Si le métro de Montréal n'existait pas, les voitures envahiraient le centre-ville de la métropole. Les rues seraient complètement congestionnées, et les automobilistes, exaspérés. C'est du moins ce que les Montréalais ont pu déduire, hier.

Catherine Handfield LA PRESSE

La découverte d'un colis suspect dans la station Berri-UQAM a provoqué l'interruption du service sur les trois principales lignes de métro en pleine heure de pointe. Le colis ne contenait finalement aucun explosif, mais sa présence a littéralement paralysé le centre-ville de Montréal jusqu'en fin de soirée.Tout a commencé vers 17h10 dans le couloir qui relie la sortie Sainte-Catherine au guichet central du métro Berri-UQAM, non loin du magasin Le Parchemin. Un homme a déposé une grande valise et s'est approché d'un employé de la Société de transport de Montréal (STM).

«Le suspect lui a dit que sa valise contenait des explosifs et il s'est sauvé en courant», a expliqué Raphaël Bergeron, porte-parole du Service de police de la ville de Montréal (SPVM).

La police n'a pris aucun risque. La station Berri-UQAM a été évacuée et un périmètre de sécurité a été érigé dans la rue Berri, entre le boulevard De Maisonneuve et la rue Sainte-Catherine. Le service de métro a été suspendu sur les trois lignes qui convergent vers la station: sur la ligne jaune (Longueuil), la ligne orange (entre les stations Beaubien et Bonaventure) et la ligne verte (entre Frontenac et Atwater).

Le Réseau de transport de Longueuil a offert un service de navette supplémentaire vers la Rive-Sud à la station de métro Papineau. La STM a ajouté un total de 220 autobus pour faire le trajet des lignes orange et verte.

Mais ces services n'ont pu répondre entièrement à la demande. Plusieurs usagers n'ont pas trouvé de place dans un autobus, dont Véronique Morin. La jeune femme s'est résolue à marcher de la station Beaubien, dans la Petite-Patrie, jusqu'au boulevard René-Lévesque. «C'est un peu de la merde, tout ça», a-t-elle soupiré.

Vers 18h30, le boulevard René-Lévesque, la rue Sainte-Catherine, la rue Ontario et la rue Sherbrooke étaient déjà complètement congestionnés. Au centre-ville, il était pratiquement impossible de circuler d'ouest en est entre la rue Peel et l'avenue Papineau, a constaté La Presse.

«C'était déjà une heure de pointe difficile à cause de la piétonnisation de la rue Sainte-Catherine, a constaté Yves Désautels, chroniqueur circulation à la radio de Radio-Canada. L'intervention policière a empiré les choses.»

L'impatience à son comble

Plusieurs automobilistes sont venus chercher leurs proches dépourvus de moyen de transport. En début de soirée, il fallait compter près d'une heure pour rentrer à Montréal par le pont Jacques-Cartier. Les taxis encore libres étaient pratiquement introuvables. Même les stations Bixi étaient vides dans le centre-ville en début de soirée...

Vers 19h, l'impatience était palpable devant la station Berri-UQAM, où des jurons résonnaient à l'occasion. Même agitation à la station Papineau parmi les passagers qui attendaient la prochaine navette vers la Rive-Sud.

«Il devrait y avoir plus d'autobus, a soupiré Laurence Barchichat, étudiante en droit qui devait se rendre au campus de Longueuil de l'Université de Montréal. Son cours avait commencé depuis une demi-heure, et elle n'avait aucune idée de l'heure à laquelle passerait la navette.

Deux heures plus tard, le centre-ville était toujours aussi congestionné, a constaté La Presse. Rue Sainte-Catherine, les navettes spéciales roulaient à la queue leu leu à une vitesse de tortue. Des automobilistes exaspérés empruntaient la rue Sanguinet dans le mauvais sens pour trouver une artère moins congestionnée.

Valérie Fay a mis une heure et demie pour traverser les deux kilomètres entre les rues Peel et Saint-Denis. Elle devait rejoindre des amis à un restaurant du Quartier latin, mais elle a finalement révisé ses plans. «Une chance que j'ai de la bonne musique dans la voiture», a soupiré la jeune fille de 21 ans.

Vers 20h30, les policiers du Groupe technique d'intervention ont réussi à neutraliser la valise à l'aide de leur robot. Et 15 minutes plus tard, le verdict auquel plusieurs s'attendaient est tombé: la valise ne contenait aucune matière explosive. «C'était un canular», a résumé Raphaël Bergeron, du SPVM.

Le service de métro a repris vers 20h50 et, graduellement, la circulation est revenue à la normale. L'homme qui a déposé la valise pourrait être accusé de méfait, souligne M. Bergeron. Les bandes vidéo du métro seront analysées.