Le projet AéroStrabe est un simulateur motorisé qui, associé à la réalité virtuelle, peut reproduire les sensations physiques et visuelles d’une virée aux commandes d’un quadricoptère, ou de tout autre véhicule qu’on enfourche : motoneige, quad, motomarine…

Marc Tison Marc Tison
La Presse

Qui ?

Charles Bombardier, petit-fils de l’inventeur de la motoneige, est un ingénieur qui laisse courir – mieux, voler ! – son imagination. Entre 2013 et 2020, au sein de sa firme à but non lucratif Imaginactive (maintenant fermée), il a créé des concepts de véhicules avant-gardistes qui ont été illustrés par de jeunes designers industriels.

Son objectif, en les publiant en ligne, était de susciter des vocations, des émules, des repreneurs. Trois de ces concepts ont été amalgamés par des équipes d’étudiants en génie de l’Université de Sherbrooke pour leur faire prendre leur envol.

Titulaire d’une maîtrise en génie, Charles Bombardier est actuellement doctorant en génie mécanique à l’Université de Sherbrooke. Il siège aux conseils de Bombardier et de BRP.

Le but, c’est de dire : il est possible de rêver en couleurs, et trois ou quatre ans plus tard, d’arriver avec quelque chose qui fonctionne, sans que ça coûte des millions de dollars.

Charles Bombardier

Le parcours

Le simulateur AéroStrabe est le résultat, ou la conjonction, de trois concepts issus de l’imagination de Charles Bombardier.

L’ingénieur-rêveur avait imaginé en février 2016 et publié en avril suivant dans sa chronique du Globe and Mail le concept d’un simulateur de quad, appelé Sekonride, qui permettrait de vivre physiquement les sensations d’une virée dans la nature.

IMAGE FOURNIE PAR CHARLES BOMBARDIER

Ce simulateur de quad, appelé Sekonride, a été imaginé par Charles Bombardier en 2016.

L’année suivante, il faisait connaître le Horus, un concept d’appareil birotor qu’on enfourcherait comme une moto volante.

Le concept du Horus a justement été enfourché par une équipe d’étudiants en génie mécanique de l’Université de Sherbrooke, qui a réalisé et livré en 2019 un prototype quasi fonctionnel dans le cadre de son projet de fin d’études.

IMAGE FOURNIE PAR CHARLES BOMBARDIER

La moto volante Horus a été imaginée en 2017 par Charles Bombardier et illustrée par Martin Rico.

En 2018, Charles Bombardier a combiné le Sekonride et le Horus avec son concept de simulateur mécanique de vol en réalité virtuelle AéroStrabe, illustré lui aussi par le jeune designer industriel argentin Martin Rico. Cette vision a été prise en main et concrétisée par une nouvelle équipe d’étudiants de l’Université de Sherbrooke.

Ils ont terminé le projet l’automne dernier.

Leurs noms : Benoit Beaupré, Alexis Bédard-Meunier, Julien Charbonneau, Charles-Étienne Gauthier, Julien Labbé, Isaac Tunney.

Le simulateur

PHOTO FOURNIE PAR CHARLES BOMBARDIER

Le concept Horus a été réalisé en prototype quasi fonctionnel en 2019 par une première équipe d’étudiants en génie de l’Université de Sherbrooke.

Plutôt que de s’appuyer sur le projet du Horus développé par leurs confrères, les étudiants ont utilisé un châssis de quad donné par BRP, sur lequel ils ont greffé quatre actuateurs fournis par l’entreprise québécoise D-BOX. Ils ont fixé l’appareil sur une plateforme pivotante qui ajoute un mouvement de rotation sur l’axe horizontal. Évidemment, les quatre hélices ne sont pas fonctionnelles.

Soutenue par des spécialistes en conception de jeux vidéo, l’équipe a créé une cité imaginaire dans laquelle on a le sentiment de voler grâce au casque de réalité virtuelle branché sur l’appareil. Les commandes du véhicule sont coordonnées avec les images et les mouvements du simulateur mécanique pour faire vivre toutes les sensations d’un vol véritable. Un ventilateur simule même le déplacement dans l’air.

Les étudiants en génie de l’Université de Sherbrooke ont préparé une vidéo de leur simulateur, dont voici un extrait.

Quel usage ?

Charles Bombardier entrevoit plusieurs avenues pour le simulateur AeroStrabe. Avec l’univers virtuel approprié, ce simulateur de vol peut tout aussi bien servir à recréer des randonnées en quad, en motomarine, en moto tricycle.

Il pourrait servir à tester ces véhicules avant l’achat chez un concessionnaire, ou encore fournir de précieuses informations aux constructeurs sur les réactions des usagers.

Mais Charles Bombardier voit plus loin – évidemment.

Il entrevoit des simulateurs qui reproduiraient de véritables virées filmées en nature avec les vrais véhicules équipés de capteurs et de caméras.

La personne qui enfourcherait le simulateur pourrait ainsi vivre des aventures qu’elle ne pourrait s’offrir autrement : une virée en motoneige dans l’Himalaya, une randonnée en quad dans la jungle de Bornéo, une descente en motomarine sur l’Amazone.

L’avenir

C’est pour concrétiser ce potentiel que le simulateur mis au point par les étudiants de l’Université de Sherbrooke a pris en décembre (par la route) le chemin de l’École de technologie supérieure. « Je crois que c’est important de poursuivre la collaboration entre les universités », souligne Charles Bombardier.

Dans un local qui lui sera spécialement consacré, l’appareil servira de laboratoire aux étudiants à la maîtrise et au doctorat pour faire avancer le concept, la technologie… et leurs connaissances.