Céline Dion, le Cirque du Soleil et Arcade Fire font rayonner Montréal, mais que faudrait-il à la métropole pour qu'elle devienne une véritable capitale de la créativité reconnue partout dans le monde? La question peut sembler accessoire en pleine commission Charbonneau, alors que les enquêteurs mettent au jour un autre genre de «créativité», mais les 400 personnes réunies dans un hôtel du centre-ville hier midi semblaient heureuses d'oublier les histoires de corruption, le temps d'un débat-conférence organisé par le CRÉ de Montréal et le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM).

Nathalie Collard
Nathalie Collard LA PRESSE

Pour Éric Fournier, associé et producteur exécutif chez Moment Factory, Montréal a déjà plusieurs atouts, dont ses quatre universités - et les étudiants étrangers qu'elles attirent. La communication entre les différentes industries montréalaises est également une force. «J'ai déjà trouvé une solution à un problème technique pour un spectacle en échangeant avec quelqu'un du milieu de la Défense», raconte M. Fournier, dont l'entreprise est parmi les finalistes pour la mise en lumière du quartier Lower Manhattan.

Il faudrait toutefois davantage pour que Montréal se distingue des 200 autres villes dans le monde qui revendiquent le statut de «ville créative». «Il faut faire de Montréal un véritable carrefour», a martelé Jean-François Bouchard, président de Sid Lee, qui présentera le deuxième C2-MTL, une conférence consacrée à la créativité en affaires, le printemps prochain. M. Bouchard souhaite faire de l'événement le «Davos» de l'innovation.

Vision et leadership

Selon Jean-Sébastien Cournoyer, cofondateur et associé de Montréal Start Up et Real Ventures, spécialisées dans le démarrage d'entreprises dans le domaine des technologies de l'information, Montréal, tout comme le Québec, manque toutefois de vision. «On est incapables de se projeter dans l'avenir, ce qui explique peut-être notre taux de décrochage scolaire élevé», a lancé ce père de cinq enfants qui souhaiterait voir davantage de gens d'affaires expérimentés s'engager en temps et en argent auprès des jeunes entrepreneurs. «Il faut faire de Montréal une ville où se développeront de grandes entreprises qui vivront longtemps.»

Que dire du leadership politique, qui fait cruellement défaut à Montréal par les temps qui courent? «Il est essentiel, note Éric Fournier. Mais pour l'instant, avec tout ce qui se passe, personne ne veut venir parler de Montréal sur la place publique, il y a un véritable vide.» Il faut dire que Montréal n'a pas connu de projets rassembleurs depuis les Jeux olympiques de 1976 et l'Expo 67, deux événements plus proches de la Seconde Guerre mondiale que de 2012, rappelle M. Fournier. «Pour les jeunes, ces dates ne signifient pas grand-chose», ajoute-t-il, tout en souhaitant que les festivités entourant 2017 (le 375e anniversaire de Montréal et le 50e de l'Expo universelle) puissent enfin sortir Montréal de sa morosité.