(OTTAWA) On l’a affublée de sobriquets sexistes sur les réseaux sociaux. On l’a injuriée en présence de ses enfants. On a graffité son local électoral d’un terme misogyne. S’il y a une élue à Ottawa qui ne l’a pas eu facile ces dernières années, c’est bien Catherine McKenna. Mais voici que s’ouvre pour elle un nouveau chapitre en 2020.

Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

« Add women. Change politics. » (« Place aux femmes. Changeons la politique. ») Le slogan, qui figurait sur ses affiches électorales d’Ottawa Centre, trône dorénavant sur le rebord d’une fenêtre de son bureau de ministre de l’Infrastructure et des Collectivités, où elle a reçu La Presse avant le congé des Fêtes.

Les trolls ont eu Catherine McKenna dans leur ligne de mire dès le début. Le site de droite The Rebel l’a baptisée la « Barbie du climat », terme abondamment repris par ses détracteurs, dont un ex-ministre conservateur. À la Chambre des communes, elle était l’une des ministres qui se faisaient le plus chahuter.

Doublement visée parce que femme et porte-étendard de la taxe carbone, elle a dû se résoudre à demander une protection additionnelle après qu’un homme lui eut balancé « F**k you, Barbie du climat » alors qu’elle se rendait au cinéma avec ses enfants.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Catherine McKenna à son arrivée à Rideau Hall, en novembre dernier

Le problème, ce n’est pas seulement ce qu’il a dit, c’est que j’étais avec mes enfants. En plus, il filmait, et je savais que la vidéo serait sur les réseaux sociaux, quelque part. Je ne savais pas quoi faire. Mes enfants disaient : “Quel loser !”

Catherine McKenna en entrevue

« C’est bizarre parce que moi, je m’inquiète pour mes enfants, et eux s’inquiètent pour moi. Mais en ce qui me concerne, c’est une chose quand ça se passe sur les réseaux sociaux, c’en est une autre quand je suis avec mes enfants. Je ne suis pas là comme ministre. Je suis là comme mère », note Mme McKenna.

Environnement et misogynie

Elle nie avoir demandé à Justin Trudeau d’être mutée afin d’échapper à ce constant déversement de fiel : « J’étais prête à continuer comme ministre de l’Environnement. Mais je pense que c’est une bonne décision, parce que ça faisait quatre ans, j’ai été la deuxième ministre de l’Environnement avec la plus grande longévité. »

Elle ne nie toutefois pas que son successeur à la barre du ministère de l’Environnement, Jonathan Wilkinson, pourrait avoir la tâche un peu plus facile.

« Je ne suis pas certaine qu’il sera plus facile pour lui de porter le dossier. Mais aura-t-il ce volume de haine ? Non », lance-t-elle.

Des climatosceptiques vont rester dans le décor. Mais c’est plus difficile de dire des choses comme Barbie du climat… alors je ne sais pas, peut-être qu’il sera le Ken du climat. On ne sait jamais, on va voir.

Catherine McKenna

Celui qui a pris son relais a abondé dans le même sens. En entrevue au réseau CBC, en novembre dernier, il a répondu par l’affirmative lorsqu’on lui a demandé si le fait d’être un homme serait de nature à lui faciliter les choses. « J’aimerais vous dire non, a-t-il lâché. Mais au fond, je dirais que oui, probablement. »

Certaines études ont mis au jour un lien entre tenants de la droite antiféministe et climatosceptiques. Une analyse réalisée par un candidat au doctorat de l’Université de Toronto, Conor Anderson, suggère que les réponses aux tweets de Catherine McKenna ont gagné en intensité — et en vitriol — après l’entrée en vigueur de la taxe fédérale sur le carbone, selon ce que rapportait en octobre dernier le National Observer.

Refuser de se taire

À l’Assemblée nationale, la députée solidaire Christine Labrie a provoqué une onde de choc au mois de novembre en lisant en plein Salon bleu des propos dégradants dirigés contre des politiciennes. Peu après, elle et sa collègue caquiste Nathalie Roy ont porté plainte auprès de corps policiers après avoir été harcelées ou menacées sur l’internet.

Grande adepte des réseaux sociaux, Catherine McKenna n’a jamais voulu se résoudre à encaisser sans coup férir les insultes sexistes et misogynes dont elle faisait l’objet. Elle est même allée à l’encontre des conseils de son entourage. « Mon équipe me disait de ne pas réagir. J’ai dit non. J’étais vraiment tannée », relate-t-elle.

« Parfois, on doit être fidèle à soi-même en politique. Tout le monde a une vision de la façon dont on devrait agir en politique, ce qu’on devrait dire, de quoi on devrait avoir l’air », explique celle dont les filles attendent de retrouver sur les étagères… des Barbie du climat.

« Elles sont vraiment sportives et ne s’intéressent pas tellement aux Barbie, mais elles m’ont dit de l’assumer », rigole Mme McKenna.