(Québec) Deux ans après l’affaire Louis Robert, le gouvernement Legault est toujours « sous influence » de l’industrie des pesticides, déplore le Parti québécois. Le Parti libéral réclame une enquête sur l’Ordre des agronomes du Québec à la lumière de nouvelles révélations faites par l’agronome dans un livre publié mercredi.

Mis à jour le 28 avr. 2021
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

L’agronome Louis Robert, qui avait dénoncé en 2019 l’ingérence des entreprises privées dans la recherche publique, publie un livre intitulé Pour le bien de la terre, ce mercredi aux éditions MultiMondes. Dans son ouvrage, le lanceur d’alerte - qui avait été congédié puis réembauché - lève le voile sur les pressions indues de l’industrie des engrais et des pesticides.

« Les entreprises qui proposent des produits fertilisants et des pesticides [ont] la mainmise sur une partie de notre agriculture », y écrit M. Robert. Pendant plus de 30 ans, au ministère de l’Agriculture, il explique avoir souvent vu l’industrie faire pression pour qu’il n’exprime pas ses remises en question, que ce soit en passant par son ordre professionnel, l’Ordre des agronomes du Québec (OAQ), ou son employeur, le MAPAQ.

En réaction à la publication du livre de l’agronome, le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, a assuré, dans un courriel transmis à La Presse, que « les questions de fond soulevées par Louis Robert depuis quelques années se retrouvent au cœur de l’action gouvernementale » et qu’il « s’opère en ce moment un changement de culture au MAPAQ et dans l’ensemble des pratiques agricoles au Québec ».

Reste que ces nouvelles révélations inquiètent les partis d’opposition à Québec. Le député péquiste, Sylvain Roy, ne mâche pas ses mots : « Force est de constater que le gouvernement, c’est un gouvernement sous influence et que le ministère de l’Agriculture est encore noyauté par l’industrie des pesticides », a-t-il pesté.

Ce dernier a participé à la commission parlementaire sur les pesticides, qui a déposé un rapport l’an dernier. « On a fait des recommandations, un travail sérieux. Le ministre [de l’Agriculture, André Lamontagne] est arrivé avec son Plan d’agriculture durable, qui à mon avis ressemblait plus à un plan marketing qu’un vrai plan, pour faire une transition environnementale dans l’agroalimentaire au Québec », a-t-il ajouté.

« Il faut que le ministre prenne ses responsabilités, qu’il fasse du ménage et qu’ils répondent à son imputabilité envers la nation québécoise. Je ne demande pas sa démission, je demande qu’il fasse ses devoirs et qu’il aille chercher une autorité pour ses fonctionnaires, qu’il démontre et qu’il est l’homme de la situation », a poursuivi M. Roy, qui est porte-parole en matière d’agriculture.

Dans le même courriel, le cabinet de M. Lamontagne rappelle que le Plan d’agriculture durable est assorti d’une enveloppe de 125 millions et qu’il a été « très bien accueilli, notamment par le Scientifique en Chef du Québec, Équiterre et le titulaire de la chaire de recherche en économie écologique de l’Université du Québec en Outaouais, qui ont participé à l’annonce en compagnie du ministre ».

On souligne également la présentation, en octobre dernier, de la Politique sur la conduite responsable en recherche en collaboration avec le Fonds de recherche Québec, « qui vise à garantir l’indépendance de la recherche au sein des centres de recherche et d’expertise soutenus financièrement par le MAPAQ ».

Enquête demandée

Le Parti libéral a pour sa part réclamé que le gouvernement Legault déclenche une enquête sur les pratiques de l’OAQ. Les libéraux soulignent que « dans son livre [Louis Robert] met de l’avant certaines pratiques douteuses de l’Ordre des agronomes du Québec. Face à ce nouvel épisode de la saga Louis Robert, le Parti libéral du Québec demande à la ministre responsable des ordres professionnels, Mme Danielle McCann, de faire la lumière sur les pratiques de cet ordre professionnel ».

Le député libéral, André Fortin, s’est dit préoccupé du sort des jeunes agronomes qui peuvent encore avoir des craintes de dénoncer certaines situations.

Québec solidaire déposera d’ailleurs une motion mercredi pour que l’Assemblée nationale « prenne acte du témoignage troublant de l’agronome Louis Robert » et qu’elle « rappelle le rôle fondamental des lanceurs d’alerte » et qu’elle « souligne le courage de M. Robert » et le remercie pour sa contribution.

« Ce que Louis Robert a révélé il y a trois ans était fort préoccupant, on est content qu’il aille au bout de sa démarche avec la parution de son livre et on espère qu’il n’en subira aucun préjudice. M. Robert dénonce des situations extrêmement préoccupantes pour lesquelles nous avons peu de réponses », a souligné la députée de Québec solidaire, Émilise Lessard-Therrien.