Pendant des années, le Québec a croupi au dernier rang pour sa capacité à laisser des revenus dans les poches de ses citoyens pour leurs dépenses. Dernier, après les provinces maritimes et loin derrière l’Alberta et l’Ontario.

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

Plus précisément, le revenu disponible par habitant, après impôt, était le plus faible au Canada. Ce triste dernier rang s’est échangé entre le Québec et l’Île-du-Prince-Édouard au cours de la dernière décennie. L’indicateur combine essentiellement les salaires, les transferts gouvernementaux et l’impôt.

Eh bien, bonne nouvelle : cette traversée du désert est terminée. Le Québec vient de grimper de trois rangs, passant du 9e rang en 2018 au 6e rang en 2019, selon les données de Statistique Canada publiées il y a deux semaines (2019 est la plus récente année disponible). Nous étions au 10e et dernier rang en 2016 et en 2017.

Mieux encore : l’écart de revenu disponible des Québécois avec les Ontariens n’a jamais été aussi faible depuis que des données semblables sont publiées par Statistique Canada, en 1981, il y a près de 40 ans. Les Ontariens continuent de gagner plus, mais l’écart de près de 20 % du revenu disponible en 1998 a fondu de moitié en 2019, à 10,4 %.

Manifestement, l’économie du Québec s’est transformée, pendant que celles de certaines autres provinces, faut-il dire, ont fait du surplace ou ont reculé.

Le confinement pandémique viendra certainement chambouler les données, mais il y a tout lieu de croire que la tendance de 2018 et 2019 se poursuivra pour le Québec une fois le virus maîtrisé.

Attention, on ne parle pas strictement des épargnes qui restent dans les poches des Québécois, mais des revenus disponibles pour assumer les dépenses de la vie courante, comme le logement, l’épicerie, l’habillement, les assurances, etc. La donnée par habitant peut paraître peu élevée, mais il ne faut pas oublier que les habitants englobent les enfants, qui ne touchent pas de revenus (1).

En 2019, donc, les Québécois avaient un revenu moyen disponible après impôt de 30 721 $, en hausse de 3,9 % sur l’année précédente, selon les données de Statistique Canada. Et au cours des cinq années 2014-2019, la hausse a été de 15,6 %, la plus forte des provinces canadiennes après la Colombie-Britannique (15,7 %). Hors Québec, le revenu disponible est de 34 775 $ par habitant et l’augmentation a été de 9,7 % depuis cinq ans.

Deux raisons expliquent la progression au Québec, essentiellement. D’abord, les salaires ont fortement grimpé au Québec, pressurés par la pénurie de main-d’œuvre, bien plus forte que dans les autres provinces. Ensuite, le taux d’imposition des Québécois a baissé ces dernières années, ou du moins, a cessé d’augmenter au provincial.

La remontée ramène le Québec au même rang que l’année 2008 (6e rang des provinces). Nous sommes toutefois encore loin du début des années 2000, alors que le Québec trônait au 4e rang.

Certains diront qu’à 30 721 $ de revenu disponible par habitant, les Québécois demeurent encore loin des Albertains (38 489 $) et des Ontariens (34 287 $). L’écart avec l’ensemble des autres provinces (34 775 $) est de 4050 $, ce qui est considérable.

Il faut néanmoins considérer que les Québécois ont moins besoin d’argent pour boucler leurs fins de mois qu’ailleurs, compte tenu des services publics plus étendus (garderie, assurances auto, assurance médicaments, cégeps et universités peu coûteux, hydroélectricité bon marché, etc.), entre autres.

En 2016, j’avais estimé que ces avantages du Québec représentaient environ 1800 $ par habitant. À cela s’ajoute le coût de la vie plus bas au Québec, notamment pour le logement, évalué à environ 1200 $ par habitant. Bref, ces avantages Québec, d’environ 3000 $ par habitant, ne comblent pas les 4050 $ de différence avec les autres provinces.

L’écart se rétrécit significativement, néanmoins, puisqu’en 2016, la différence avec les autres provinces n’était pas de 4050 $, mais de 5500 $. Et nous ne sommes plus les derniers ou avant-derniers au Canada, enfin !

M’est avis que le ménage des finances publiques au Québec, entrepris vers 2008, explique cette visite au plancher, et que la remontée est aussi attribuable à la fin de cet épisode. L’Ontario vit la situation inverse depuis cinq ans.

Reste à voir maintenant comment le Québec et les autres provinces se relèveront de cette pandémie.

1- Les données ne sont pas tirées d’un simple sondage. Elles viennent des fichiers qu’utilisent Statistique Canada pour mesurer l’un de ses indicateurs les plus importants, soit le produit intérieur brut (PIB) ou, autrement dit, la taille de l’économie et sa croissance dans le temps. Une des composantes du PIB est le revenu des ménages, qui englobe les salaires, les transferts gouvernementaux (assurance-emploi et autres) et les prestations de retraite, notamment. De l’ensemble de ces revenus, Statistique Canada soustrait les impôts, notamment, pour obtenir le revenu disponible, qu’on divise par le nombre d’habitants – bébés inclus – pour les fins de la comparaison entre les provinces. Bref, la donnée est très fiable.