(Ottawa) Les Québécois sont moins nombreux à s’être fait une opinion négative d’Erin O’Toole qu’ailleurs au Canada, selon un sondage.

Catherine Lévesque
La Presse canadienne

Le nouveau chef conservateur a fait mauvaise impression chez 12 % des électeurs québécois, alors que dans le reste du Canada, ce chiffre grimpe à 20 % en moyenne, révèle un sondage mené conjointement par la firme Léger et l’Association d’études canadiennes.

Cette différence de huit points s’expliquerait par le fait qu’il y a tout simplement davantage de Québécois qui connaissent peu ou pas M. O’Toole.

Ce sont 54 % des répondants de la Belle Province qui disent ne pas en savoir suffisamment à son sujet pour répondre et 13 % qui disent n’avoir jamais entendu parler de lui. Ailleurs au pays, 51 % des répondants le connaissent trop peu pour répondre et 8 % ne le connaissent pas.

« Il n’y a pas d’effet O’Toole parce que pour la majorité des Canadiens, c’est encore : “Erin qui ? ”», note Christian Bourque, vice-président exécutif de la firme Léger, en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

En comparaison, 21 % des électeurs — tant au Québec qu’ailleurs au pays — ont une opinion favorable de M. O’Toole.

Selon les résultats détaillés du sondage, les hommes (27 %) et les électeurs de 65 ans et plus (28 %) sont davantage portés à avoir une opinion favorable du chef conservateur. Le taux baisse de façon importante chez les femmes (16 %) et les répondants âgés de 18 à 24 ans (8 %).

M. Bourque fait valoir que ces résultats ne sont pas surprenants. Les femmes et les jeunes électeurs constituaient déjà un défi pour les conservateurs, peu importe le chef, dit-il.

« En élisant un homme d’un âge comparable, même un peu plus âgé que [son prédécesseur Andrew] Scheer, est-ce que ça aide les conservateurs auprès des jeunes femmes canadiennes ? » se demande M. Bourque.

Avortement et pipelines

Déjà, depuis son entrée en fonction, M. O’Toole a réussi à se différencier de M. Scheer en affirmant haut et fort qu’il est en faveur du droit à l’avortement et en faveur du mariage entre personnes de même sexe.

Sa position « pro-choix » incite 44 % des répondants au sondage à voter pour le Parti conservateur au prochain scrutin.

Fait intéressant, 51 % des électeurs conservateurs sont plus enclins à appuyer le parti, alors que 52 % des électeurs bloquistes, 49 % des électeurs néo-démocrates et 39 % des électeurs libéraux verraient les conservateurs d’un nouvel œil.

« On voit que c’est cet aspect-là qui rassure le plus les électeurs des autres formations politiques au sujet de M. O’Toole. Ce qui est intéressant, c’est que ça explique quasiment un an, jour pour jour, en partie pourquoi M. Scheer n’a pas réussi à gagner », affirme M. Bourque.

Cet enthousiasme s’évapore cependant au Québec lorsque les répondants sont questionnés au sujet de la promesse du nouveau chef conservateur de construire des pipelines à l’échelle nationale.

Seulement 16 % des répondants québécois se disent plus enclins à voter conservateur avec cette promesse en tête, contre 29 % qui se disent moins enclins à appuyer le parti.

Le fossé se creuse d’autant plus chez les électeurs du Bloc québécois, qui sont courtisés par M. O’Toole : seulement 9 % d’entre eux se disent plus enclins et 37 % se disent moins enclins à voter conservateur avec cette promesse de construire de nouveaux pipelines à l’échelle nationale.

« Ça, c’est un élément qui pourrait faire mal aux conservateurs au Québec de façon importante », avertit M. Bourque.

Les questions du sondage ont été posées en ligne à un échantillon non probabiliste de 1521 Canadiens. Il est impossible de calculer une marge d’erreur lorsqu’on utilise pareille méthode.