Le tout nouveau jeu d’Ubisoft Québec, Immortals Fenyx Rising, est magnifique et d’une originalité remarquable. Mais il s’avère si frustrant…

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

Immortals Fenyx Rising est un projet presque mené de A à Z par le studio Ubisoft Québec, lancé peu après la conclusion du remarquable Assassin’s Creed Odyssey, du même studio. Forte de son expérience de la mythologie et de la culture grecque, l’équipe de Québec a voulu s’éloigner du concept de la franchise la plus payante d’Ubisoft avec un projet tout personnel.

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D’entrée de jeu, on comprend qu’Immortal Fenyx Rising n’est pas une réédition d’Assassin’s Creed, avec un graphisme ultracoloré, onirique, inspiré de maîtres japonais du genre.

Ce qui nous donne Immortals Fenyx Rising, attendu jusqu’au printemps dernier sous le nom Gods & Monsters. On y personnifie Fenyx, une jeune femme - ou un jeune homme, c’est votre choix dès le départ - porteuse de bouclier, peu aguerrie, qui doit tout simplement sauver les humains et les dieux. Les premiers ont été transformés en statues de pierre, les seconds vidés de leur essence par Typhon, un être maléfique qui a réussi à se libérer de la montagne sous laquelle Zeus l’avait enseveli.

Prométhée, enchaîné au sommet de l’Olympe et tourmenté par un aigle qui vient régulièrement lui manger le foie, arrive à convaincre le Père des dieux que c’est Fenyx qui porte les espoirs de l’humanité et des dieux.

Sauver les dieux

D’entrée de jeu, on comprend qu’on n’a pas affaire à une réédition d’Assassin’s Creed, avec un graphisme ultracoloré, onirique, inspiré de maîtres japonais du genre. L’humour est omniprésent, notamment dans les conversations délirantes entre Prométhée et Zeus, ce dernier ayant tous les attributs d’un mononcle aux blagues salaces.

L’aventure de Fenyx est divisée entre cinq arcs narratifs principaux, qui consistent à sauver Arès, Héphaïstos, Athéna, Hermès et Aphrodite. Pour y arriver, on doit combattre tout ce que la mythologie grecque compte de bêtes bizarres, les Harpies, le Minotaure, les Cyclopes et les Gorgonnes, à l’épée, à la hache ou à l’arc. Chaque accomplissement permet d’améliorer son équipement, comme dans tout bon RPG, d’acquérir de nouvelles armes mythiques et d’augmenter sa puissance et sa santé.

Celle-ci est par exemple revigorée par des pommes grenade qu’on doit accumuler - et elles sont relativement faciles à trouver, on est en Grèce. Ne vous échinez pas à courir partout, vous disposez d’une énergie limitée qui s’épuise quand vous frappez ou volez. Ah oui, on acquiert rapidement cette capacité, de plus en plus contrôlée, qui permet d’abord d’effectuer de plus grands sauts puis planer longuement.

Musique et graphisme de rêve

On s’amuse au début à chercher les similarités avec Assassin’s Creed. Certaines sont évidentes, comme la nécessité de grimper partout et la mécanique RPG pour améliorer son armement. Mais rapidement, on constate des différences fondamentales. La jauge d’énergie déjà mentionnée change la donne puisque vous ne pouvez grimper éternellement. La santé peut être stockée avec les grenades, mais il vous faudra du temps pour croquer chaque fruit et voir votre niveau augmenté.

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S’il faut grimper souvent dans Immortals Fenyx Rising, une jauge d’énergie vient changer la donne : il faut doser ses efforts et ne pas s’attaquer à des hauteurs trop ambitieuses.

Et il y a surtout la musique et le graphisme oniriques, très séduisants.

Mais il y a plus. Pour avancer et récolter des récompenses, on doit sans cesse résoudre des énigmes, des puzzles notamment dans la Crypte du Tartare. Et si elles sont relativement faciles au début, elles sont de plus en plus exigeantes : boules à placer sur leur socle, cubes à entasser dans un ordre bien précis, leviers à tirer au bon moment et sauts bien calculés pour ne pas tomber dans le néant.

Et c’est là que les choses se corsent. On peut apprécier l’apparition de quelques puzzles occasionnels dans des jeux comme Shadow of the Tomb Raider ou dans certains moments d’Assassins’s Creed. Mais dans Immortals Fenyx Rising, ces puzzles font partie intégrante de l’évolution de l’histoire. Ne pas les résoudre, c’est ne pas avancer du tout. Après une quinzaine d’énigmes à vous heurter à des murs qui ne veulent pas s’ouvrir ou à chuter dans le vide, on commence à redouter le prochain moment où il va encore falloir s’escrimer pendant une heure pour trouver LA bonne façon de s’en sortir.

Ce n’est pas pour rien que la plupart des grands studios hésitent à proposer des jeux basés à ce point sur des puzzles : ils peuvent devenir lassants. C’est ce qui nous est tombé dessus après une dizaine d’heures.

Humour potache

Même impression de répétition dans les armements et les combinaisons infinies de potions, menant à d’incessants combats et se terminant-eh oui - par un puzzle à résoudre.

Au chapitre des irritants, on n’est pas sûr d’apprécier l’humour potache de Zeus, servi ici dans un accent parigot dans la version française, avec l’accent grec un peu caricatural dans la version anglaise.

Le verdict : Immortals Fenyx Rising a un ingrédient rare et tout à fait inestimable, une vision originale dans laquelle on peut plonger pendant des dizaines d’heures. Mais après les premières surprises, le jeu tombe dans une routine qui le rend lassant. Mais on ne peut que saluer l’audace et l’amour manifeste qu’y ont mis les artisans d’Ubisoft Québec. Chapeau.

IMAGE FOURNIE PAR UBISOFT

Immortals Fenyx Rising, pour toutes les plateformes (essayé sur PS5 avec une copie fournie par Ubisoft). Sortie 3 décembre 2020. Prix : à partir de 79,99 $

Note : 4 sur 5