Le prix du métal qui fait vivre la Côte-Nord depuis 1950 s’est apprécié de 130 % depuis un an. Il dépasse maintenant le record de 193 $ US enregistré en 2011 lors du dernier boom des ressources. La région sera le théâtre d’investissements de plus de 1 milliard dans les prochains mois.

André Dubuc
André Dubuc La Presse

À l’instar du bois d’œuvre et du cuivre, le fer a subi lui aussi une forte inflation au cours des dernières semaines. Le prix a atteint les 193,85 $ US la tonne de concentré à 62 % le mardi 27 avril, selon S&P Global Platts.

Le minerai de la Côte-Nord, concentré à 66 %, se vend à prime, au-dessus des 200 $ US la tonne.

« Le prix élevé du minerai de fer est une bonne nouvelle pour la Côte-Nord et pour le Québec », se réjouit Bernard Gauthier, DG de Développement économique Port-Cartier, où se trouve l’usine de boulettage d’ArcelorMittal, l’une des quatre minières de la région. Ça garantit des jobs et ça garantit des investissements. Ça crée tout un impact dans l’économie. »

« La différence avec 2011, c’est le taux de change, renchérit Martin Lévesque, DG de Développement économique Sept-Îles, destination du minerai extrait au nord par IOC et par Minerai de fer Québec. Le prix est le même, mais le dollar canadien était à parité en 2011. Aujourd’hui, le taux de change est à 0,80 $ US. En dollars canadiens [environ 250 $ la tonne], c’est remarquable. »

La forte demande chinoise explique en bonne partie l’ascension du prix du fer. La Chine est l’un des rares pays à avoir retrouvé un niveau d’activité économique comparable à celui de l’avant-pandémie.

Le marché mondial anticipe aussi les plans de relance économique qui seront axés sur les investissements dans les infrastructures. Celles-ci ont besoin d’acier et de béton. Le fer est l’intrant principal dans l’acier.

« Le marché du minerai de fer a bénéficié des efforts de Pékin pour nettoyer son industrie sidérurgique polluante, écrivait le Financial Times la semaine dernière. Les freins de production à Tangshan, première ville sidérurgique du pays, ont limité la capacité et fait grimper les prix de l’acier.

Quand les fourneaux des aciéries chinoises ne dérougissent pas, la Côte-Nord est en effervescence, en dépit d’un conflit de travail qui pourrait éclater dès samedi (voir autre texte).

Les minières virent à plein régime. Nos membres travaillent à temps plein. On voit de l’embauche aussi. On sent une bonne vibe. C’est de bon augure pour les prochaines années.

Nicolas Lapierre, coordonnateur régional du syndicat des Métallos

Chez ArcelorMittal, qui exploite la mine de fer Mont-Wright, près de Fermont, des travaux d’agrandissement du parc à résidus miniers ont commencé cette année. Le but est de prolonger la vie utile de la mine jusqu’en 2045.

« On a un important programme d’investissements au cours des prochaines années, dit Annie Paré, directrice des communications chez ArcelorMittal Mines et Infrastructure Canada, qui emploie 2500 personnes à Fermont et à Port-Cartier. Les investissements visent à accroître notre productivité, continuer d’améliorer notre performance environnementale et développer notre mine », ajoute-t-elle sans vouloir en révéler l’ampleur.

Le projet d’une troisième chaîne à l’usine de boulettage de Port-Cartier n’en fait malheureusement pas partie. « À ce stade, il n’y a pas de décision de prise », indique Mme Paré.

« À 190 $ US la tonne, on est plus optimiste que le projet suscite davantage d’intérêt chez les décideurs d’ArcelorMittal », dit Bernard Gauthier, de Développement économique Port-Cartier.

Un demi-milliard pour la mine Lac Bloom

« On sent l’effervescence dans la région », témoigne de son côté le maire de Fermont, Martin St-Laurent.

Minerai de fer Québec commencera en juin les travaux d’agrandissement de la mine Lac Bloom, près de Fermont, en dépit d’un rapport défavorable du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) qui a fait grand bruit.

« Il est important de ne pas confondre le processus du BAPE – lequel porte sur une expansion de notre parc à résidus – et notre phase II d’expansion de la mine du Lac Bloom, précise dans un courriel Michael Marcotte, porte-parole de Champion, propriétaire de la filiale Minerai de fer Québec. Notre société dispose de tous les permis nécessaires pour terminer la construction de la phase II. »

L’investissement dépasse le demi-milliard de dollars.

Des pubs à la télé annoncent l’embauche de 400 travailleurs, principalement des « employés permanents non résidants », ou PNR ou encore fly in-fly out. Bref, des employés qui passent deux ou trois semaines à la mine avant de redescendre au sud pour un intervalle équivalent.

Le maire St-Laurent assure que sa ville de 2500 habitants a la capacité d’accueillir de 300 à 500 nouveaux logements sur son territoire au besoin. Selon ce qu’il nous en dit, une maison existante coûte de 150 000 $ à 225 000 $ à Fermont, au nord du 52parallèle.

Autre minière de la région, Iron Ore du Canada, propriété de Rio Tinto, a pour 400 millions d’investissements en maintien et modernisation d’actif en 2021. Sa mine est au Labrador, mais ses installations portuaires et d’entreposage sont à Sept-Îles. Elle y a aussi des bureaux administratifs.

Victime de son succès, Sept-Îles éprouve des problèmes de pénurie de main-d’œuvre. « Nos PME peinent à pourvoir les postes disponibles, plusieurs se sont mises à l’immigration : des Colombiens et des Philippins », signale M. Lévesque, de Développement économique Sept-Îles. La Ville est prête à aller de l’avant d’ici un an avec un nouveau quartier résidentiel.

Record en vue au port de Sept-Îles

Quant à savoir si le prix du fer restera à ces niveaux élevés longtemps, M. Lévesque campe parmi les optimistes. « On voit l’avenir d’un œil positif avec tous ces plans de relance axés sur les infrastructures. »

Au second semestre 2021, les experts s’attendent néanmoins à une hausse des livraisons en provenance du Brésil, qui se remet des incidents tragiques survenus en 2019 qui ont perturbé la production.

Quoi qu’il en soit, le port de Sept-Îles, où l’on charge sur les navires le minerai extrait par les IOC, Tacora Resource (Mine Scully au Labrador) et Minerai de fer Québec, anticipe une année record.

« On a fini 2020 avec 33,4 millions de tonnes, au 3rang au Canada. Pour 2021, on anticipe une fois de plus une croissance de 13 %. On devrait finir l’année avec 37,5 millions de tonnes », dit Pierre Gagnon, PDG du Port de Sept-Îles.

Au port de Sept-Îles toujours, le gouvernement du Québec, propriétaire de la société en commandite SFP Pointe-Noire, investit en partenariat 135 millions pour doubler les capacités de manutention en lien avec l’agrandissement de la mine du Lac Bloom de Minerai de fer Québec.