L'innovation: Combiner les rayons X à la technologie 3D, plutôt que recourir à la tomographie, pour détecter les défauts des pièces usinées.

Mis à jour le 17 janv. 2019
KARIM BENESSAIEH LA PRESSE

Une opération d'inspection qui coûtait par exemple 10 $ pour une seule pièce n'en coûte plus que le dixième, en un temps qui passe d'une heure à moins de deux minutes.

Qui ?

Luc Perron, PDG et cofondateur de LynX, est un ingénieur en aéronautique qui a entamé en 1996 sa carrière dans les Forces armées canadiennes et est devenu un pionnier de l'imagerie numérique. Son partenaire, Dominique Boutet, mécanicien diesel au ministère des Transports du Québec, a contribué en 2016 à l'invention de la méthode d'imagerie 3D par rayon X baptisée LynX Inspection. Elle est présentement en instance de brevet. Leur PME, fondée en avril de cette année-là, compte une dizaine d'employés dans ses locaux hébergés par l'Institut national d'optique, rue Einstein à Québec.

Le produit

Dans la fabrication de petites pièces usinées de haute technologie, notamment en aéronautique et dans l'industrie automobile, aucune entreprise n'a les moyens d'inspecter en profondeur, à la recherche de défauts internes, tout ce qui sort des chaînes de production. « C'est échantillonné, parce que ça coûte trop cher : une pièce va coûter 10 $ à fabriquer en aéronautique, elle va en coûter 10 $ à inspecter », explique Luc Perron.

En tant que mécanicien au ministère des Transports, « j'étais tanné de faire des reprises de garanties, dit Dominique Boutet. On avait beaucoup de problèmes avec la qualité des pièces. Je ne pouvais pas croire que personne n'ait pensé à un système d'inspection à grande échelle ».

D'où l'idée de recourir à une technologie bien moins coûteuse, l'imagerie par rayon X, et de combiner plusieurs prises pour obtenir un modèle en trois dimensions de la pièce inspectée. Celle-ci est ensuite comparée à l'image de la pièce idéale. Le système LynX Inspection peut radiographier des pièces de 2 cm à 60 cm. Et ça fonctionne ? « Oui ! répond sans hésiter le PDG. On a un prototype fonctionnel, mais ce n'est pas terminé : on a encore du développement à faire. »

On estime que les coûts d'inspection sont de cinq à dix fois moindres qu'avec les méthodes classiques, pour des résultats de 10 à 20 fois plus rapides. Le système peut être implanté pour un coût « aux alentours de 250 000 $ », dit M. Perron.

L'avenir

LynX Inspection est présentement peaufiné avec cinq clients potentiels. Au printemps prochain, on devrait passer « de la R et D à la commercialisation », annonce le PDG. « On a des gens qui ont hâte : on n'a pas couru après les clients, ce sont eux qui sont venus vers nous. On parle de sortir le produit au printemps. »

Cela dit, le grand défi n'est pas tant technologique que financier : les équipements qu'on veut produire et vendre coûtent cher. « Il y a la question des liquidités qui risque d'être notre plus grande préoccupation. Il faut générer des revenus suffisamment tôt pour récupérer l'investissement. »

Photo, La Presse

Luc Perron et Dominique Boutet de la compagnie LynX Inspection.