Une grande majorité d’entreprises au Québec adoptent ou veulent adopter des pratiques socialement responsables, mais il y a plusieurs embûches les empêchant de s’y consacrer pleinement.

Publié le 2 déc. 2021
Isabelle Massé
Isabelle Massé La Presse

Plus de 80 % des PME disent être préoccupées par leur incidence sur la société et l’environnement, prendre celui-ci en considération dans leurs décisions d’affaires et avoir un rôle proactif à jouer dans la résolution des enjeux sociaux et environnementaux, selon un rapport de l’Institut du Québec, de la firme-conseil en impact social Credo et du pôle IDEOS de HEC Montréal, dévoilé ce jeudi. Plus des trois quarts estiment également que leur performance en matière de responsabilité sociale et de développement durable est excellente ou très bonne.

« Mais il y a un décalage entre la perception et la réalité », affirme Emna Braham, directrice adjointe de l’Institut du Québec, dont le rapport a pour but d’offrir des pistes d’actions concrètes afin d’accélérer l’adoption de pratiques socialement responsables.

La responsabilité sociale des entreprises (RSE) semble encore un concept fourre-tout. Chez certaines entreprises, la RSE peut être synonyme d’inclusion, et pour d’autres, de développement durable ou de philanthropie. On note un manque de clarté et de mesures officielles pour s’y plonger.

« Les entreprises font face à des enjeux importants, à des demandes multiples de la société civile, indique Emna Braham. On entend un intérêt grandissant de leur part et de la part d’investisseurs pour la RSE, mais qu’il n’y a pas vraiment d’informations pour savoir de quelle manière elles peuvent s’y prendre concrètement. On s’est assis avec des experts pour comprendre le décalage. »

PHOTO YVES LACOMBE, FOURNIE PAR L'INSTITUT DU QUÉBEC

Emna Braham, directrice adjointe de l’Institut du Québec

Comment mettre en place des mesures ? Comment mesurer vraiment leur incidence ? Beaucoup de chemin reste à tracer, notamment parce que chacun a sa définition de la RSE et que les organisations, grandes et moins grandes, constatent plusieurs embûches à surmonter pour s’assurer que la responsabilité sociale est intrinsèquement intégrée à la façon de mener leurs affaires. Par ailleurs, bien des directions estiment encore que l’adoption de pratiques plus socialement responsables peut rendre leur entreprise moins compétitive.

« Certaines entreprises viennent de très loin », lit-on par ailleurs dans le rapport de l’Institut du Québec. « Elles n’ont pas d’états financiers vérifiés ou manquent de données. La RSE est une stratégie encadrée et mesurée, qui prend du temps. Il y a un vrai retard dans les procédés, le contrôle des données du marché, par exemple. Malheureusement, beaucoup d’entreprises pilotent encore au pied levé. »

Les organisations ont notamment besoin d’être épaulées par les gouvernements, selon ce qui ressort de l’enquête, dans le cadre de laquelle 240 entreprises, dirigeants et experts au Québec ont été interrogés.

Les différents ordres gouvernementaux ont un rôle essentiel à jouer. Il faut modifier certains cadres législatifs, comme la règle du plus bas soumissionnaire. Il faut aligner l’attribution d’aide aux entreprises avec des critères environnementaux et sociaux.

Emna Braham, directrice adjointe de l’Institut du Québec

« L’aide est encore très liée à la création d’emplois, par exemple. On pourrait réfléchir à la façon de remplacer ces critères, explique-t-elle. C’est un changement inévitable, et il faut travailler sur plusieurs fronts. La RSE est un avantage concurrentiel pour les travailleurs et les entreprises. »

Être activement tourné vers une pratique RSE peut retenir les plus jeunes en entreprise. Alors que la pénurie de main-d’œuvre est criante, les entreprises « qui se soucient de leur impact social et environnemental pourraient avoir un avantage concurrentiel, surtout auprès des jeunes », lit-on encore dans le rapport.

Selon l’Institut du Québec, la RSE est au moins à la portée de tous. « Toutes peuvent s’engager dans cette voie, dit Emna Braham. Plusieurs éléments sont des clés de succès. On peut réfléchir à l’interne sur les répercussions de l’entreprise, s’assurer que la structure de gouvernance est adéquate pour mettre en place une pratique RSE et commencer par communiquer à l’interne ses objectifs et les effets qu’on souhaite avoir. »