Seriez-vous prêt à passer un électrocardiogramme à distance grâce à votre téléphone cellulaire ? Ou encore à rencontrer votre médecin de famille en vidéoconférence ? Les Canadiens sont de plus en plus ouverts à l’utilisation de la technologie en santé, et les entreprises de médecine virtuelle en profitent. Portrait d’un secteur en pleine croissance.

Thomas Dufour
La Presse

Des millions de dollars en financement, des partenariats avec des firmes d’intelligence artificielle, des centres universitaires ou encore des entreprises américaines : il va sans dire que les entreprises en télésanté ont le vent dans les voiles en ce moment au Canada.

Les chiffres le prouvent. Selon un sondage Ipsos publié la semaine dernière, les Canadiens veulent davantage de soins en ligne. Quatre personnes sur cinq voudraient avoir accès à leurs données médicales en ligne. Et 76 % pensent que l’utilisation de la technologie rendrait le système de santé plus efficace.

Les planètes sont donc alignées pour les entreprises de ce secteur. Au courant des derniers mois, plusieurs acteurs de l’industrie canadienne ont annoncé des partenariats et une augmentation de leur financement.

En juin dernier, Dialogue Technologies, une entreprise montréalaise de médecine privée en ligne, a récolté 40 millions de dollars de financement, dont 12 millions de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Les clients de Dialogue sont des employeurs qui souhaitent offrir des soins en ligne à leurs salariés. Fondée en 2016, l’entreprise compte maintenant près de 400 entreprises dans sa liste de clients.

En seulement trois ans d’existence, la société a constaté une évolution de l’engouement pour la télésanté. « Quand on a commencé, c’était moins présent dans la tête des gens », explique Cherif Habib, cofondateur de Dialogue. L’entreprise compte maintenant 200 employés.

Intelligence artificielle

Pour améliorer l’efficacité dans le traitement des données médicales, plusieurs entreprises se tournent vers l’intelligence artificielle (IA).

C’est le cas de l’entreprise montréalaise VirtuelMED qui a conclu, en avril, un partenariat avec HealthTap, une société américaine spécialisée en IA et en télémédecine. Le service en ligne sera lancé d’ici la fin de l’année en partenariat avec ExcelleMD, une entreprise privée de soins cliniques.

Prescriptions, diagnostics, résultats de laboratoire et plan de traitement : les services offerts par VirtuelMED seront plus performants grâce à l’intelligence artificielle.

« En posant des questions au patient, l’IA recueille des données. Est-ce que l’œil est rouge ? Est-ce que ça coule ? Avez-vous des allergies ? Quand le patient commence sa consultation, le médecin a ces informations devant lui et il peut partir de là pour faire un meilleur diagnostic. »

Patricia Côté, vice-présidente de VirtuelMED

La médecin de formation se méfie toutefois des entreprises qui se basent uniquement sur l’intelligence artificielle pour donner un diagnostic. Chez VirtuelMED, l’information sera toujours contre-vérifiée par un médecin, affirme Mme Côté.

Aînés et soins en ligne

Avec le vieillissement de la population, la demande pour des services en ligne accessibles n’ira pas en diminuant.

La télémédecine permettra de mieux soigner les aînés, selon le Dr Laurent Marcoux, président sortant de l’Association médicale canadienne (AMC).

Selon des chiffres de l’Institut de la statistique du Québec, la proportion d’aînés au Québec passera de 18 % à 28 % au cours des 50 prochaines années.

Qui dit vieillissement de la population dit davantage de maladies chroniques, selon le Dr Marcoux. Ces maladies pourraient être traitées plus efficacement grâce aux soins en ligne. Les personnes âgées pourraient transmettre des informations sur l’évolution de leurs symptômes à leur médecin sans devoir prendre rendez-vous chaque fois.

Le Québec en avance

L’arrivée des soins à distance dans la province ne date pas d’hier. « Ça fait 30 ans que des centres universitaires utilisent la télémédecine pour traiter des patients dans le Nord », note Cherif Habib. Le Québec est « l’un des pionniers dans le monde » en médecine en ligne, croit l’entrepreneur.

Assis dans leur bureau de Montréal, des médecins québécois pratiquent des échographies sur des femmes au Nunavik, à l’extrême nord de la province. « Le médecin voit le bébé à travers la vidéoconférence, il envoie ensuite un rapport dans le Grand Nord pour que la mère soit traitée sur place », explique Antoinette Ghanem, conseillère principale au Centre de coordination de la Télésanté du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

L’Université McGill multiplie ce genre d’initiative depuis des années. Tout en étant à distance, les médecins du CUSM peuvent calibrer des stimulateurs cardiaques ou encore ausculter des patients.

Préserver le traitement en personne

Malgré l’engouement pour la médecine en ligne, cette dernière ne doit pas faire disparaître le contact direct entre le médecin et le patient, selon Laurent Marcoux. « Les soins seront toujours basés sur la compassion et le contact humain », affirme-t-il.

Patricia Côté, de VirtuelMED, abonde aussi en ce sens. Elle explique qu’il est souvent nécessaire de pouvoir voir le patient. Son entreprise est d’abord basée sur le traitement en clinique, l’offre en ligne étant utilisée en complément afin d’améliorer les soins.

« La télémédecine ne peut pas remplacer les services de santé, affirme Antoinette Ghanem. Par contre, elle va permettre d’améliorer la qualité des services et l’accès aux soins. »