(Québec) Le gouvernement Legault profitera de la réforme du cours Éthique et culture religieuse pour sensibiliser encore davantage les élèves du primaire et du secondaire à la lutte contre le racisme. Il s’agit de l’une des 25 mesures que le Groupe d’action contre le racisme présentera ce lundi, mesures qui touchent quatre domaines : l’accès au marché de l’emploi, la sécurité publique, le droit au logement et l’éducation.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Aucune des mesures ne nécessite un changement législatif. Elles ont été retenues parce qu’elles sont applicables dans un délai raisonnable.

Il n’est pas question que le gouvernement reconnaisse l’existence d’un racisme ou d’une discrimination « systémique » à l’égard des communautés culturelles. Le premier ministre François Legault a été clair à ce sujet – bien qu’utiliser l’expression « discrimination systémique » à l’égard des autochtones ait été considéré un moment par le Groupe d’action. La commission d’enquête du juge à la retraite Jacques Viens a reconnu la discrimination systémique à l’égard des autochtones dans son rapport déposé l’an dernier.

En éducation, le Groupe d’action veut que l’enjeu du racisme fasse partie du nouveau programme qui doit être donné au primaire et au secondaire en lieu et place du cours Éthique et culture religieuse (ECR) à compter de 2022. Le ministère de l’Éducation a mené une consultation plus tôt cette année sur une réforme d’ECR. Le nouveau programme abordera d’autres thèmes, comme la démocratie, la citoyenneté numérique et l’éducation à la sexualité.

En matière d’employabilité, le Groupe d’action souhaite réduire le chômage plus élevé chez les immigrants, en particulier les minorités visibles. Le gouvernement lui-même n’est pas exemplaire ; les cibles d’embauche de personnes issues de communautés culturelles n’ont pas été respectées jusqu’ici.

Le Groupe d’action n’ira cependant pas jusqu’à proposer le CV anonyme. Cette mesure, qui avait été proposée par le Parti québécois lors des dernières élections, vise à ce qu’une personne ne soit pas écartée à la seule lecture de son nom ; l’idée est de faire en sorte que la compétence et l’expérience soient d’abord considérées, avant la convocation à une entrevue.

En matière de sécurité publique, des ajustements à la formation des policiers seraient proposés par le Groupe d’action.

C’est dans le secteur de l’accès au logement que le groupe d’action a eu plus de mal à accoucher de propositions.

Le groupe ne chiffre pas les sommes nécessaires pour mettre en œuvre les 25 mesures. Chaque ministère concerné sera chargé de dégager les fonds et devra rendre des comptes sur la mise en œuvre des recommandations qui le concernent.

Les ministres Lionel Carmant (délégué à la Santé et aux Services sociaux), Nadine Girault (Immigration) et Ian Lafrenière (responsable des Affaires autochtones) présenteront les 25 mesures en conférence de presse ce lundi, à 14 h. Les autres membres du Groupe d’action contre le racisme (les députés caquistes Denis Lamothe, Christopher Skeete, Isabelle Lecours et Sylvie D’Amours) prendront part à l’évènement de façon virtuelle.

Les partis de l’opposition auraient souhaité la création d’un comité transpartisan sur un enjeu aussi important que le racisme.

Le Groupe d’action a présenté ses conclusions à François Legault il y a une semaine. Le Conseil des ministres a approuvé le rapport mercredi, lors de sa réunion hebdomadaire.

Lionel Carmant, qui est coprésident du Groupe avec Nadine Girault, promet que les recommandations qui seront présentées « vont changer la donne pour les jeunes des différentes communautés ethnoculturelles qui grandissent au Québec ».

« Les propositions qu’on fait vont être solides, et on va faire le suivi nous autres », a-t-il confié à La Presse lors d’une entrevue de fin d’année.

Mais il ne faut pas s’attendre à des recommandations qui vont réinventer la roue, illustre-t-il. On parle d’actions concrètes dont la mise en œuvre sera mesurable. La sécurité publique, la justice, le milieu scolaire, le logement et l’emploi ont été ciblés comme des secteurs prioritaires de la lutte contre le racisme.

Le premier ministre avait raison quand il nous a demandé de revoir ce qui avait déjà été fait. […] On les connaît, les problèmes, et on va les régler.

Lionel Carmant, coprésident du Groupe d’action contre le racisme et ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux

Au moment de leur donner le mandat, François Legault avait d’ailleurs demandé aux sept députés caquistes du groupe de réviser les rapports d’enquête précédents et de cibler « une série d’actions efficaces » pour s’attaquer au racisme.

Lors des consultations menées par le groupe, « beaucoup nous ont remerciés de remettre [l’enjeu] de l’avant », a-t-il souligné. « Et beaucoup ont apprécié les rencontres plus individuelles qu’on a eues lors desquelles on s’est dit les vraies choses. »

Un volet spécifique du rapport sera destiné aux Premières Nations, a aussi confirmé M. Carmant. « Ce qui était très intéressant, c’est que clairement, dès qu’on a commencé les rencontres, même si c’était le même problème, il y a vraiment des aspects très différents entre ce que demandent les Premières Nations et les communautés [ethnoculturelles] », a-t-il fait savoir.