Chef de file de la trad néo-écossaise, la violoniste Natalie MacMaster participe demain au Festival Mémoire et Racines à Joliette. Discussion sur Cap Breton, le métissage et le Dr Morgentaler.

Paul Journet

À l'autre bout du fil, des cris de bébés forcent Natalie MacMaster à raccrocher après exactement 42 secondes. Elle rappelle quelques minutes plus tard.

«O.K., désolée, lance-t-elle de sa voix gracile et un brin nasillarde. Je leur ai donné des biscuits, nous devrions être tranquilles pendant 15 minutes.»

L'horaire de la mère de deux bambins (un troisième arrivera en février) semble plutôt chargé. Ce soir, elle offre un concert au Colorado. Puis elle sautera dans l'avion, direction Joliette, pour sa première participation au Festival Mémoire et Racines, demain.

«Je sais, j'aurais dû venir avant, mais ma tournée ne me le permettait pas, s'excuse-t-elle. Pourtant, j'adore votre culture francophone. Les gens parlent toujours avec passion, que ce soit de cuisine ou de politique. Et je connais quelques-uns de vos musiciens, comme Normand Legault et Sébastien Dionne.»

Demain soir sur la grande scène Gilles-Cantin, elle présentera un concert à l'instrumentation «plus traditionnelle». Son bassiste et son violoncelliste restent chez eux. Seulement trois musiciens l'accompagnent: un joueur de cornemuse et de banjo, un batteur et un pianiste. Avec bien sûr au premier plan son violon celtique.

«Mes racines musicales sont vraiment chez nous, à Cap Breton, raconte-t-elle. Il existe ici un style de violon vraiment particulier. La virtuosité se trouve dans la rythmique, très poussée. Ça ressemble à un train. Quand le violon commence, on embarque. Impossible ensuite de l'arrêter. On dirait presque une musique de transe.»

MacMaster pimente parfois ces racines avec un peu de jazz, de musique latine ou de bluegrass. Mais pas trop, explique-t-elle.

«Certains qualifient ma musique de rencontre entre le celtique et le bluegrass ou d'autres genres. Honnêtement, ça me fait rire. Pratiquement 99% de mes chansons restent dans la trad assez pure. Ces métissages restent secondaires dans mon travail. J'imagine qu'on aime tellement parler de diversité qu'on finit par la chercher», avance-t-elle d'un ton plus amusé qu'indigné.

De Bela Fleck à Morgentaler

MacMaster a déjà lancé 10 albums, dont son dernier en 2006, Yours Truly. En 2005, elle gagnait les prix d'artiste féminine de l'année et de meilleur album traditionnel aux East Coast Music Awards. Au fil des ans, la Néo-Écossaise a notamment collaboré avec de grosses pointures comme Alison Krauss, Carlos Santana et Bela Fleck. Deux doctorats honorifiques lui ont aussi été décernés. En 2006, elle est même devenue l'une des plus jeunes récipiendaires de l'Ordre du Canada, la plus haute distinction au pays.

"Ma médaille C'est devenu plus difficile maintenant", indique-t-elle d'un ton embêté. Après une brève hésitation, elle poursuit. "Depuis que le Dr Morgentaler a reçu sa médaille, je suis moins fière de la mienne. Pendant quelques jours, j'ai songé à la renvoyer (au gouvernement). Je sais, c'est une position politique très forte. Je ne veux pas insulter les gens, mais c'est ce que je pense."

Demain 19h45, au parc Saint-Jean-Bosco de Joliette

Deux jours de musique et de contesPour sa 14e présentation, le Festival Mémoire et Racines retourne au parc Saint-Jean-Bosco, à Saint-Charles-Borromée (Joliette). Lancé officiellement hier, il se termine demain soir. Steve Riley and the Mamou, les Playboys et Le Vent du nord figurent parmi les têtes d'affiche. Des conteurs comme Simon Gauthier et des veillées de danse traditionnelle sont aussi proposés. Pour plus d'informations, visitez le www.memoireracines.qc.ca