Le fournisseur de logiciels de solutions de paiement de commerce électronique et aux points de vente Lightspeed s’est montré généreux avec ses hauts dirigeants.

Publié le 2 juillet
André Dubuc
André Dubuc La Presse

Les six plus hauts dirigeants ont reçu au total une rémunération de 70 millions US pour l’exercice s’étant terminé le 31 mars 2022. Cela n’est pas sans rappeler le cas du PDG de la société québécoise Nuvei, Philip Fayer, dont la rémunération s’est élevée l’an dernier à 112 millions US.

La Caisse de dépôt et placement du Québec est le principal actionnaire de Lightspeed, détenant 16 % des actions en circulation. L’institution réserve ses commentaires jusqu’au moment du vote des actionnaires prévu le 4 août.

« Ces niveaux de rémunération élevés montrent l’importance d’avoir une politique de rémunération très solide. Il importe que les scénarios de rémunération envisagent toutes les éventualités afin de mettre en place les mécanismes nécessaires pour éviter des écarts trop importants », dit le professeur Yan Cimon, de l’Université Laval, à qui La Presse a demandé de commenter les cas de Lightspeed et de Nuvei.

Les informations sont tirées du rapport sur la rémunération de la haute direction reproduit dans la circulaire de direction que les deux sociétés ont déposée aux autorités boursières récemment.

Chez Lightspeed, l’essentiel de l’argent provient d’options qui ont été accordées pendant l’année financière aux hauts dirigeants. La dernière année a été marquée par un jeu de chaises musicales au sommet de l’entreprise, ce qui a entraîné une renégociation de la rémunération des dirigeants promus.

L’objectif de ces généreuses attributions d’options est « de motiver et de maintenir en poste » les principaux dirigeants concernés, explique la société dans la circulaire.

Les options attribuées ne sont pas exerçables immédiatement.

Une option est un droit qui permet d’acquérir une action à un prix prédéterminé. La plupart des options accordées au cours du dernier exercice financier ont un prix d’exercice supérieur au cours actuel de l’action de Lightspeed, qui a perdu près de 44 % de sa valeur depuis le début de 2022 et qui a fondu de 83 % depuis son sommet des 52 dernières semaines à 165,87 $. L’action se vendait jeudi 28,84 $ à Toronto et 22,29 $ US à New York.

Une option dont la date d’échéance est éloignée dans le temps conserve une valeur même si le prix d’exercice est supérieur au prix courant, car son détenteur garde espoir que le cours de l’action surpassera le prix d’exercice avant la date d’échéance.

Jusqu’à 1,5 million d’actions

En février 2022, le nouveau chef de la direction, Jean Paul Chauvet, s’est vu attribuer une rémunération totale de 22 millions US lors du dernier exercice, dont 20 millions US sous forme d’options. Il a reçu des options lui donnant le droit d’acheter jusqu’à 1,5 million d’actions de Lightspeed à un prix d’exercice de 31,47 $ US. Ces options seront acquises progressivement sur une période de cinq ans en fonction de la performance de l’action et de l’atteinte d’objectifs de croissance. Ce lot d’options lié au rendement sera le seul à lui être attribué d’ici 2025.

Pour ce qui est des autres dirigeants, Dax Dasilva, président-directeur du conseil, a droit à une rémunération totale de 8,7 millions US, dont 7,6 millions US en options. Brandon Nussey, chef des finances et de l’exploitation, voit sa rémunération atteindre 12 millions US, dont 11,3 millions US sous forme d’options.

« Les montants stipulés dans la circulaire de direction ici représentent l’évaluation comptable de ces primes, et non la valeur réelle qui a été ou pourrait être gagnée par ces cadres, explique dans un courriel Amber van Moessner, responsable des communications chez Lightspeed. La valeur réelle dépendra de la performance du cours de l’action de la société au cours des cinq prochaines années. »

« Les détails de ces rémunérations ont été examinés en détail avec les principaux actionnaires de Lightspeed, qui ont généralement soutenu et apprécié que les intérêts des dirigeants soient alignés avec ceux des actionnaires », ajoute-t-elle.

Jean-David Saint-Martin, Asha Bakshani et Michael DeSimone ont une rémunération de 6,1 millions US, de 8,3 millions US et de 12,3 millions US respectivement. La forte majorité des sommes prennent la forme d’attributions fondées sur des options ou des actions.

Consultez notre dossier sur la rémunération des dirigeants d’entreprise