Un ex-athlète lance son entreprise durant la pandémie

Richard Dufour
Richard Dufour La Presse

S’il avait mis autant d’énergie et d’efforts au hockey que dans l’entreprise de « divans en boîte » qu’il vient de lancer ce printemps, Frédéric Aubé pense qu’il serait possiblement un joueur professionnel aujourd’hui au lieu d’être un entrepreneur.

« Peut-être que je me serais rendu un peu plus loin dans le hockey », dit celui qui a joué quatre saisons dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, de 2013 à 2017. « Je réalise que ma passion pour le hockey n’était pas aussi forte », ajoute l’ancien défenseur des Voltigeurs de Drummondville et des Mooseheads de Halifax.

« J’ai trouvé une passion pour les divans. Je ne pensais pas dire ça il y a deux ans. Mais aujourd’hui, chaque fois que j’entre dans la maison d’un ami ou à un endroit où il y a un divan, je vais m’asseoir pour le tester. J’essaie de comprendre les matériaux, comment le sofa est fait, etc. Mes amis commencent à me trouver bizarre, mais ça, c’est une autre histoire », raconte l’entrepreneur de 23 ans.

L’idée de lancer Cozey, qu’il soutient être la toute première entreprise canadienne de « divan en boîte », lui est venue d’une combinaison de deux facteurs.

« Dans les dernières années, j’ai aidé plusieurs amis à déménager et les divans n’étaient jamais le moment préféré de la journée », dit-il.

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE COZEY

Un exemple de divan trois places offert par Cozey.

L’autre élément qui a alimenté sa réflexion est lié à son passage chez le gestionnaire d’actifs montréalais Tonus Capital, à titre d’analyste financier. Car après ses quatre années au hockey junior majeur, il s’est inscrit à l’Université McGill en finances avec l’objectif de devenir gestionnaire de portefeuille.

Chez Tonus Capital, il a notamment analysé l’entreprise Sleep Country, connue sous le nom de « Dormez-Vous ? » au Québec.

« J’ai plongé dans l’industrie du meuble. Je suis tombé sur les “mattress-in-a-box”. J’aimais le potentiel de l’idée. Je m’en suis inspiré. Je me suis dit : pourquoi ne pas l’amener ailleurs dans l’industrie du meuble ? »

Les divans modulaires de Cozey sont dessinés pour entrer dans des boîtes relativement petites et être assemblés facilement.

Les premières commandes sont venues d’amis de la famille. Frédéric Aubé fonctionne avec une stratégie de commerce électronique en utilisant uniquement son site web, selon un modèle de vente directe au consommateur. Il entend, du moins au départ, miser sur les réseaux sociaux et contacter les gens de son entourage ayant un bon « following ».

« J’ai quelques amis hockeyeurs professionnels qui ont une bonne base d’abonnés qui vont nous aider », raconte l’entrepreneur natif de Sherbrooke.

PHOTO FOURNIE PAR FRÉDÉRIC AUBÉ

Frédéric Aubé a complété son stage junior avec les Mooseheads de Halifax en 2017.

La crise et ses impacts

Frédéric Aubé estime que la pandémie peut être perçue comme un facteur positif puisque la situation amène les gens à se tourner davantage vers le commerce en ligne.

Du côté négatif, il souligne que l’économie est ébranlée et que beaucoup de gens ont perdu leur emploi. « Je ne sais pas à quel point les gens veulent acheter un divan dans le contexte, mais je suis très surpris par les résultats depuis le lancement le 9 juin », dit-il.

« Je ne croyais certainement pas vendre autant de divans si rapidement [des ventes d’environ 150 000 $ pour juin et juillet]. C’est difficile de mesurer l’impact économique de la crise puisque je n’ai pas de résultats pré-COVID, mais une chose est certaine : les consommateurs canadiens sont prêts à acheter un divan en ligne sans l’avoir essayé. »

Ce qui le surprend le plus sont les délais de livraison. « Pendant que plusieurs ont de la difficulté à suivre la parade [Postes Canada], FedEx livre nos divans dans des temps très rapides. Bien que la plupart de nos commandes soient au Québec et en Ontario, le délai de livraison se situe présentement entre un et deux jours, et ce serait plus ou moins cinq jours pour l’ouest du Canada. On parle quand même de divans ici ! », lance le jeune entrepreneur.

Il soutient que puisqu’Amazon et Wayfair sont capables de livrer en deux jours, il trouvait important de pouvoir servir ses clients comme les géants du web.

« Ce fut une expérience assez rock’n’roll »

Tous les divans de Cozey sont fabriqués en Chine, mais il conserve des stocks substantiels dans un centre de distribution à Montréal pour répondre aux commandes.

Le stock est notamment contrôlé par un choix limité à quatre couleurs.

Si vous voulez faire un trois-places, par exemple, on vous envoie une boîte de bras, et trois boîtes de sièges. Si vous voulez faire un deux-places, c’est une boîte de bras et deux boîtes de sièges.

Frédéric Aubé

Un divan trois places se vend 945 $ avec un essai de 30 jours sans risque, dit Frédéric Aubé.

Lancer une entreprise est une expérience comportant beaucoup d’incertitude, admet Frédéric Aubé. « La pandémie en a rajouté une couche. »

Il se souvient encore très bien des premiers courriels échangés au début de janvier à propos du coronavirus, avant le Nouvel An chinois, à la fin de janvier. « Ça nous a retardés de près de deux mois », dit l’ex-hockeyeur.

« Ce fut une expérience assez rock’n’roll. Toutes les usines en Chine ont fermé leurs portes. Quand elles ont rouvert un mois et demi plus tard, c’était à 60 % de leur capacité. Et il y avait des fournisseurs encore fermés dépendamment des régions. »

Un défi de logistique s’est alors posé. « J’étais quand même optimiste quand le virus est arrivé en Amérique du Nord. J’avais vu à quelle vitesse la situation s’était rétablie en Chine », dit-il.

Frédéric Aubé a financé le lancement de Cozey avec l’argent de proches amis et de la famille. « Pour obtenir la croissance espérée à moyen terme, c’est certain qu’on aura besoin de nouveaux investisseurs. Mais pour l’instant, on se débrouille bien avec ce qu’on a », dit-il.