Pour illustrer les effets de la pandémie sur les finances des entreprises, certains experts parlent d’un long tunnel sans lumière. D’autres affirment que tout ce que les gestionnaires avaient appris dans leurs manuels d’école a dû être jeté à la poubelle. Environ 15 mois après le début de la crise, deux spécialistes analysent la reprise de l’économie.

Samuel Larochelle
Samuel Larochelle Collaboration spéciale

La présidente du conseil d’administration de la section Québec de Financial Executives International (FEI) Canada, Catherine Allard, est habitée d’optimisme. « On est devenus plus confortables dans la gestion des finances, dit-elle. Nos repères sont revenus. Le secteur financier est en santé. On retrouve des liquidités sur le marché comme jamais auparavant et on voit beaucoup d’appels à l’épargne. »

Le nouvel élan du marché des introductions en Bourse rassure également Maher Kooli, professeur de finances à l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal (ESG UQAM). « Ça reflète qu’on va retrouver la normale, affirme-t-il. Nous ne vivons pas une sortie de correction boursière, mais une rétraction. »

En effet, après de nombreuses introductions d’entreprises en Bourse en 2019, les marchés nord-américains et européens se sont rétractés, contrairement au marché asiatique. « Puis, au courant de 2020 et depuis le début de 2021, on a assisté à une vague incroyable d’arrivées en Bourses via les sociétés d’acquisitions à vocation spécifique, un phénomène moins exigeant que l’introduction en Bourse traditionnelle, qui attire beaucoup les entreprises de petite taille », explique-t-il.

Se relever lentement

Dans les secteurs les plus durement touchés, des occasions d’acquisitions d’entreprises apparaissent peu à peu. En théorie, les transactions devraient donc se multiplier.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, LA PRESSE

Catherine Allard, présidente du conseil d’administration de la section Québec de FEI Canada

On a appris à effectuer à distance une revue diligente et la valorisation d’entreprises, d’exécutifs ou de ressources. Avec le financement disponible actuellement, la plupart des entreprises ont repris leurs acquisitions. L’appétit est encore là.

Catherine Allard, présidente du conseil d’administration de la section Québec de FEI Canada

Elle observe néanmoins l’état des lieux avec prudence. « Même si les chefs des finances ont appris à gérer des ressources humaines très impactées et des équipes en télétravail, ils devront déployer des efforts pour s’assurer que les employés travaillent dans la même direction. »

Catherine Allard parle même d’un défi de rétention et de recrutement. « Avec la COVID-19, l’immigration a été interrompue, alors les nouveaux talents ne sont pas rentrés. Ça va prendre un certain temps pour corriger la situation. »

On dénote aussi une certaine précaution dans la distribution des profits et des dividendes depuis le début de la crise. « En temps de COVID-19, les entreprises réfléchissent à comment elles distribuent leur argent, souligne M. Kooli. À travers le monde, énormément d’organisations ont arrêté leur programme de rachat d’actions par prudence. La redistribution de dividendes a chuté de 22 % au 2trimestre de 2020. »

Le Canada s’en sort toutefois assez bien. « Nos compagnies sont davantage résilientes, précise le professeur. Si plusieurs ont arrêté leurs programmes de rachat d’actions, les dividendes ont gardé leurs niveaux passés. »

Esquisser le futur

Questionnée sur la pérennité de certaines pratiques nées en pandémie, Mme Allard pense à la gestion immobilière des entreprises, alors que certaines d’entre elles ont déjà annoncé qu’elles ne reviendraient pas en présentiel à 100 %, ce qui aura un impact sur leurs besoins.

Elle pense également à la pénurie de plusieurs matières premières, à la croissance soutenue de l’approvisionnement local et au volet technologique. « La numérisation et l’automatisation des processus ont été accélérées par la COVID-19, avec les employés à distance, dit-elle. Plusieurs entreprises vont continuer d’investir dans les nouvelles technologies ou tenter de rattraper leur retard, ce qui placera la cybersécurité comme un enjeu de plus en plus présent dans la tête des gestionnaires. »

Maher Kooli rappelle quant à lui que la clé demeure la même que dans le passé. « À chaque crise du genre, on se rabat sur une meilleure gestion de risques, mais on n’invente rien. »

Les As de la finance 2021

  • Maarika Paul, première vice-présidente et cheffe de la direction financière et des opérations à la Caisse de dépôt et placement du Québec, est la lauréate dans la catégorie « dirigeante financière ou dirigeant financier d’une grande entreprise ».

    PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

    Maarika Paul, première vice-présidente et cheffe de la direction financière et des opérations à la Caisse de dépôt et placement du Québec, est la lauréate dans la catégorie « dirigeante financière ou dirigeant financier d’une grande entreprise ».

  • Philippe Adam, chef de la direction financière chez Marché Goodfood, était finaliste dans la catégorie « dirigeante financière ou dirigeant financier d’une grande entreprise ».

    PHOTO FOURNIE PAR GOODFOOD

    Philippe Adam, chef de la direction financière chez Marché Goodfood, était finaliste dans la catégorie « dirigeante financière ou dirigeant financier d’une grande entreprise ».

  • Jean-Claude Dugas, chef de la direction financière chez Logistec, était finaliste dans la catégorie « dirigeante financière ou dirigeant financier d’une grande entreprise ».

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    Jean-Claude Dugas, chef de la direction financière chez Logistec, était finaliste dans la catégorie « dirigeante financière ou dirigeant financier d’une grande entreprise ».

  • Alexandre Hébert-Charbonneau, vice-président finance chez Plastiques Balcan, est lauréat dans la catégorie « dirigeante financière ou dirigeant financier d’une petite ou moyenne entreprise ».

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    Alexandre Hébert-Charbonneau, vice-président finance chez Plastiques Balcan, est lauréat dans la catégorie « dirigeante financière ou dirigeant financier d’une petite ou moyenne entreprise ».

  • Luc Gagnon, vice-président finance chez Spiria digital, était finaliste dans la catégorie « dirigeante financière ou dirigeant financier d’une petite ou moyenne entreprise ».

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    Luc Gagnon, vice-président finance chez Spiria digital, était finaliste dans la catégorie « dirigeante financière ou dirigeant financier d’une petite ou moyenne entreprise ».

  • Jean-Michel Vanier, vice-président finances pour Les Fermes Lufa, était finaliste dans la catégorie « dirigeante financière ou dirigeant financier d’une petite ou moyenne entreprise ».

    PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

    Jean-Michel Vanier, vice-président finances pour Les Fermes Lufa, était finaliste dans la catégorie « dirigeante financière ou dirigeant financier d’une petite ou moyenne entreprise ».

  • Isabelle Thooris, première directrice, finance et contrôleur corporatif chez Lightspeed, est lauréate dans la catégorie « dirigeante financière ou dirigeant financier de la relève ».

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    Isabelle Thooris, première directrice, finance et contrôleur corporatif chez Lightspeed, est lauréate dans la catégorie « dirigeante financière ou dirigeant financier de la relève ».

  • Alexandre Maillhot, vice-président finances, services bancaires et performance financière au Mouvement Desjardins, était finaliste dans la catégorie « dirigeante financière ou dirigeant financier de la relève ».

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    Alexandre Maillhot, vice-président finances, services bancaires et performance financière au Mouvement Desjardins, était finaliste dans la catégorie « dirigeante financière ou dirigeant financier de la relève ».

  • Jean-Philippe D. Lachance, vice-président, finance corporative et trésorier chez Dollarama, était finaliste dans la catégorie « dirigeante financière ou dirigeant financier de la relève ».

    PHOTO FOURNIE PAR FEI

    Jean-Philippe D. Lachance, vice-président, finance corporative et trésorier chez Dollarama, était finaliste dans la catégorie « dirigeante financière ou dirigeant financier de la relève ».

  • Claude Mongeau, lauréat du prix hommage Les As de la finance

    PHOTO TIRÉE DU SITE DE CENOVUS ENERGY

    Claude Mongeau, lauréat du prix hommage Les As de la finance

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La section Québec de FEI Canada tenait mercredi un gala virtuel pour son concours annuel Les As de la finance. Ce concours vise à reconnaître les réalisations professionnelles et l’engagement communautaire de dirigeantes financières et dirigeants financiers émérites au Québec. Les lauréats ont été soumis à un rigoureux processus d’évaluation mené par un jury indépendant. Cette année, le prix hommage Les As de la finance a été remis à Claude Mongeau, qui a œuvré au sein du CN pendant 22 ans, où il a occupé le poste de chef de la direction financière pendant onze ans et celui de président-directeur général durant six ans et demi. Il est aujourd’hui administrateur de sociétés.