(Sherbrooke) Comme prévu, le maire de Drummondville, Alexandre Cusson, a confirmé samedi sa candidature au leadership du Parti libéral du Québec (PLQ), en marge du conseil général du parti qui se tient à Sherbrooke durant tout le week-end.

Jocelyne Richer
La Presse canadienne

Entouré des députées Marwah Rizqy et Lise Thériault, sans compter une poignée de militants, M. Cusson s’est présenté devant les journalistes en matinée pour annoncer « avec beaucoup d’enthousiasme » qu’il serait candidat, donc qu’il y aurait une course à la succession de Philippe Couillard. Jusqu’à maintenant, il n’y avait qu’une seule candidate, la députée de Saint-Henri–Sainte-Anne, Dominique Anglade, qui doit ainsi renoncer à un couronnement.

Quand on lui demande pourquoi il veut devenir premier ministre du Québec, cet ancien président de l’Union des municipalités dit souhaiter une plus grande décentralisation du pouvoir en faveur des régions et du monde municipal.

Et s’il occupe un jour la fonction de premier ministre, M. Cusson se définira comme un nationaliste québécois, mais surtout fier de son appartenance au Canada, « une valeur très forte ».

Le nouveau candidat, âgé de 51 ans, dit n’avoir jamais voté pour un autre parti que le PLQ et avoir voté « non » au référendum de 1995 sur la souveraineté. Il a milité avec les jeunes libéraux dans les années 1980.

D’entrée de jeu, M. Cusson a affirmé qu’il entendait bien se consacrer à temps plein à la bataille pour le poste de chef, mais seulement à compter de février. Il veut d’abord déposer le budget de la ville en janvier, avant de quitter ses fonctions de maire de Drummondville.

Le futur chef du parti sera élu par les membres le 31 mai, à l’occasion d’un rassemblement au Centre des congrès de Québec.

Prudent et évasif

Il est demeuré très prudent et évasif sur les orientations qu’il voulait défendre durant la course, refusant de se prononcer sur divers enjeux controversés, telle la loi 21 sur la laïcité de l’État, qui interdit à certains employés de l’État, comme les enseignants, de porter des signes religieux. Il s’est dit en faveur d’un gouvernement laïque, mais aussi pour la défense des droits des minorités.

« Je ne veux pas entrer dans les enjeux spécifiques », a-t-il dit et répété, en réponse aux questions des médias, en promettant cependant de ne pas se « défiler » au cours des prochains mois.

Dès la semaine prochaine, M. Cusson complétera la formation de son équipe d’organisateurs, puis partira en tournée des régions au début de l’an prochain pour prendre le pouls des membres, avant de rédiger son programme, que les militants ne pourront pas connaître avant plusieurs mois.

« Il va falloir reconnecter » avec la population, surtout les « Québécois de souche », dit celui qui est bien conscient que le PLQ n’a plus à l’heure actuelle aucun député hors de la grande région de Montréal et de l’Outaouais.

Présenté comme un candidat des régions, par opposition à Mme Anglade, associée à Montréal et à sa diversité culturelle, M. Cusson se voit comme un leader « rassembleur » et espère que l’enjeu de la course ne devienne pas « Montréal contre les régions ».

La transition énergétique sera assurément « le prochain projet de société au Québec », selon le candidat. Mais il a refusé de se prononcer sur GNL Québec, le projet controversé de construction au Saguenay d’une usine de liquéfaction du gaz naturel destiné à l’exportation.

Se disant sensible à la justice sociale, il s’est engagé à ne jamais devenir « le lobbyiste des multinationales ».

Tout indique qu’on assistera à une lutte à deux, aucun autre candidat potentiel n’étant, publiquement du moins, « en réflexion ». Mais toute personne intéressée par le poste a jusqu’au 6 mars pour s’afficher.

La rivale de M. Cusson, Dominique Anglade, n’a pas voulu être en reste samedi et lui laisser toute la place, choisissant de parler aux médias avant l’arrivée de M. Cusson.

Elle a réaffirmé que si elle formait le prochain gouvernement en 2022 elle ne renouvellerait pas la clause dérogatoire assortie à la loi 21, mais sans aller jusqu’à abroger cette loi, que le PLQ pourfendait pourtant de toutes ses forces. Mme Anglade préfère laisser la loi 21 « passer le test des tribunaux ».

Selon elle, sa position est parfaitement compatible avec les valeurs du PLQ, reconnu pour être un ardent défenseur des libertés individuelles.

Règles contraignantes

Pour la première fois de son histoire, le PLQ se donne un chef élu au suffrage universel (un membre, un vote).

Les règles imposées aux candidats, qui ont été définies lors du précédent conseil général en mai à Drummondville, sont très contraignantes.

Le nom du gagnant ou de la gagnante sera connu après un savant et complexe calcul de points, visant à donner davantage de poids politique aux régions, là où le PLQ cherche à marquer des points.

Les membres en règle auront cinq jours pour voter par voie électronique ou par téléphone.

Si jamais il y avait un troisième candidat ou davantage, les membres devraient indiquer leur préférence, par ordre décroissant.

Le chef sera celui ou celle qui aura recueilli la plus forte proportion de points — et non de votes — accumulés dans chacune des 125 circonscriptions.

Le gagnant devra avoir accumulé au moins 187 501 points.

Le vote adulte (les membres ayant plus de 25 ans) comptera pour 66 % du calcul, et le vote jeune (ceux ayant moins de 25 ans) pour 33 %.

Si d’autres candidats s’ajoutent et qu’aucun au final n’obtient 50 % des points plus un au premier tour, seuls les deux candidats les mieux positionnés s’affronteront au cours d’un deuxième tour.

Le parti a cherché à aplanir les écarts entre les circonscriptions ayant un grand nombre de membres et celles où on en compte peu, pour faire en sorte qu’elles aient toutes le même poids électoral.

Les candidats pourront dépenser un maximum de 500 000 $ pour tenter de se faire élire, et doivent déposer la somme de 50 000 $ au parti avec leur bulletin, la somme sera placée en fidéicommis.

À l’appui de sa candidature, chaque aspirant-chef doit avoir recueilli la signature d’au moins 750 membres (dont 250 qui auront adhéré au parti après le 5 mai) provenant d’au moins 70 circonscriptions et 12 régions.

Il y aura cinq débats entre les candidats : deux se tiendront dans l’ouest du Québec et deux dans l’est. Un des débats aura lieu en anglais et un cinquième sera organisé par la Commission Jeunesse du parti.