(Montréal) Un plus faible de taux de diplomation chez les dirigeants des petites et moyennes entreprises (PME) québécoises pourrait-il avoir un rôle à jouer dans le retard qu’accuse la province en matière de productivité ? Une étude du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal suggère qu’une partie de la réponse réside dans cette problématique.

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

À la lumière de ce constat, les auteurs de l’étude de 22 pages, publiée mercredi, estiment que Québec doit amorcer une « réflexion de fond » sur les mesures d’aide offertes à ces compagnies en « ciblant les secteurs d’activité où la formation universitaire est moins fréquente ».

Généralement, les PME dirigées par un diplômé universitaire seraient plus ouvertes à se moderniser afin d’améliorer leur productivité.

Or, au Québec, les personnes à la tête de ces entreprises détiennent un diplôme équivalent ou supérieur au baccalauréat dans 34 % des cas, une proportion bien en deçà des niveaux observés en Colombie-Britannique (44 %) ainsi qu’en Ontario (48 %).

« Il y a un lien important à faire entre la scolarisation des dirigeants et leur capacité à innover, donc adapter des technologies de pointe, autant dans les produits que dans la manière de produire », a expliqué en entrevue le directeur du Centre, Robert Gagné, qui cosigne l’étude avec Jonathan Deslauriers et Jonathan Paré.

L’étude a été réalisée à partir des données d’une enquête menée par Statistique Canada en 2018 sur le financement et la croissance des PME.

Ainsi, en Ontario, on retrouverait par exemple 40 % plus de PME dirigées par un titulaire d’un diplôme universitaire par rapport à ce qui est observé au Québec. Il y aurait également, dans la province voisine, deux fois et demie plus d’entreprises qui comptent un immigrant à sa tête.

Une partie de la solution pourrait se trouver du côté de la diversité entrepreneuriale, souligne l’analyse, en citant diverses études où les conclusions suggèrent que l’immigration agit comme un vecteur d’innovation dans les économies occidentales.

Le niveau de formation des dirigeants constitue un enjeu de taille en matière de productivité puisque les PME génèrent 86,4 % des emplois dans le secteur privé, souligne l’étude. Dans la plupart des cas, la prise de décision s’effectue par « un nombre restreint de personnes — une seule dans bien des cas », font valoir les chercheurs.

Il est donc primordial, à leur avis, que les personnes aux commandes de ces sociétés soient ouvertes à innover.

Dans cette optique, les chercheurs invitent le gouvernement Legault à s’inspirer des constats brossés par l’analyse pour « amorcer une refonte des outils d’intervention » destinés aux PME.

« Il y a peut-être lieu de regarder davantage, surtout quand vient le temps d’offrir de l’aide directe à des PME, que leurs dirigeants sont en mesure de suivre la parade, a dit M. Gagné. Le gouvernement doit s’assurer qu’ils ont les habiletés et les connaissances pour profiter de ces mesures. »

D’après le plus récent bilan Productivité et prospérité au Québec du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal, publié en décembre dernier, le Québec se classait en queue de peloton sur un groupe de 30 provinces et pays étudiés. Le niveau de productivité du travail du Québec se trouve également sous la moyenne de 20 pays qui font partie de l’Organisation de coopération et de développement économiques.

La publication de l’étude du Centre survient deux jours après le lancement de l’Offensive de transformation numérique (OTN) du gouvernement Legault, qui est dotée d’une enveloppe de 130 millions afin d’aider les PME à accélérer leur numérisation. Les sommes seront distribuées à des organismes dont le mandat sera d’offrir des services-conseils aux entreprises afin de jeter les bases de leur stratégie numérique.