(Ottawa et Québec) Même s’il se dit « déçu » de la décision d’Air Canada d’abandonner une trentaine de liaisons aériennes dans les régions du pays, Justin Trudeau ne s’est pas engagé vendredi à aider les communautés à conserver une desserte. Après avoir affirmé le contraire, Air Canada assure maintenant que les vols seront partiellement maintenus vers les Îles-de-la-Madeleine.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Gabriel Béland Gabriel Béland
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L’abandon de nombreuses dessertes aériennes, dont huit lignes régionales au Québec, a jeté une onde de choc aux quatre coins de la province cette semaine, de Baie-Comeau à Val d’Or. Appelé à réagir à cette annonce pour la première fois, le premier ministre canadien n’a suggéré aucune solution pour renverser la valeur, se contentant d’« espérer » qu’Air Canada reprenne ses liaisons.

« On sait qu’Air Canada profite des liens les plus profitables au pays, mais on s’attend aussi à ce qu’ils desservent des personnes qui vivent dans des régions plus éloignées. C’est donc quelque chose qu’on espère qu’ils vont pouvoir remettre à desservir ces régions-là au fur et à mesure que l’économie commence à reprendre », a affirmé Justin Trudeau.

Questionné sur la possibilité d’appuyer une solution aérienne québécoise, le premier ministre n’a pas semblé prêt à explorer cette idée. « C’est important que les Canadiens qui vivent dans toutes les différentes régions soient desservis par les compagnies aériennes. Ce qui frappe au Québec frappe aussi dans les Maritimes, c’est donc quelque chose qu’on regarde avec Air Canada, on espère qu’ils vont pouvoir reprendre le service bientôt », a-t-il rétorqué.

Des vols vers les Îles-de-la-Madeleine seulement l'été

La Presse annonçait vendredi matin que la liaison saisonnière avec les Îles-de-la-Madeleine qui permet notamment aux touristes de s’y rendre l’été serait « suspendue indéfiniment » après le 7 septembre. Or, cette information confirmée par Air Canada était une erreur, selon Pascale Déry, une porte-parole de l’entreprise. « C’est un service saisonnier qui revient », affirme-t-elle. Par contre, la liaison ne sera maintenue que trois mois par année pendant l’été.

Contacté vendredi, le maire des Îles-de-la-Madeleine ne s’est pas réjoui de ce développement. Il estime que l’incertitude quant à la présence d’Air Canada en région va nuire au tourisme et à l’économie.

« Qui va réserver un billet d’avion pour l’été prochain ? Qui va croire Air Canada ? S’ils viennent, tant mieux. Mais il faudra trouver une solution durable », lance Jonathan Lapierre.

Le maire déplore qu’Air Canada cesse indéfiniment la liaison aux Îles de septembre à juin. « On n’est pas des citoyens de seconde zone. On ne va pas jouer au yoyo. Si vous allez à un restaurant, mais une semaine il est fermé et l’autre il est ouvert, qu’est-ce que vous allez faire ? Vous allez changer de restaurant. »

Plusieurs élus municipaux demandent aux gouvernements d’entamer une profonde réflexion sur l’avenir du transport aérien en région. Des appels à la création d’un nouveau transporteur québécois se font entendre. Entretemps, plusieurs plus petits joueurs comme Pascan Aviation, Air Creebec et Air Inuit pourraient être appelés en renfort.

La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, a sonné l’alarme en point de presse, vendredi matin à Montréal. Il ne faut pas attendre à l’automne avant de s’asseoir autour d’une table pour trouver des solutions, a-t-elle martelé. C’est important de le faire le plus rapidement possible pour la période touristique, et aussi, parce que les régions devraient « avoir un minimum de services garantis ». Le développement de nos régions est fondamental et il passe par l’accès et la mobilité, a-t-elle ajouté.

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La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade.

Mme Anglade a aussi mentionné qu’elle ne croit pas que c’est au gouvernement fédéral de régler cette problématique. « Le gouvernement du Québec doit exercer son leadership », a lancé la chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale.

- Avec la collaboration de Véronique Lauzon