Les PME au Canada, déjà affectées par la pandémie, sont aussi préoccupées par la hausse des primes d’assurance. Environ 70 % d’entre elles ont vu leurs primes augmenter depuis le début de 2021 et 55 % estiment que c’est une contrainte majeure au chapitre des coûts, selon le Baromètre des affaires de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).

Isabelle Massé
Isabelle Massé La Presse

« C’est une situation difficile pour un grand nombre d’entre elles, explique Jasmin Guénette, vice-président aux affaires nationales de la FCEI. Elles sont sous d’énormes restrictions sanitaires et d’opérations. Ça a un impact sur leurs revenus, leur profitabilité, leur niveau de liquidités. Les factures continuent d’entrer et l’assurance est la contrainte de coût qui dépasse toutes les autres. »

L’an dernier, lors d’un autre sondage, la FCEI avait noté que 40 % des PME avaient vu leurs primes augmenter de 6 % à 24 %. « D’autres ont de la difficulté à trouver un assureur », déplore Jasmin Guénette.

PHOTO FOURNIE PAR LA FCEI

Jasmin Guénette, vice-président aux affaires nationales de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante

C’est que les risques de sinistres persistent et sont amplifiés, même quand les entreprises sont fermées : incendies, dégâts d’eau, transactions frauduleuses dans le commerce en ligne… Et lorsqu’elles sont ouvertes, il y a la transmission potentielle de la COVID-19.

La FCEI incite donc les PME à parler à leur compagnie d’assurance pour vérifier que tout est en ordre. « Si les affaires sont à la baisse, peut-être que ça coûtera moins cher en responsabilité civile », expose Jasmin Guénette.

Immunité de responsabilité civile

La Fédération demande aussi aux gouvernements provinciaux d’accorder une immunité de responsabilité civile pour les PME qui sont ouvertes et fournissent des services. « Les entreprises peuvent être protégées contre des plaintes, actions légales éventuelles, si elles satisfont à tous les critères mis en place par la Santé publique, cite à titre d’exemple Jasmin Guénette. La Colombie-Britannique, la Saskatchewan, l’Ontario et le Nouveau-Brunswick ont offert l’immunité de responsabilité civile. »

Le Bureau d’assurance du Canada (BAC) rappelle que les assureurs ont mis en place des mesures d’allégement pour les particuliers et les entreprises dans la dernière année.

Il y a eu des reports de paiement et des réévaluations pour l’assurance auto, par exemple. Elles ont accordé 440 millions en réduction de primes et 40 millions en report de paiements aux entreprises et aux particuliers.

Pierre Babinsky, directeur principal des affaires gouvernementales du BAC au Québec

Le BAC est en contact avec la FCEI et dit avoir déjà formé un groupe de travail pour les PME durement touchées pour discuter de pistes de solution. Mais le Bureau convient que les assureurs deviennent plus sévères dans leurs critères d’évaluation. « Ils demandent de faire des modifications, telle la pose de détecteurs », illustre Pierre Babinsky.

Sur le plan des assurances individuelles (dentaires, entre autres), les primes ont aussi augmenté, parce qu’on a reporté des rendez-vous ou que les réclamations pour des rendez-vous avec des spécialistes, en santé mentale, par exemple, ont augmenté. « On note une hausse des primes de 20 % lors du renouvellement des assurances collectives, dit David Théberge, président de Cangaroo (créateur du logiciel de gestion des ressources humaines pour les PME). On voyait déjà ça venir, mais la pandémie a été un catalyseur pour bien des choses. »

M. Théberge constate que les PME avec qui il fait affaire sont d’abord contrariées par la pénurie de main-d’œuvre. « Pour attirer des candidats, elles offrent ainsi plus d’avantages sociaux, comme les services dentaires et la télémédecine, dit-il. Cela dit, une augmentation des primes, qui revient à 25 cents de plus l’heure, par exemple, n’est pas si importante. Mais pour une entreprise dans le commerce de détail avec des salaires plus faibles, cette pression est plus grande. »