Après une baisse historique de 68 % des transactions en avril dernier, le marché immobilier est reparti à Montréal. À quoi s’attendre ?

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

1) La santé en premier

Depuis le 11 mai, toutes les restrictions visant le marché immobilier ont été levées. En théorie, seuls le lavage des mains et la distanciation restent obligatoires. « Je ne vous cache pas qu’on a été surpris », dit Luc Poupart, président de Via Capitale.

Son réseau exige que les courtiers continuent à faire signer le formulaire de déclaration relative au coronavirus.

Sutton et Royal LePage demandent aussi aux clients de porter des gants et un masque. De plus, les acheteurs doivent visiter un à la fois. « Dans le cas d’un couple, madame visitera d’abord avec le courtier et monsieur ira après », illustre Julie Gaucher, vice-présidente et chef des opérations Groupe Sutton–Québec.

Quant au vendeur, il sera invité à laisser toutes les lumières ouvertes pour que les visiteurs n’aient à toucher à rien.

2) L’arrêt de mort des visites libres

La COVID-19 pourrait bien sonner le glas des visites libres. En ce moment, c’est carrément impensable. « Je ne peux pas m’imaginer une visite libre, même si ce n’est pas interdit ! », s’exclame M. Poupart.

Mais à long terme, les visites libres pourraient disparaître. Avant la COVID-19, les courtiers n’étaient pas toujours chauds à l’idée d’organiser des portes ouvertes qui attirent beaucoup de curieux peu motivés à acheter.

« J’ai toujours trouvé qu’une visite libre n’était pas la meilleure manière de vendre une maison », Dominic St-Pierre, vice-président et directeur général, région du Québec.

De plus en plus, les clients seront triés sur le volet et les visites seront limitées aux clients dont le prêt hypothécaire est préapprouvé pour éviter les démarches inutiles.

3) Changement de clientèle

La COVID-19 a fait fuir certains types de clients, comme les acheteurs étrangers qui ont effectué 3,4 % des transactions immobilières sur l’île de Montréal en 2018, presque quatre fois plus qu’en 2010.

Idem pour les acheteurs de logement destinés à la location à court terme de type Airbnb, dont les activités ont été interdites par Québec.

« Ça rend le marché plus équilibré », constate Dominic St-Pierre, vice-président et directeur général, région du Québec de Royal LePage.

Malheureusement, la COVID-19 crée un autre type d’acheteurs. « Le confinement apporte son lot de séparations. Depuis lundi, on sent qu’il y a une urgence », dit Mme Gaucher.

4) Encore de la surenchère !

La COVID-19 n’a pas calmé la fièvre des surenchères, loin de là. En avril, les restrictions dues à la pandémie ont fait chuter de 38 % le nombre de résidences à vendre, si bien que les inscriptions n’ont jamais été aussi basses depuis 2003 dans la région de Montréal.

En conséquence, il y a encore beaucoup d’offres multiples dans les secteurs chauds comme le Sud-Ouest, Outremont, Westmount ou encore Rosemont.

Il y a deux semaines, une résidence de l’ouest de l’île s’est envolée pour environ 750 000 $, soit 40 000 $ de plus que le prix demandé, après que 14 offres ont été déposées. « L’acheteur ne l’a même pas visitée », raconte M. St-Pierre.

5) Tendance aux désistements

Mais avec le climat d’incertitude, les courtiers voient beaucoup de désistements. Si l’offre était conditionnelle à l’inspection, l’acheteur peut s’en déclarer insatisfait et faire tomber la transaction.

Autrement, le contrat lie les deux parties. « Mais si les deux sont d’accord et préfèrent se retirer, on essaie d’être des facilitateurs », assure Mme Gaucher. Dans le contexte, certains acheteurs qui ont perdu leur emploi veulent faire marche arrière, tandis que des propriétaires n’ont plus envie de vendre.