(Québec) Le gouvernement Legault lance quatre nouveaux projets pilotes avec la Sûreté du Québec (SQ) pour tester l’utilisation de caméras corporelles par les policiers.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, en a fait l’annonce mercredi alors qu’elle était questionnée sur la condamnation aux États-Unis de Derek Chauvin pour le meurtre de George Floyd.

En matière de violence policière, plusieurs groupes ont exprimé par le passé leur souhait que les policiers soient munis de caméras corporelles pour filmer leurs interventions. L’Association des policiers provinciaux du Québec (APPQ) en avait même fait la demande en juin dernier, estimant que l’affaire Floyd démontrait l’importance de déployer cette technologie.

Mme Guilbault a affirmé mercredi qu’un projet pilote effectué à Montréal sur ces caméras avait soulevé certains enjeux. La ministre souhaite maintenant les éclaircir avec ces quatre nouveaux tests qui se déploieront dans quatre régions du Québec.

L’importance des vidéos citoyennes

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Benoit Charette

Le ministre responsable de la Lutte contre le racisme, Benoit Charette, a pour sa part souligné mercredi l’importance des vidéos filmées par les citoyens lorsqu’ils sont témoins d’interventions policières qu’ils jugent inadéquates.

« Tout citoyen qui pense être témoin d’une action est tout à fait en droit [de la filmer]. Ce sont des vidéos qui finissent par servir la justice. Dans le cas de M. Floyd, il n’y aurait pas eu d’accusations et de condamnations » sans la vidéo qui a fait le tour du monde, a dit M. Charette.

« Si quelqu’un a l’impression d’assister à une injustice ou à un acte illégal ou répréhensible dans la société, que ce soit commis par un policier ou par quelqu’un d’autre […], si quelqu’un veut documenter ce problème-là ou cette situation-là, ce n’est pas le gouvernement qui va l’en empêcher », a souligné à son tour Mme Guilbault.

Benoit Charette a également été questionné sur l’arrestation musclée qui est survenue dans le métro de Montréal, samedi, et qui a été filmée par des usagers. La STM a depuis ouvert une enquête.

« C’est important, ces vidéos citoyennes. Mais chaque fois, notre discours sera le même. Il faut attendre […] les résultats d’une enquête », a-t-il affirmé.

« Pas de parallèle » avec le Québec

Pour Benoit Charette et Geneviève Guilbault, les épisodes de brutalité policière qui se succèdent aux États-Unis n’ont pas d’équivalent au Québec, ont-ils précisé mercredi.

« Il faut faire la différence entre le climat et le contexte aux États-Unis et celui au Québec. Je ne dis pas qu’au Québec, on est exempt de problématiques, pas du tout. Mais il ne faut pas rendre ces questions-là trop divisives ou enflammer une certaine adversité qui peut être suscitée par ce genre de débats », a dit la ministre de la Sécurité publique.

« Même si on n’a pas d’équivalent et qu’on n’en souhaite pas, c’est un rappel à nos policiers et à tous les citoyens que [ces] gestes ne sont pas possibles et ne peuvent pas être tolérés. Ils seront poursuivis si jamais ils devaient [survenir] », a ajouté le ministre responsable de la Lutte contre le racisme.

En décembre dernier, le gouvernement Legault a dévoilé le rapport d’un groupe d’action contre le racisme qui avait été mis en place dans la foulée de l’affaire George Floyd. Dans ce rapport, intitulé Le racisme au Québec : tolérance zéro, Québec ne reconnaissait pas la notion de « racisme systémique », mais prévoyait 25 mesures pour combattre le racisme, incluant des ajustements à la formation des policiers.

La ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, a finalement annoncé au début du mois qu’un bloc de 45 heures d’enseignement sera ajouté à la formation des apprentis policiers pour mieux les former aux réalités des communautés racisées, ethnoculturelles et autochtones.

« Le Québec, ce n’est pas le Minnesota »

PHOTO PATRICE LAROCHE, ARCHIVES LE SOLEIL

Paul St-Pierre Plamondon

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a salué mercredi la condamnation de Derek Chauvin aux États-Unis comme « un signal important ». Il a toutefois prévenu qu’il faut distinguer selon lui « le contexte américain du contexte du Québec ».

« Ça ne veut pas dire qu’on n’a pas d’enjeu relativement au racisme au Québec, je l’ai souvent dit. Mais il faut faire attention de prendre l’actualité américaine, le contexte américain, les solutions américaines, et de faire du copier-coller aveugle dans le contexte du Québec », a-t-il dit.

« C’est très important, si on veut avancer sur certaines questions sociales, qu’on se donne le droit de faire notre propre diagnostic factuel sur la base du Québec et de générer nos propres solutions sur la base des faits qui ont cours au Québec. Et ça, ce n’est pas de nier qu’on a des défis qui sont les nôtres, c’est simplement de dire que, le Québec, ce n’est pas le Minnesota », a ajouté M. St-Pierre Plamondon.

Le leader parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a souligné pour sa part que la mort de George Floyd « a déclenché un mouvement social partout à travers le monde ».

Mais le jugement prononcé mardi n’est pas selon lui « de la justice, parce que la justice, ça aurait été que George Floyd soit en vie, que Fredy Villanueva soit en vie. »

« C’est de la reddition de comptes. En attendant de vivre dans un monde vraiment juste, la reddition de comptes, c’est quand même un pas dans la bonne direction », a-t-il dit.