Stephen Harper a beau dire qu'il veut que les sénateurs Duffy, Brazeau et Wallin soient suspendus sans salaire, ses propres troupes au Sénat laissent entendre qu'ils ne l'écouteront peut-être pas.

Mis à jour le 28 oct. 2013
LA PRESSE CANADIENNE

Vendredi, le leader du gouvernement au Sénat, Claude Carignan, offrait des punitions moins lourdes pour Pamela Wallin et Patrick Brazeau. Lundi après-midi, les sénateurs conservateurs se sont réunis pour discuter de la suite de choses.

À son arrivée à la réunion, Hugh Segal, qui depuis le début de cette affaire défend sa collègue Pamela Wallin, rappelait que sa loyauté va à plus haut que le premier ministre.

«Les points de vue du premier ministre sont pris très, très au sérieux, et sont très, très importants, assurait-il. Mais notre serment à sa majesté de faire ce qui est juste est, en fait, plus important que l'opinion de n'importe quel autre politicien.»

Même le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, qui jusqu'à maintenant suivait les directives du premier ministre, donne des signes de pensée indépendante.

«Moi j'étais d'accord qu'il y ait une sanction proportionnelle à la gravité. Et je pense que dans les trois cas, on a des niveaux de gravité différents», a-t-il expliqué aux journalistes qui l'ont intercepté à l'entrée de la réunion. Il a souligné qu'à son avis, l'amendement libéral aux motions de suspensions sans salaire, soit de renvoyer tout ça à un comité sénatorial, vise le même but.

«Si on va dans cette direction, moi je suis très à l'aise», concluait-il. Quant à l'opinion exprimée par son chef le matin même, M. Boisvenu ne semble pas vouloir en tenir compte. «Pour l'instant, c'est les sénateurs qui réfléchissent», a-t-il lancé.

Quelques heures plus tôt, sur les ondes d'une radio de Halifax, M. Harper tenait la ligne dure.

«Quand vous avez ramassé des centaines de milliers de dollars en dépenses inappropriées et que ça a pris un an pour arriver au fond de tout ça, je crois que les gens s'attendent à une action», a-t-il dit sur les ondes du 97,5.

«Il y a cette opinion au Sénat, une opinion qui remonte loin dans l'histoire, et quelques personnes, même dans notre parti, y croient encore. C'est que la seule règle pour siéger au Sénat est que vous n'ayez pas été reconnu coupable d'un crime», a-t-il dit.

«Je suis désolé, ça ne suffit tout simplement pas.»

Dans cette même entrevue, le premier ministre a changé sa version de l'affaire Duffy. M. Harper soutient dorénavant que son ancien chef de cabinet, Nigel Wright, a été «congédié» après qu'il eut fait un chèque de 90 000 $ au sénateur Mike Duffy pour qu'il rembourse ses dépenses inappropriées.

Cette affirmation est en contradiction avec la version qu'il donnait jusqu'à maintenant, soit que M. Wright avait reconnu son erreur en faisant le chèque et avait démissionné.

Les débats au Sénat sur les suspensions des trois sénateurs reprenaient lundi après-midi. Le leader Carignan avait prévu déposer une motion pour accélérer le débat et arriver au vote mardi ou mercredi.

Photo Chris Wattie, archives Reuters

Nigel Wright, l'ancien chef de cabinet du premier ministre Stephen Harper.