Québec injectera 407 millions d’argent frais en culture au cours des cinq prochaines années, a annoncé mardi le gouvernement de la Coalition avenir Québec. Une somme qui sera répartie dans l’ensemble du milieu culturel, mais qui profitera en particulier aux domaines musical, télévisuel, cinématographique et muséal.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

La ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, a parlé d’un budget « historique ». « Lorsqu’on parle des dépenses de programmes, on parle d’une augmentation de 12,4 % par rapport à l’an dernier, a-t-elle précisé lors d’un entretien avec La Presse. Chaque discipline est protégée et trouve son compte. »

Mme Roy a également qualifié son budget d’« original », insistant sur l’importance de « décloisonner, de créer et d’exporter » la culture québécoise. Un budget qui représente 1,3 % des dépenses de l’État québécois.

Pour la première fois de son histoire, le ministère de la Culture a décidé d’aider financièrement les séries télévisées, c’est la grande nouveauté, on va consacrer 15 millions à ça.

Nathalie Roy, ministre de la Culture et des Communications

 « On va aussi faire des captations de spectacles pour que les œuvres de nos créateurs soient vues par le plus grand nombre de gens, ici comme ailleurs », a-t-elle continué.

Le budget de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) augmentera de 20 millions par année, passant de 30 à 50 millions, a indiqué la ministre Roy. « C’est une augmentation de 66 % ! C’est du jamais-vu », s’est-elle réjouie.

Un budget bien reçu

« Ce budget est un immense appui à l’audace et au talent de nos créateurs et créatrices. C’est un investissement gouvernemental sans précédent, a déclaré la présidente et chef de la direction de la SODEC, Louise Lantagne, dans un courriel envoyé à La Presse. La SODEC pourra ainsi donner un puissant élan à la force entrepreneuriale culturelle québécoise, à notre culture et à son déploiement ici et à l’international. »

L’industrie de la musique sort également victorieuse de cet exercice budgétaire. Le gouvernement lui accorde une somme de 50 millions sur cinq ans en bonifiant les crédits d’impôt pour la production d’enregistrements sonores et pour la production de spectacles, mais aussi en injectant 25 millions – notamment au CALQ et à la SODEC (pour les entreprises en musique).

« Dans nos discussions avec le gouvernement, on avait demandé une aide de 10 millions par année, et c’est exactement ce qu’on a eu, alors on est très contents, nous a dit la directrice générale de l’ADISQ, Solange Drouin. Les bourses consenties aux artistes dans le domaine de la chanson populaire seront également augmentées », a-t-elle indiqué.

Cette aide est essentielle pour faire face à la révolution numérique et à la domination des plateformes de diffusion en continu, a précisé Mme Drouin.

Cette aide va nous aider à maintenir notre capacité de produire et de commercialiser des albums pour faire connaître de nouveaux artistes francophones du Québec, donc c’est un levier essentiel.

Solange Drouin, directrice générale de l’ADISQ

L’industrie musicale s’attend maintenant à ce que le gouvernement fédéral apporte sa contribution pour la protéger.

« Le fédéral doit faire en sorte que les services de musique en ligne comme Spotify contribuent à la production d’enregistrements sonores et donnent une visibilité à notre production comme le font les radios commerciales, ajoute Solange Drouin. Il doit y avoir des changements à la Loi sur la radiodiffusion. Le ministre du Patrimoine, Steven Guilbeault, s’est engagé à le faire, donc on a bon espoir que ça bouge dans le bon sens cette année. »

Les organisations culturelles et les musées ne sont pas en reste. Ils recevront une somme de 35 millions sur cinq ans. Les institutions muséales à vocation scientifique et technologique auront la part du lion avec un soutien de 25 millions.

« Notre but est de mettre en place des programmes d’exportation pour toutes les disciplines, s’est défendue la ministre Nathalie Roy, qui n’a pas voulu favoriser un secteur plutôt qu’un autre. Ça inclut les arts vivants, le cinéma, la télé, les musées, mais aussi les projets hybrides. » 

Parce qu’on s’est rendu compte que les créateurs ne travaillent pas en silo, il y a un travail qui est de plus en plus multidisciplinaire, c’est pour ça qu’on veut encourager le décloisonnement, la création et l’exportation.

Nathalie Roy, ministre de la Culture et des Communications

Les arts du cirque insatisfaits

Malgré l’enthousiasme de plusieurs organismes culturels, certains se sont sentis exclus, des programmes mis de l’avant par la CAQ.

Tard mardi soir, le regroupement national des arts du cirque, En Piste, qui compte 400 membres, s’est dit déçu du budget de Québec, regrettant qu’aucune mesure spécifique aux arts du cirque n’ait été adoptée « malgré le dépôt d’un mémoire économique lors des consultations pré-budgétaires et de nombreuses représentations en ce sens auprès du gouvernement du Québec ».

« Le budget annoncé aujourd’hui prévoit une somme de 310,6 millions de dollars sur six ans pour favoriser le développement de partenariats et de projets entre les industries créatives et le secteur culturel. Le regroupement est impatient de voir s’il y aura des considérations des arts du cirque dans ces nouvelles sommes. »

« Le secteur des arts du cirque au Québec est une référence mondiale dans son domaine et dispose d’atouts solides qui ne demandent qu’à être davantage reconnus, soutenus et consolidés afin de valoriser et de faire rayonner davantage sa créativité, ses talents et son expertise, a écrit Marie-Claude Bouillon, présidente du conseil d’administration d’En Piste dans un communiqué publié mardi soir.

Notre apport à l’identité culturelle et à l’économie culturelle du Québec est menacé.

Marie-Claude Bouillon, présidente du conseil d’administration d’En Piste dans un communiqué

La CAQ veut également valoriser ses « infrastructures culturelles » dans toutes les régions. On parle de la préservation du patrimoine bâti au Québec – la SODEC est d’ailleurs propriétaire de 32 bâtiments patrimoniaux. Le gouvernement investira près de 35 millions pour que ces immeubles soient « acquis, restaurés, aménagés et reconvertis ».

L’Espace de la Capitale-Nationale, situé dans le Vieux-Québec, et nommé au patrimoine mondial de l’UNESCO, recevra à lui seul 7 millions pour être réaménagé. Enfin, le gouvernement prévoit accorder 50 millions en matière de « valorisation, de promotion et de respect de la langue française ».