Pas tout à fait une galerie d’art traditionnelle, mais pas non plus un simple site de vente de tableaux en ligne. C’est le modèle proposé par Gallea, une jeune entreprise montréalaise qui entend démocratiser le marché de l’art.

Rafael Miró
Rafael Miró La Presse

Lancée en 2018, la plateforme se démarque des autres sites de vente d’art en ligne en offrant un modèle hybride entre le virtuel et le réel. D’un côté, il s’agit d’un site internet où les artistes peuvent s’inscrire pour vendre directement leurs œuvres. De l’autre, il s’agit d’un organisateur d’expositions qui loue des œuvres afin de décorer les murs de cafés, de restaurants, d’hôtels ou de bureaux.

Gallea offre aux entreprises de louer et de se faire livrer les œuvres de leur choix pour décorer leurs espaces, en échange d’un abonnement et d’une certaine visibilité. À côté de chaque tableau, un code QR mène à des informations sur l’œuvre, sur son créateur et sa démarche artistique. Et, bien sûr, à un site internet où l’on peut sortir son portefeuille pour se procurer l’œuvre que l’on vient d’admirer. Pour chaque tableau vendu, le lieu d’exposition touche une commission de 10 %. Après quelques mois, Gallea remplace les œuvres par de nouvelles.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Guillaume Parent, cofondateur de la galerie Gallea

Selon Guillaume Parent, cofondateur de Gallea, ces expositions permettent aux entreprises de mieux utiliser leur espace mural. En plus des revenus directs provenant de la vente d’œuvres d’art, elles peuvent générer des revenus indirects en attirant des curieux qui peuvent ensuite consommer les produits de l’entreprise.

L’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ) a commandé une centaine de tableaux pour décorer les 42 chambres de son hôtel, à Montréal. « Le concept novateur de Gallea risque fort d’intéresser les hôteliers qui, par nature, cherchent à faire vivre à leurs clients une expérience unique et multisensorielle », a indiqué par courriel Liza Frulla, directrice de l’ITHQ.

Démocratiser le marché de l’art

Selon Guillaume Parent, le concept de Gallea rend accessible le marché de l’art à un plus grand nombre d’artistes. « Moi, je suis ingénieur de formation, mais je viens d’une famille d’artistes. Ma mère et ma grand-mère ont pratiqué et enseigné l’art visuel, mais elles n’ont jamais été capables d’en vivre. »

D’après lui, le fait de pouvoir exposer ses œuvres à travers Gallea change la donne pour les artistes, en leur donnant une visibilité plus grande que les plateformes rivales comme Etsy ou eBay.

Le fait d’exposer, pour les artistes, c’est une forme de validation, ça leur permet d’afficher leurs œuvres et d’avoir une plus grande chance de les vendre.

Guillaume Parent, cofondateur de Gallea

Pas besoin d’être un artiste déjà établi pour vendre ses œuvres sur Gallea : la plateforme accepte toutes les œuvres proposées, à condition que les photos affichées soient représentatives. Les artistes peuvent avoir accès à la plateforme gratuitement, mais il faut débourser de 10 à 50 $ pour avoir accès à tous les services et proposer ses tableaux à toutes les expositions.

Gallea demande aussi aux artistes une commission de 20 à 30 % pour chaque tableau vendu. Dans le milieu des galeries traditionnelles, cette somme tourne plutôt autour de 50 %. D’après Christine Blais, une doctorante de l’Université de Montréal qui fait ses recherches sur l’économie du marché de l’art, ce pourcentage élevé s’explique par les frais de fonctionnement des galeries d’art, entre autres le marketing et la location d’espace. « Il ne faut pas croire que les galeries roulent sur l’or parce qu’elles prennent des cotes de 50 %. »

Selon Christine Blais, les sites de vente de tableaux ne sont pas près d’éclipser les galeries d’art traditionnelles, malgré leur croissance soutenue dans les dernières années. « Ça s’adresse à des clientèles d’artistes et d’acheteurs qui sont très différentes. » Les artistes amateurs peuvent trouver leur compte en vendant leurs œuvres en ligne, mais les artistes plus établis pourraient avoir du mal à y rejoindre leur clientèle habituelle.

Le caractère très commercial d’une plateforme comme Gallea ne sera pas intéressant pour les grands collectionneurs ou les musées, qui vont plutôt favoriser le circuit plus traditionnel des galeries d’art ou des foires artistiques.

Christine Blais, doctorante de l’Université de Montréal qui étudie l’économie du marché de l’art

Une pandémie lucrative

La pandémie a forcé Gallea à délaisser pour quelque temps son volet physique, mais elle a permis à l’entreprise de perfectionner son offre en ligne. L’entreprise a, par exemple, développé un outil qui permet aux utilisateurs de prendre des photos de leur domicile et de se faire conseiller sur des œuvres à acheter.

D’ailleurs, selon Guillaume Parent, la pandémie semble avoir provoqué un engouement pour l’achat d’œuvres d’art. « Avec la pandémie, on a vu beaucoup de nouveaux acheteurs, des gens qui se retrouvaient davantage chez eux et qui voulaient des tableaux pour décorer leurs murs. » Depuis le début de la crise sanitaire, le nombre d’artistes sur la plateforme est ainsi passé de 500 à plus de 7000.

Consultez le site de Gallea