Une situation nébuleuse a cours à la cimenterie Ash Grove, de Joliette dans Lanaudière.

Pierre Saint-Arnaud La Presse Canadienne

Le syndicat des 154 employés d’usine et de bureau de l’usine a publié un communiqué ce lundi reprochant à l’employeur d’avoir décrété un lock-out alors que la convention collective est toujours en vigueur jusqu’au 28 juin. Or, il s’agirait d’un lock-out illégal, puisqu’il est interdit de décréter un lock-out ou de déclencher une grève avant qu’une convention collective ne soit échue.

Rejoint par La Presse Canadienne, le délégué syndical d’Unifor, Daniel St-Pierre, a expliqué que les employés avaient reçu une lettre de l’employeur vendredi soir dernier vers 23 h : « Ils demandaient aux employés de demeurer à la maison, qu’ils allaient être payés jusqu’à l’obtention du droit de lock-out. Mais qu’on paye ou pas les employés, si on regarde le Code du travail, pour nous on est d’avis que c’est un lock-out. »

« Ils reprochaient certains bris d’équipement qui n’ont absolument rien à voir avec les employés syndiqués et, dans ces circonstances, l’employeur disait n’avoir d’autre choix que d’imposer ce lock-out », a poursuivi M. St-Pierre.

Présent sur la ligne de piquetage érigée en réaction à ce geste qualifié d’« intimidation » par le syndicat, Daniel St-Pierre dit avoir entendu de la machinerie fonctionner samedi et dimanche, mais depuis, plus rien. Aucun équipement ne semblait en marche ce lundi ; la compagnie avait d’ailleurs fait part de son intention de cesser les opérations le dimanche 23 mai.

Ash Grove introuvable

La Presse Canadienne a tenté de rejoindre la partie patronale, mais il n’y a plus de service au numéro de téléphone de l’usine de Joliette. Le numéro d’Ash Grove en Ontario ne fonctionnait pas non plus au moment de tenter de les rejoindre. Ash Grove est une filiale de Groupe CRH, dont les bureaux au siège social de Longueuil sont fermés ce lundi en raison du jour férié. Groupe CRH est lui-même une filiale de la géante française du ciment, Groupe Holcim.

Cette incapacité de trouver une ligne téléphonique fonctionnelle a surpris le représentant syndical, qui s’apprête à rencontrer ses vis-à-vis patronaux dès mardi : « Ça m’inquiète, d’autant plus qu’on négocie demain avec la partie patronale », a précisé M. St-Pierre. Le blitz de négociation doit durer quatre jours, soit jusqu’à vendredi inclusivement, moment où la convention collective viendra à échéance.

L’usine fermera à moitié en juin

Son inquiétude se base notamment sur le fait qu’en novembre dernier, Ash Grove a annoncé son intention de fermer deux des quatre fours de la cimenterie lanaudoise dès juin 2021, soit le mois prochain. Cette fermeture, selon le syndicat, entraînera la perte d’une centaine d’emplois.

Au moment de l’annonce, en novembre, le syndicat blâmait la surcapacité de production provoquée par la cimenterie McInnis de Port-Daniel en Gaspésie qui, plutôt que d’écouler sa production aux États-Unis comme prévu initialement, l’écoule sur le marché canadien.

Depuis cette annonce, les relations sont tendues entre les parties. Le syndicat a déposé une demande d’ordonnance de sauvegarde au Tribunal administratif du travail qui, mercredi dernier, lui donnait raison en jugeant que l’employeur s’adonnait à des actes d’entrave et d’ingérence dans les affaires syndicales lors de la négociation.

En raison de la fermeture des deux fours de l’usine et de la perte potentielle d’une centaine d’emplois, les principaux points en litige sont : les droits de rappel et les mécanismes entourant l’indemnité de licenciement ; le nombre d’employés à maintenir en production et dans les bureaux ; la sous-traitance ; et l’organisation du travail.

La cimenterie de Joliette a été inaugurée dans les années 1960 par la famille Miron, propriétaire aussi à l’époque de la carrière du même nom à Montréal. Elle fut acquise par Ciment St-Laurent dans les années 1970 avant de passer aux mains de Holcim en 2009, qui l’a revendue à CRH-Ash Grove en 2015.