(Ottawa) Des députés libéraux ont voté contre une motion visant à faire témoigner le commissaire fédéral à l’éthique, Mario Dion, au sujet de son rapport cinglant sur la façon dont le premier ministre Justin Trudeau a géré l’affaire SNC-Lavalin.

Catherine Lévesque
La Presse canadienne

Des six membres qui forment la majorité du comité permanent de l’accès à l’information, de la protection des renseignements personnels et de l’éthique des Communes, seul l’un d’entre eux a voté en faveur de la motion pour entendre M. Dion.

Le député libéral dissident, Nathaniel Erskine-Smith, a plaidé que le rapport dévoilé jeudi dernier est rempli de « failles » et qu’il veut permettre aux membres du comité de démontrer comment le document du commissaire est « complètement erroné ».

Les cinq autres membres libéraux au comité ont voté contre la motion.

Le libéral Steven MacKinnon, qui parlait au nom de ses collègues, a soutenu que le comité fédéral de la justice avait déjà étudié la question de façon exhaustive ce printemps avec 13 heures de témoignages de 10 témoins différents pendant cinq semaines.

M. MacKinnon dit qu’il est « évident » que le véritable objectif de l’opposition est de « faire de la politique », ce qui lui a valu d’être interrompu à trois reprises par les membres des autres partis.

Le commissaire à l’éthique, Mario Dion, a déterminé que le premier ministre Trudeau a usé de « manœuvres troublantes » pour contrevenir à la Loi sur les conflits d’intérêts et ainsi remettre en question la décision de son ex-ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, dans l’affaire SNC-Lavalin.

M. Dion a aussi déploré le fait que les règles de confidentialité qui régissent les documents et les discussions du cabinet l’ont empêché d’accéder à tout ce dont il avait besoin dans son enquête.

M. Trudeau a déclaré la semaine dernière qu’il acceptait le rapport Dion, mais qu’il était en désaccord avec ses conclusions. Il a aussi refusé de s’excuser, puisqu’il estime avoir agi pour protéger des emplois au Canada.

Les députés conservateurs et néo-démocrates au comité ont demandé, puis obtenu, cette réunion d’urgence sur SNC-Lavalin. Le commissaire Dion était prêt à venir témoigner si les membres en avaient décidé ainsi.

L’opposition scandalisée

Le député conservateur Pierre Poilièvre a accusé les députés libéraux de vouloir « cacher la vérité » en refusant au commissaire à l’éthique l’opportunité de témoigner au comité.

« C’est une journée triste pour la démocratie canadienne. Personnellement, je suis très déçu », a renchéri son collègue Jacques Gourde.

L’opposition aurait voulu entendre les neuf témoins qui n’ont pas pu témoigner dans le rapport du commissaire et savoir quelles sont les informations auxquelles M. Dion n’a pu accéder en raison de la confidentialité du cabinet.

La chef du Parti vert du Canada, Elizabeth May, a dit qu’elle a été profondément troublée par les conclusions du rapport Dion. À son avis, l’attitude de M. Trudeau a été « scandaleuse » dans ce dossier et pourrait être une raison pour démissionner.

Mme May pense que M. Trudeau devrait au moins présenter des excuses aux anciennes ministres Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott, ainsi qu’aux Canadiens.

M. MacKinnon, de son côté, estime que la réunion de mercredi était tout simplement un « exercice abject » de partisanerie à la veille des élections.