Une remorque en aluminium pliante.

Marc Tison Marc Tison
La Presse

Le produit était génial et allait certainement plaire à nos voisins du Sud.

Mais à la réflexion, 2020 n’était peut-être pas le meilleur moment pour tenter de percer le marché américain.

La remorque Apogée se referme comme une huître, une huître dressée à la verticale, qu’on peut aisément ranger dans son garage, ou recouvrir d’une housse dans la cour…

C’est cette étonnante invention – et le caractère de ses promoteurs initiaux – qui avait d’abord attiré Jean-Michel Brunet, lors d’une rencontre d’Anges Québec, en 2017.

L’ingénieur doublé d’un expert en finance cherchait une occasion de faire croître une petite entreprise, si possible manufacturière.

Remorques Apogée répondait à tous ses critères.

PHOTO FOURNIE PAR L’ENTREPRISE

La remorque Apogée se referme comme une huître, une huître dressée à la verticale, qu’on peut aisément ranger dans son garage, ou recouvrir d’une housse dans la cour.

Remorque et barbecue

Ses origines remontent au début des années 2010. René Bernard était alors en quête d’une idée qui lui permettrait de lancer sa propre entreprise. L’illumination est venue dans la cour d’une petite maison de Saint-Janvier : une vieille remorque rouillée voisinait un rutilant barbecue soigneusement rangé sous une housse. Comment faire pour ranger la remorque sous une housse ? En la repliant en deux sur elle-même !

Soudeur de profession, il y a travaillé pendant cinq ans avant de parvenir à une solution qui le satisfaisait. En 2016, dans un cours de lancement d’entreprise, il a rencontré Christophe Goffoz, un ingénieur qui cherchait à soutenir financièrement un jeune entrepreneur.

Ensemble, ils ont fondé Remorques Apogée en février 2016.

En 2017, Jean-Michel Brunet est monté à bord à son tour pour donner un élan à l’entreprise de Saint-Roch-de-l’Achigan.

« On en a mis sur pied, des départements, et il y a une chaîne de production qui assure un flot des opérations qui est beaucoup plus fluide, décrit le président. On est passés de la fabrication de remorques à la fabrication de sous-ensembles de remorques, un peu sur le modèle d’IKEA. Quand on a des commandes, on prend les parties de remorques et on les assemble. Ça nous a permis de gagner beaucoup d’espace et de rendre les choses beaucoup plus efficaces. »

En 2017, l’entreprise a vendu une soixantaine de remorques au Québec.

« Puis, en 2018, on s’est donné comme objectif de vendre à travers le Canada, ce qu’on a réussi à faire à partir d’avril 2018. »

Ambitieux. « Mais c’était réalisable parce que le produit est très attrayant. Il répond à un besoin. Une remorque, c’est utile, mais la chose qu’on fait le plus, c’est de ne pas l’utiliser. C’est l’entreposer. »

Une remorque pliante présentait aussi un grand intérêt pour les détaillants de petits véhicules motorisés de loisir – VTT, motoneiges, etc. –, qui pouvaient facilement la maintenir en stock.

« Un autre avantage qui nous a permis de nous étendre aussi rapidement, c’est la flexibilité logistique de notre produit. Expédier une remorque classique traditionnelle à travers le Canada, c’est très difficile parce que ça prend de l’espace. Le gros avantage de notre produit, c’est qu’on le plie, on le met sur une petite palette et on peut l’expédier en grande quantité dans un conteneur. »

Ou remplir un semi-remorque de remorques.

Tous ces bienfaits, et le succès obtenu au Canada, laissaient augurer une splendide percée sur le marché américain.

Jean-Michel Brunet et ses deux partenaires s’y sont attaqués à l’automne 2019 en présentant trois remorques – dont une repliée sur une palette – au Salon de la remorque de St. Louis.

Un important distributeur, situé dans la même ville, s’est montré d’autant plus intéressé que son modèle d’affaires s’appuyait sur la vente en ligne et l’expédition sur tout le territoire américain, ce pour quoi la remorque Apogée s’annonçait idéale.

En décembre 2019, Brunet lui a envoyé deux remorques de démonstration, en attendant que le produit obtienne sa certification, au printemps suivant. Car la remorque devait aussi prouver qu’elle se pliait aux normes américaines.

L’avenir s’annonçait radieux.

« Depuis sa création, l’entreprise a doublé son chiffre d’affaires chaque année », indique Jean-Michel Brunet. En 2020, avec l’ouverture du marché américain, « on était alignés pour faire la même chose ».

Un certain virus est venu infléchir la trajectoire.

« Question de timing, c’était le pire moment pour nous. Il a fallu fermer de la mi-mars à la mi-mai. C’est la plus grosse période de production et de vente. »

L’entreprise de 19 employés a conservé une petite cellule de crise, qui a maintenu le contact avec ses distributeurs, eux aussi en confinement.

« Nos équipes de vente ont travaillé très fort pour maintenir leur intérêt et préparer le terrain pour dire : “Quand vous allez ouvrir, on va être prêts.” »

« Et c’est exactement ce qu’on a vu. On a connu un très bon été, malgré les circonstances, parce qu’on avait bien préparé le terrain. »

Ennuis certifiés

Mais la COVID-19 avait aussi mis un frein à la certification américaine prévue au printemps. Sans elle, le projet de distribution aux États-Unis dès le début de la haute saison était caduc.

Elle a finalement été obtenue en août, avec quatre mois de retard.

Le distributeur américain a alors pu passer commande.

Grosse commande.

« C’est ce qu’on appelle des FTL, des full truckloads [pleins chargements]. Donc, pour nous, c’est très positif. Le marché de la remorque américain est 10 fois plus gros que le marché canadien. »

Des ententes avec une demi-douzaine d’autres distributeurs pourraient être conclues avant la fin de l’année.

« On développe aussi la capacité de production de l’entreprise, on va agrandir les équipes, on va ajouter l’outillage nécessaire », indique Jean-Michel Brunet, avec un discret enthousiasme.

Durant la crise, fidèle à son produit, Remorques Apogée avait appliqué l’enseignement du chêne et du roseau : plier mais ne pas céder.

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