votre paie. Ce n’est pas donné, mettons.

Mais revenons à Camilo Lapointe-Nascimento – et à sa forte personnalité attachante. Il a été fidèle à lui-même : intense, passionné, fougueux, créatif, émergeant du creux de vague dans lequel il était plongé depuis quelques semaines.

De son propre aveu, Camilo manquait d’énergie pour cette grande finale corsée. Imaginez maintenant s’il avait bu cinq Red Bull et dormi 12 heures la nuit d’avant. Ses hurlements auraient traversé nos tympans et le Canada, d’un océan à l’autre.

L’alléchant menu de Camilo, inspiré du terroir canadien, lui a valu les meilleures notes. Ceviche boréal, esturgeon bio servi avec son caviar, magret de canard et tartelette de citron, Camilo n’a commis que quelques petites erreurs.

Son rival, Guillaume Couture, 27 ans, du restaurant Moccione, a démarré son défi très calme et en plein contrôle. Par contre, Guillaume a mal estimé son temps de préparation et a dû dresser ses plats en catastrophe, ce qui a éclaboussé ses assiettes de taches de sauce.

Normand Laprise, le plus pointilleux des juges, n’a pas digéré que Guillaume utilise des fraises congelées – et non des fraises fraîches – pour son sorbet. Alerte au scandale fruitier ! Les juges auraient également préféré une peau de pigeonneau plus croustillante, un risotto moins al dente et un dessert plus gourmand.

Après Guillaume Cantin (saison 1) et Guillaume St-Pierre (saison 2), les Guillaume n’auront donc pas droit à un troisième règne à la tête de l’empire des Chefs !

Comme il profitait d’un élan incroyable, je pensais que Guillaume battrait Camilo lundi soir. Après la présentation des deux entrées (une froide, une chaude), les juges penchaient d’ailleurs du côté de Guillaume, surtout après avoir goûté à son délicieux crudo de bar rayé sauvage.

C’est à ce moment que Sébastien Rémillard, 24 ans, sous-chef à La Tanière de Québec, a été retranché de la course, notamment parce que les morceaux de son tartare d’agneau n’ont pas été coupés assez finement.

Le dernier sprint de l’émission, rythmé par une musique angoissante à la Game of Thrones, a été hyper stressant. Mais en regardant les assiettes impeccables que Camilo apportait aux juges, dont son dessert magnifique, on pouvait déceler qu’il filait vers la victoire. Le polyvalent Guillaume, plus réservé que son adversaire, a manqué de finesse. Et son gâteau à l’huile d’olive était minuscule.

Quand on sait que les juges raffolent des portions généreuses, on ne peut pas se permettre de leur offrir un format de Schtroumpf. Le meilleur a vraiment gagné lundi.

Le choix des 13 candidats de cette 10e édition des Chefs ! a été judicieux. Leurs personnalités (très variées) ressortaient bien et on se souviendra encore de Camilo dans quelques années, comme on se rappelle toujours Ann-Rika Martin ou Hakim Chajar.

L’an passé, la cuvée manquait de punch. Il a même fallu que je « google » le nom du champion de 2019, que j’avais complètement oublié. Rappel amical : il s’agissait d’Alex Bouchard, 26 ans, de Québec.

Radio-Canada n’a pas confirmé si Les chefs ! se poursuivrait en 2021. Avec une recette aussi simple et efficace, ça serait étonnant qu’on la range sur une tablette avec Le guide de la cuisine traditionnelle québécoise de Lorraine Boisvenue.

Une version antérieur de ce texte comportait une erreur de nom. Le gagnant de l'édition 2019 des Chefs! s'appelle bien Alex Bouchard et non Alex Godbout.