Les Québécois sont déjà si imposés qu'il est impensable de placer un fardeau fiscal supplémentaire sur leurs épaules, ont plaidé en choeur la Coalition avenir Québec (CAQ) et le Conseil du patronat du Québec, au cours de la fin de semaine.

Philippe Teisceira-Lessard LA PRESSE

Le quotidien Le Soleil a révélé samedi que le gouvernement Marois annoncera sous peu une augmentation rétroactive, pour toute l'année 2012, de l'impôt des Québécois les plus aisés. Les troupes péquistes entendent ainsi combler le manque à gagner de presque 900 millions créé par l'abolition de la taxe santé.

Comme il l'a annoncé pendant la campagne, le Parti québécois créera deux nouveaux paliers d'imposition, soit «un pour les 130 000$ et plus et un pour les 250 000$ et plus», a confirmé Shirley Bishop, directrice des communications auprès de Pauline Marois.

Levée de boucliers

Selon la CAQ et le Conseil du patronat, cette mesure nuira à l'économie québécoise.

«On a toujours dit, et les gens le savent, que de façon générale, les Québécois sont surtaxés», a expliqué à La Presse Christian Dubé, porte-parole de la CAQ en matière de Finances. L'ancien homme d'affaires a ajouté qu'il est «inacceptable» que cette mesure soit rétroactive. «C'est un total manque de respect envers les contribuables.»

Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du patronat du Québec, croit aussi que le fait d'appliquer la hausse d'impôts à l'ensemble de l'année en cours est une mauvaise idée. Chaque contribuable, même le plus aisé, «a le droit» de planifier son budget et de ne pas être surpris par une facture supplémentaire en fin d'année fiscale, a-t-il plaidé.

Certains contribuables fortunés pourraient même quitter la province, selon lui. «Le Québec n'est pas tout seul, isolé, dans le monde entier», a fait valoir M. Dorval. Il a ajouté que les contribuables à revenus élevés sont les plus mobiles sur le plan professionnel. «Il n'y aura nulle part ailleurs en Amérique du Nord où ceux qui gagnent 130 000$ et plus seront autant imposés.»

Productivité

«Vous êtes un médecin et vous gagnez 250 000$ ou 400 000$. Si les taux d'imposition sont augmentés, vous allez payer 40 000 ou 60 000$ de plus, calcule M. Dorval. «Si vous êtes sur le bord [du palier d'imposition], vous allez vous demander: est-ce que ça vaut la peine que je continue à travailler quatre ou cinq jours par semaine, ou devrais-je vais diminuer mon rythme de travail?»

Manque de légitimité?

Le président du Conseil du patronat a également demandé au gouvernement de ne pas oublier les électeurs qui n'ont pas voté pour lui le 4 septembre dernier.

«Il est important de souligner qu'il [le PQ] n'a obtenu que 32% des voix. Il est également important de noter qu'il y a au moins 58% de la population qui n'a pas voté et n'a pas dit oui à ce type de programme», a-t-il affirmé.

Jean-Yves Dorval s'est questionné à haute voix sur la possibilité que le gouvernement serre à gauche sur le plan politique afin de ravir des voix aux partis Québec solidaire et Option nationale.

Christian Dubé, pour sa part, a critiqué la façon dont la nouvelle a été annoncée. «Je suis surpris qu'une grosse nouvelle comme ça ait été rendue publique par une employée politique», a-t-il dénoncé. Selon lui, Pauline Marois ou Nicolas Marceau aurait dû intervenir afin d'apporter des précisions.