La période de travail a été beaucoup, beaucoup plus longue que prévu, mais le gouvernement fédéral a finalement accouché d’un plan d’aide financière conséquent qui permettra à Air Canada d’émerger de la crise qui l’a mise au plancher depuis plus d’un an. Ottawa doit maintenant moduler rapidement le même type d’intervention de soutien pour tous les acteurs de l’industrie du transport aérien et de l’aéronautique.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Cela faisait des mois qu’on attendait un geste d’Ottawa pour venir en aide à l’industrie du transport aérien brutalement terrassée par la pandémie, et le plan de financement de 6 milliards dévoilé lundi par le gouvernement fédéral est un premier pas fort bienvenu pour l’ensemble du monde de l’aéronautique.

« Pour que notre industrie fonctionne, ça prend des avions qui volent, pour qu’on puisse en fabriquer de nouveaux ou les réparer. Le redécollage d’Air Canada est une bonne nouvelle, mais il faut qu’il y ait un effet domino pour l’ensemble de l’industrie aéronautique », m’a souligné mardi, fort judicieusement, Suzanne Benoît, présidente d’Aéro Montréal.

Un mot d’abord sur le plan d’aide financière d’Air Canada qui a été concocté sous la supervision de Michael Sabia, l’ex-PDG de la Caisse de dépôt qui est entré en décembre dernier au bureau de la ministre des Finances Chrystia Freeland à titre de sous-ministre.

Ottawa n’a pas fait la charité à Air Canada. L’aide financière qui pourra totaliser 5,9 milliards se décline sous forme de prêts à taux variables et d’une prise de participation au capital d’Air Canada de 500 millions, assortie d’une possibilité d’acquérir une participation additionnelle de 395 millions.

On le sait, Ottawa tenait absolument à ce que toute aide financière de sa part implique le remboursement des clients pour les vols qui ont été annulés en raison de la pandémie. Ottawa accorde un prêt de 1,4 milliard à Air Canada à un taux de 1,2 % qui servira à dédommager les consommateurs lésés.

Ottawa consent par ailleurs un prêt de 1,5 milliard au taux d’interfinancement des banques (0,67 % sur un an) majoré de 1,5 % et un autre prêt de 2,5 milliards dont les conditions de remboursement varient.

Ainsi, le premier tiers (825 millions) portera encore une fois le taux d’interfinancement majoré de 1,75 %, un autre tiers est assujetti à un taux de 6,5 % sur cinq ans, majoré à 7,5 % après cinq ans, et enfin une dernière tranche de 825 millions portera un taux de 8,5 % durant cinq ans et de 9,5 % après cette échéance.

On le voit donc, Air Canada n’a pas eu droit qu’à du financement bon marché, mais a obtenu des disponibilités de liquidités qui lui permettront de mieux moduler sa sortie de crise tout en respectant certaines conditions, comme celle d’honorer sa commande de nouveaux A220, construits à Mirabel.

Les autres dominos

L’intervention d’Ottawa ouvre aussi la voie à un plan d’aide financière aux transporteurs aériens concurrents d’Air Canada, dont évidemment Transat. C’est Michael Sabia qui, là encore, est responsable du dossier. Selon Transat, les discussions sont très avancées et la conclusion du plan d’aide à Air Canada est de bon augure.

Le transporteur québécois souhaite obtenir un financement d’urgence de 500 millions pour relancer ses activités et un prêt à bas taux d’intérêt comme celui de 1,2 % accordé à Air Canada pour rembourser les clients dont le vol a été annulé en raison de la pandémie.

Restent les entreprises manufacturières québécoises du secteur aéronautique qui ont, elles aussi, grandement souffert de la paralysie quasi généralisée du transport aérien au cours des 13 derniers mois.

Comme Mme Benoît me le signalait en début de chronique, l’absence d’activité et de nouvelles commandes des donneurs d’ordres a forcé les manufacturiers à se replier sur les seuls services essentiels. « Ce n’est pas avec la subvention salariale que tu peux occuper tes ingénieurs », déplore la PDG de la grappe de l’aéronautique.

« Ça aurait été le temps pour nos entreprises de profiter de la crise pour investir dans la numérisation et la robotisation de leurs activités, mais le fédéral n’a mis sur pied aucun programme spécifique pour l’industrie », renchérit Mehran Ebrahimi, professeur spécialiste de l’aéronautique au département de management de l’UQAM.

Après 13 mois d’une incessante crise, le plan d’aide financière à Air Canada marque le premier — et malheureusement trop tardif — jalon d’un début de reprise pour l’industrie aéronautique québécoise. Il faudra maintenant accélérer le rythme et reprendre le temps perdu et éviter à tout prix que ce secteur hautement porteur de notre économie se fasse déclasser.