Des experts nous éclairent sur un achat somme toute important

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

1. Ceci n’est pas un investissement

« Le principal conseil que je donnerais à quelqu’un qui veut acheter une propriété récréative, c’est de ne pas voir ça comme un investissement », dit Dominic St-Pierre, vice-président et directeur général de Royal LePage pour la région du Québec.

Selon lui, il faut voir le chalet comme un mode de vie, comme un choix de dépense, au même titre que les voyages. Bien sûr, vous serez peut-être chanceux : votre résidence secondaire prendra de la valeur et vous la revendrez en réalisant un gain en capital... imposable. Mais il faut aussi tenir compte de toutes les dépenses inhérentes.

2. Ne sous-estimez pas les coûts

Le prix d’un chalet ne se résume pas à une mensualité hypothécaire. Évaluez tous les coûts de transaction : tests, inspection, droits de mutation immobilière (« taxe de bienvenue »), frais d’évaluation, frais de courtage, notaire, déménagement, décoration et meubles, etc.

Calculez aussi l’ensemble des frais annuels : impôt foncier, taxe scolaire, assurance, frais de copropriété ou de villégiature, chauffage, électricité, services de télécommunication, déneigement, entretien et réparation, etc.

« Si vous achetez un chalet que vous n’utilisez que quelques semaines par été, ça ne vaut pas la peine financièrement à cause de tous les coûts inhérents », estime M. St-Pierre. Mieux vaut louer un chalet clé en main.

3. Glissements de terrain et inondations

Le Québec a connu son lot de glissements de terrain et d’inondations ces dernières années. Vous ne voudriez pas acheter les problèmes de quelqu’un d’autre et vous retrouver au nombre des sinistrés. Assurez-vous que votre petit bijou au bord de l’eau n’est pas dans une zone à risque.

4. Accès à l’eau et servitudes

L’accès à l’eau est souvent une source de friction avec les voisins. Si vous convoitez un chalet directement en bordure d’un lac, consultez le certificat de localisation pour connaître les servitudes et les droits d’accès qui peuvent être dérangeants.

À l’inverse, si vous achetez en deuxième rang, avec un accès à l’eau, vérifiez de quel type d’accès il s’agit. Dans de rares occasions, vous aurez le droit d’installer un quai. Parfois, vous aurez un droit d’usage qui permet de passer la journée sur les lieux. Mais le plus souvent, vous n’aurez qu’un droit de passage permettant uniquement de vous rendre au lac pour mettre une embarcation à l’eau, par exemple.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Un petit coin isolé... C'est parfois tout ce que les acheteurs recherchent.

5. D’où vient l’eau du robinet ?

Dans les chalets, l’eau qui coule des robinets provient parfois directement du lac. Vérifiez si elle est potable ou si elle peut être traitée. Sinon, l’eau peut aussi provenir d’un puits artésien ou de surface. Il faut réaliser un test pour détecter les bactéries et les métaux. « En Estrie, il peut y avoir de l’arsenic dans l’eau », prévient Jean-François Bérubé, courtier propriétaire de Royal LePage Évolution. Il y a des solutions, mais cela comporte des coûts (5000 $ pour l’installation d’un système à osmose inversée, par exemple).

6. Installations septiques

À la campagne, il n’y a pas d’égouts comme à la ville. Assurez-vous que la fosse septique et le champ d’épuration respectent les règles environnementales, surtout s’il s’agit d’un chalet dont la construction remonte aux années 70. « Le coût de remplacement peut s’élever à 10 000 $ ou 15 000 $. Ce ne sont pas des travaux très excitants », souligne Anouk Vidal, courtière immobilière chez RE/MAX Bonjour.

7. Respectez la bande riveraine

Habituellement, les règles pour la protection de la bande riveraine empêchent de transformer la rive d’un plan d’eau sur une largeur de 10 mètres. Donc, oubliez les plans de construction d'un cabanon à bateau. Impossible également de déboiser le terrain pour dégager la vue. Et si la propriété est construite dans cette zone, assurez-vous qu’elle bénéficie d’un droit acquis.

8. Gare à la location à court terme

Vous avez l’intention de louer votre chalet pour éponger une partie des coûts ? Attention ! La location à court terme, de type Airbnb, est interdite dans la plupart des régions. Seule la location saisonnière est autorisée (minimum trois ou quatre mois). Ne pensez pas contourner les règles sans être détecté. « Dans la vraie vie, les autres résidants des lacs n’apprécient pas cela. La plainte va venir assez vite ! », lance M. Bérubé.

9. WiFi et téléphonie cellulaire ?

Si vous avez l’intention de faire du télétravail à partir de votre résidence secondaire, vérifiez la qualité de la réception des téléphones cellulaires et des connexions internet à haute vitesse. À certains endroits, le satellite est la seule option pour obtenir un accès internet de qualité, mais les coûts peuvent être assez élevés.

10. Méfiez-vous de la circulation

Ah, le chalet ! Le grand repos. La sainte paix. Mais encore faut-il s’y rendre. Combien de temps dure le trajet ? Et si on ajoute une demi-heure pare-chocs contre pare-chocs tous les vendredis soir ? Faites donc la route à l’heure de pointe, suggère Mme Vidal. Vous verrez si vous pouvez rester zen malgré la circulation.