(QUÉBEC) Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, s’apprête à réviser à la hausse ses prévisions de croissance économique et laisse entrevoir des surplus plus importants.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

« La perspective pour 2020, elle est meilleure qu’elle était en fin d’année », au Québec comme ailleurs dans le monde, a-t-il expliqué lors d’un entretien récent avec La Presse.

L’annonce d’un accord commercial entre les États-Unis et la Chine de même que la baisse de l’incertitude liée au Brexit ont contribué à améliorer le portrait de l’économie mondiale. Et ce vent favorable souffle aussi sur le Québec, selon M. Girard.

L’ensemble des économistes, puis on dirait tout le monde, est en train de réviser un peu à la hausse ses prévisions de 2020.

Eric Girard, ministre des Finances

Pour son budget attendu en mars, « ça pourrait donner un bon score », meilleur que celui anticipé. « Ça pourrait donner un petit peu de marge. »

Déjà, lors de la mise à jour économique et financière de novembre dernier, M. Girard annonçait que les nouvelles étaient meilleures que ce à quoi on s’attendait au chapitre de la croissance économique. « La progression du PIB réel devrait s’établir à 2,4 % en 2019 et à 1,8 % en 2020. Il s’agit de révisions à la hausse de 0,6 point de pourcentage pour 2019 et de 0,3 point de pourcentage pour 2020 par rapport à la prévision de mars 2019 », notait le ministère des Finances.

Aujourd’hui, on s’attend à ce que le portrait soit encore meilleur.

Des économistes du secteur privé ont revu à la hausse leurs prévisions au cours des dernières semaines. Pour 2019, on s’attend à un résultat autour de 2,8 % et 2,9 % chez Desjardins et la Banque Nationale. Cette dernière s’attend à une progression du PIB réel de 1,9 % en 2020 ; la Banque Royale, de 2 %.

Fonds des générations

Dans son plus récent rapport mensuel des opérations financières, le ministère des Finances chiffre à 1,7 milliard de dollars, en date du 20 décembre, le surplus attendu pour 2019-2020 après le versement au Fonds des générations (avant ce versement, le surplus comptable anticipé est de 4,3 milliards). C’est presque 300 millions de plus que ce qu’il prévoyait en novembre.

Eric Girard profite de ses consultations prébudgétaires pour ouvrir une discussion aux implications financières considérables : à quoi devraient servir les versements futurs au Fonds des générations, qui sert à réduire la dette ? On parle d’une cagnotte de 3 milliards par année environ.

L’objectif de ce fonds créé en 2006 est de faire en sorte que la dette brute soit abaissée à 45 % du PIB et que la dette représentant les déficits accumulés se chiffre à 17 % du PIB. La première cible devrait être atteinte cette année, six ans plus tôt que prévu ; la seconde, deux ans à l’avance, soit en 2023-2024.

Québec doit donc décider ce qu’il fera, à compter de cette année-là, des versements annuels de quelque 3 milliards qui sont destinés en ce moment au Fonds des générations.

Eric Girard n’a pas fait son choix, mais il s’y prépare. Dans un questionnaire en ligne, il propose différentes options aux répondants : 

– continuer de réduire la dette ;

– financer des initiatives en environnement ;

– baisser le fardeau fiscal des Québécois ;

– assurer un financement stable des principales missions de l’État, comme la santé et l’éducation ;

– faire face aux coûts associés au vieillissement de la population ;

– financer des investissements dans les infrastructures publiques ;

– augmenter l’autonomie financière du Québec dans la fédération.

Eric Girard ne prévoit pas donner sa réponse dès le prochain budget. « Ce serait prétentieux de manger le buffet avant d’être arrivé ! », a-t-il résumé, soulignant que l’atteinte des cibles de réduction de la dette reposait sur des prévisions.