Publié le 28 mars
Isabelle Massé
Isabelle Massé La Presse

Qui

Trois hommes d’affaires avec un vécu professionnel en consultation et qui ont lancé leur entreprise Paragon Faction en 2013 : Yannick Audet, président, Paul Bérard, chef de la direction financière, et Yves Verrette, chef de la direction technologique. Ils ont bâti Decksign, un outil de présentation qu’ils veulent facile et rapide à manipuler.

Produit

Leur utilisation constante d’outils de présentation les a menés à divers constats : les Microsoft PowerPoint, Google Slides et Keynote « nécessitent des efforts importants pour des résultats souvent moyens », estiment-ils. Autre constat : bien des présentations sont faites pour répondre aux mêmes besoins, comme un plan marketing. « Pourquoi alors partir d’une page blanche chaque fois ?, lance Yannick Audet. On a développé un modèle avec recommandations de sujets à traiter, en fonction du champ d’activité. Ça permet de réfléchir en amont aux besoins de communication. On permet en quelques minutes d’avoir un gabarit de présentation. »

Pour les créateurs de Decksign, l’effort doit se passer à la planification pour gagner du temps. « On construit souvent pour rien, remarque Yannick Audet. L’experte américaine en présentations Nancy Duarte dit : si vous avez une présentation à faire, la première chose n’est pas d’ouvrir l’ordi, mais de prendre un calepin de notes, un crayon et de réfléchir au message, aux sujets qu’on veut livrer, à l’auditoire, au contexte. Actuellement, on construit la première page, puis la deuxième, puis on réalise qu’on n’a pas tout dit dans la première page… La version finale va peut-être contenir 20 % des pages créées et les autres auront été abandonnées en cours de route. »

CAPTURE D’ÉCRAN FOURNIE PAR DECKSIGN

Une vue de l’interface du logiciel de Decksign

Innovation

Une fois lancé, Decksign va être offert par l’entremise des navigateurs, tel Google Chrome. « On a bâti Decksign avec une approche différente : on part des objectifs, des besoins de communication sous-jacents aux besoins de présentation. On permet à des clientèles de réaliser des présentations qui vont éviter gaspillage et efforts. Personne ne fait des présentations pour le plaisir et, en général, les gens ne sont pas à l’aise de manier les outils de présentation. On passe la moitié de notre temps à faire du formatage bas de gamme, alors qu’on devrait être en train de réfléchir aux aspects stratégiques, à la problématique. On se bat avec une boîte, des espacements, du formatage, des polices de caractères… »

L’utilisateur de Decksign se fait ainsi présenter une façon de procéder en quatre étapes (Plan, Build, Share, Manage – en anglais pour le moment). « Pour chaque besoin de communication, on a un modèle, explique Yannick Audet. Quels sont les sujets que je dois couvrir ? Après, on propose une présentation adéquate. Ça permet d’avoir un gabarit de présentation avant d’avoir fourni l’effort. En cours de route, on peut envoyer ce qu’on a bâti aux collègues pour avoir des commentaires. »

Plus il y aura d’utilisateurs, plus Decksign deviendra efficace, à cause de l’analyse de métadonnées. « Leurs choix deviendront des signaux qui nous indiqueront qu’un thème de présentation est typiquement utilisé dans tel contexte, par exemple. Cela dit, on fait des distinctions importantes entre les données des utilisateurs et leurs informations dans les présentations. On ne tombera pas dans les infos privées et confidentielles. »

Avenir

Paragon prévoit lancer Decksign dans les mois à venir. Ses créateurs ciblent autant les grandes entreprises que la PME avec le logiciel qui sera en partie gratuit. « Les portions Share et Manage le seront, dit Yannick Audet. C’est une façon de se faire connaître et d’amasser de l’intelligence pour connaître les besoins des gens. L’échelle de prix n’est pas encore fixée. Ce ne sera pas 5 $ par mois, mais pas 100 $ non plus. »

Jusqu’à présent, « plusieurs millions ont été investis » dans l’aventure. Une trentaine d’investisseurs ont appuyé le projet. « On n’avance pas aussi vite que voulu, car pour financer le projet, il faut gérer notre business de service-conseil. Même si on est capables de s’autofinancer, il manque du financement. La pandémie a ralenti nos activités. »

Yannick Audet s’appuie sur le potentiel de succès de son outil comme motivateur. « Environ 1 % du marché mondial représente des recettes de plus de 100 millions, estime-t-il. Pour gagner, on n’a pas besoin de détrôner PowerPoint. On a juste besoin de répondre mieux à certains besoins. »