Si la mesure a été bien accueillie par les locataires, les commerçants et l’un des locateurs les plus en vue du Québec, les personnes que La Presse a jointes ont hâte de pouvoir étudier l’aide proposée par Ottawa.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

« JE NE VOUDRAIS PAS QUE CE SOIT UN VIRUS QUI NOUS TUE »

Josée Daigle est propriétaire avec sa mère de la Boutique Avantage depuis 1983. Le petit commerce de 1200 pieds carrés à Mont-Royal évolue dans la mode féminine. « Je suis très contente. C’est une bonne nouvelle pour tous les petits qui ont des loyers importants. Ça va nous donner un répit. J’espère que mon propriétaire va y adhérer. En plus, moi, j’ai la construction du REM dans ma cour arrière, qui me nuit comme ce n’est pas possible. Je ne sais pas si je vais réussir à me sortir de ça. Je ne voudrais pas que ce soit un virus qui nous tue. » La femme d’affaires rêve de « sauver sa saison », car plus le temps avance, moins il lui sera possible de vendre sa collection de printemps. Mme Daigle raconte avoir écrit au gouvernement pour demander la permission d’ouvrir sur rendez-vous, donc une seule cliente à la fois, dans son local « ultra propre et aseptisé ». « La réponse fut un “non” catégorique », déplore-t-elle dans le contexte où de grandes surfaces, comme Costco et Walmart, peuvent vendre des vêtements.

« ÇA CHANGE LA DONNE »

Parmi les locataires qui se réjouissent de l’annonce fédérale, il y a Jacques Goulet, dentiste maxillo-facial et entrepreneur en série.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Jacques Goulet, chirurgien-dentiste et entrepreneur

Vendredi, il a confié à La Presse qu’il était prêt à cesser les activités de ses 10 cliniques de vaccination de voyageurs, incapable de payer les loyers pendant la fermeture forcée de ses commerces. « Il est vraiment le bienvenu, ce programme. Ça change la donne. Payer le quart du loyer pendant avril, mai et juin, ça vaut la peine de prendre le risque pour voir si les affaires vont reprendre après le confinement », confie-t-il au téléphone. Il a hâte de connaître toutes les modalités du programme pour voir si la première impression reste la bonne.

« BRAVO ! P.-S. : N’OUBLIEZ PAS LES AUTRES »

Le détaillant de jouets Imaginaire, de Québec, qui compte cinq magasins dans la province, espère que ce n’est trop pour être admissible au programme. Car ses loyers totalisent quelque 150 000 $ par mois, confie son propriétaire, Benoît Doyon. Tous les détails ne sont effectivement pas encore connus. Mais quoi qu’il en soit, il a bon espoir que le gouvernement étendra son programme pour y inclure un plus grand nombre d’entreprises. « Je dis : “Bravo ! P.-S. : N’oubliez pas les autres.” » L’homme d’affaires qui emploie 150 personnes a ouvert quatre nouvelles succursales depuis quatre ans. Il ne peut pas croire qu’on le laissera tomber et qu’il va « passer d’une très bonne entreprise à une entreprise qui tire le diable par la queue ». En ce moment, « il y a beaucoup de compréhension. On vit un beau moment de solidarité », dit-il. « J’ai confiance en demain. Hier, il n’y avait rien. Et là il y a ça [l’aide fédérale pour le loyer commercial]. »

ÉVITER QUE LES LOCAUX SE VIDENT

À Gatineau, le magasin Déco Surfaces n’aura pas droit lui non plus à l’aide annoncée par Ottawa. Pour la simple raison que la propriétaire, Nathalie Nadon, possède son local. Elle paie donc une hypothèque, plutôt qu’un loyer. Bien qu’elle puisse remplir certaines commandes destinées aux entrepreneurs en construction, elle n’est pas autorisée à vendre du plancher de bois de franc et de la céramique au grand public. Sa baisse de revenu est donc considérable. « Si j’avais un loyer, c’est certain que je ne pourrais pas le payer ! Ça va aider les propriétaires immobiliers et éviter que les locaux se vident », croit-elle. La femme d’affaires ne juge pas que le programme fédéral désavantage les propriétaires – qui sont assez nombreux sur les artères commerciales, surtout en régions –, car son institution financière s’est montrée très compréhensive. « Desjardins a été super avec nous. On va seulement payer les intérêts pendant six mois », précise Mme Nadon.

« ÇA VA AIDER »

« Pour les petits marchands, ça va aider », croit Pierre Desrosiers, courtier d’expérience qui représente des enseignes dans le vêtement et la chaussure. Il a aussi travaillé 25 ans chez Morguard, gestionnaire de Place Rosemère. Il ignore pour le moment si la participation des propriétaires au programme est obligatoire. « Je pense qu’ils n’auront pas le choix de participer et de prendre entente avec leurs marchands locataires », dit-il. Le monde du commerce de détail a été fragilisé dès le début de l’année avec le blocus ferroviaire, qui a eu pour effet de retarder les livraisons de marchandises. « On a tous intérêt à travailler ensemble », souligne-t-il. Par ailleurs, M. Desrosiers ne savait pas si la part de 25 % du loyer que doivent payer les locataires pouvait être retardée en vertu du programme. « J’espère que le gouvernement va permettre aux marchands de différer leur paiement jusqu’au moment où les ventes vont reprendre leur rythme, sinon leurs liquidités vont en être touchées », fait-il savoir.

IVANHOÉ CAMBRIDGE : « DES MESURES EXCEPTIONNELLES »

« On accueille très favorablement l’annonce du gouvernement Trudeau [de vendredi]. Ça va aider les locataires de nos centres commerciaux », dit Katherine Roux Groleau, directrice des affaires publiques d’Ivanhoé Cambridge, filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

« C’est une situation exceptionnelle qui demande des mesures exceptionnelles », ajoute-t-elle, dans un entretien.

Le propriétaire de six centres commerciaux au Québec, dont Laurier Québec et Place Ste-Foy, à Québec, et le Centre Eaton, au centre-ville de Montréal, semble être prêt à renoncer au quart de ses loyers comme le propose le programme, mais préfère prendre connaissance du détail avant de se prononcer catégoriquement sur le sujet.